…

FarmDrive, un système gagnant-gagnant

Peris Bosire

Les petits producteurs africains sont confrontés à un problème récurrent d’accès au financement et au crédit. De leur côté, les banques n’ont pas accès à cette clientèle potentielle, qu’elles jugent trop risquée.

De jeunes informaticiens kényans ont développé FarmDrive, une application qui vise à promouvoir l’accès au crédit et aux services financiers des petits producteurs. Les banques restent à conquérir, mais le projet est en bonne voie.

Adapter l’offre à la demande

La plupart des petits producteurs kényans sont exclus du système financier parce qu’ils n’ont pas un profile de crédit satisfaisant. Faute d’avoir accès aux systèmes de crédit formels, ils font appel à des systèmes alternatifs qui octroient des crédits avec des taux d’intérêt élevés, qui, de surcroit, ne sont pas adaptés à leur activité.

Ayant fait ce constat, l’équipe de FarmDrive a rencontré des banques et des organisations finançant les petits producteurs afin de mieux comprendre les raisons de l’exclusion. Ils ont compris que souvent, c’est le manque d’information sur les producteurs qui les excluait du système. Ils ont donc décidé d’essayer de combler ce manque, en collectant les informations sur les producteurs, et en mettant en forme les données obtenues. Une fois cela effectué, les producteurs peuvent solliciter un crédit via la plateforme de FarmDrive, qui établit leur profil de crédit.

Quatre jeunes kényans sont à l’origine de ce projet, dont trois filles, qui ont étudié l’informatique ensemble à l’université. Peris Bosire, en charge du développement commercial de FarmDrive, témoigne de l’engagement de cette jeune équipe, qui a voulu utiliser ses connaissances pour aider sa communauté. Elle-même issue d’un milieu paysan, Peris Bosire a fait le constat que peu d’applications étaient disponibles pour les agriculteurs familiaux au Kenya, d’où son intérêt et son désir d’aider.

Banques et petits producteurs, « usagers » de FarmDrive

Le projet est actuellement en phase pilote auprès de producteurs laitiers du village de Githunguri, qui ont été les premiers à le tester et l’adopter. Il est prévu de le développer pour l’aviculture, puis avec tous types de production. Les informations collectées auprès des producteurs de lait tentent d’établir un profil précis de l’exploitation : taille de la ferme, nombre de vaches, quantité de lait produite, dépenses engagées chaque mois, revenus, etc. FarmDrive collecte par ailleurs des informations plus générales sur le climat, la nature des sols, etc. auprès de l’Institut kényan de recherche agricole (Kenya Agricultural Research Institute, KARI).

Né en mai 2014, le projet comprend déjà 2000 usagers producteurs, la plupart étant des agriculteurs isolés géographiquement, que FarmDrive va démarcher au cours de visites de terrain. Ces usagers n’étant pour la plupart pas équipés de téléphones haut de gamme, mais de simples téléphones portables, la technologie FarmDrive est adaptée à cet équipement, et utilise le web pour mobiles et les SMS. En projet, l’utilisation de l’USSD et des android seront développées. L’équipe organise des formations dans les villages pour sensibiliser les producteurs et leur expliquer l’intérêt du service proposé. Ces formations sont l’occasion pour les producteurs de poser des questions et de commenter le dispositif test, qui est en constante amélioration.

Initialement, les fondateurs de FarmDrive pensaient gérer directement des prêts, mais étant donné la législation en place, ils ont dû travailler avec des institutions financières reconnues. Ils sont donc actuellement entrain de discuter pour un partenariat potentiel avec une banque kenyane, qui ne peut être divulguée pour des raisons de confidentialité.

Transformer l’essai

Le volet consacré à l’information sur les producteurs est au point. FarmDrive travaille désormais sur le volet financier, afin d’établir les profiles de crédit. Cette étape est cruciale mais complexe, dans la mesure où les exigences bancaires évoluent. L’équipe est surtout confrontée à des difficultés financières dans cette phase de développement du projet. Mais elle a suscité l’intérêt de nombreux acteurs au-delà du Kenya. Des acteurs des Caraïbes, du Japon, se sont montrés intéressés. Une société nigériane étudie la possibilité de développer des systèmes similaires au Nigeria. Peris Bosire est convaincue que l’idée est bonne et elle se montre optimiste; les petits producteurs représentent un marché de niche qui n’a pas encore été exploré par les sociétés de financement. En utilisant FarmDrive, grâce aux données qu’elles obtiendront sur les producteurs, elles pourront être rassurées et mieux adapter leur offre de crédit.

Plus d’informations: www.farmdrive.co.ke