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« Aquacrop », modéliser l’agriculture

Dirk Raes

Destiné aux chercheurs et vulgarisateurs du monde agricole, « Aquacrop » est un modèle de croissance des cultures, développé et diffusé par la FAO depuis 2009.  Il permet, en évaluant différents paramètres, d’améliorer les rendements des cultures dans un contexte de  pénurie d’eau.

Un modèle simple d’utilisation et robuste, qui donne des résultats rapides et dont l’utilité croît avec l’ampleur des défis liés aux changements globaux.

Un modèle simple et robuste

Développé par une équipe de physiologistes et d’ingénieurs, le modèle Aquacrop vise à offrir un outil simple d’utilisation et intuitif que les agents de vulgarisation puissent s’approprier pour une efficacité optimale. Les données à renseigner dans le modèle sont simples et ne demandent pas de calculs complexes. Il s’agit, par exemple, d’informations sur la plante cultivée, le climat, l’état du sol, la gestion, les rendements… Une fois les données entrées dans le système Aquacrop, un calcul (très complexe celui-ci) s’effectue automatiquement, et les résultats sont quasiment immédiats : on apprend dès lors, par exemple, comment et quand irriguer son maïs pour obtenir de meilleurs rendements, etc. Un ordinateur suffit pour utiliser le modèle qui est téléchargeable gratuitement sur le site de la FAO. Le modèle est utilisable partout dans le monde, pour tout type de culture, qu’il s’agisse par exemple de maïs, de haricots ou de betteraves à sucre, etc. Un grand nombre de cultures sont modélisées et calibrées dans le modèle, mais Aquacrop permet aussi de contextualiser très finement les données. Dirk Raes, un des principaux développeurs du modèle Aquacrop, chercheur et enseignant à la Division Sol et gestion de l’eau de l’université catholique de Louvain (Belgique) explique ainsi la richesse du modèle pour l’exemple du maïs : « Aquacrop comprend un modèle “général” de maïs qui intègre les caractéristiques génériques de cette plante (sensibilité à la sécheresse, à la salinité des sols, etc.). Mais le modèle intègre aussi des questions pour affiner l’analyse (s’agit-il d’un maïs à cycle long ou cycle court ? quand est-il planté ? selon quelle densité ? etc.). »

La formation, au cœur du développement d’Aquacrop

Les promoteurs d’Aquacrop ne se sont pas contentés de le diffuser sans suivi. Ainsi, une attention particulière est accordée à la formation. Des ateliers sont organisés partout dans le monde (en anglais, français, espagnol et même en russe) par l’intermédiaire de la FAO. Dirk Raes a animé nombre de ces formations, en Chine, en Égypte, en Afrique du Sud ou au Burkina Faso, etc. Les formations et ateliers de cinq jours organisés pour une trentaine de personnes, combinent théorie et pratique. Au terme de l’atelier, les stagiaires sont à même d’utiliser Aquacrop en autonomie. Ces ateliers permettent aussi à la FAO de tester son modèle, qui est en constante adaptation, pour y apporter les améliorations nécessaires. A ce jour, le logiciel est en anglais. Il existe un manuel d’utilisation en français, et des traductions dans les langues officielles de la FAO seraient envisagées (outre l’anglais et le français, l’arabe, le chinois et l’espagnol).

Succès et limites du modèle

Le succès du modèle est indéniable. Dans le monde de la recherche, il fait l’unanimité. Pour preuve, les nombreuses publications scientifiques dont il fait l’objet chaque année. En outre, le site d’Aquacrop reçoit de nombreuses visites (1200 visites par mois sur la page d’Aquacrop d’après de récentes estimations). Néanmoins, Dirk Raes s’interroge sur l’atteinte réelle de la cible initiale, les vulgarisateurs et agents de développement agricole : à ce jour, peu de retour parviennent à la FAO sur l’utilisation du modèle et ses impacts réels en provenance de ces acteurs clés. En outre, le chercheur, qui insiste sur le travail constant d’amélioration du modèle, en constate les limites : « on a beau avoir un nombre considérable de données, et en tirer des analyses fines et des recommandations, ce n’est pas Aquacrop qui fait les politiques. La prochaine étape est la création d’un modèle qui aille encore plus loin, un nouveau logiciel qui traduit les résultats en conseils pratiques de façon plus précise. »