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GODAN, un partenariat mondial d’avant-garde

Martin Parr

À l’heure de l’ouverture des données, l’agriculture et la nutrition ne sont pas du reste. En effet, dans ces domaines comme dans tant d’autres, accéder gratuitement à des données de qualité est d’une importance vitale.

Le projet « Données ouvertes mondiales pour l’agriculture et la nutrition » (Global Open data for Agriculture and Nutrition, GODAN), qui a tenu sa première rencontre en janvier 2015 aux Pays-Bas, en témoigne. 

Un élan mondial pour l’ouverture des données

C’est lors du sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement transparent réuni le 31 octobre 2013 que GODAN a été lancée officiellement. L’initiative – un partenariat mondial regroupant 100 gouvernements, organisations internationales, organismes de recherche, universités, secteur privé – est issue d’un processus consécutif à la rencontre du G8 de juin 2013 sur l’ouverture des données. Une série de principes tient lieu de déclaration à laquelle les partenaires du projet s’engagent. Les gouvernements américain, britannique et hollandais sont le fer de lance du projet, mais tous les partenaires sont placés sur un même pied d’égalité. Un secrétariat a été mis en et, attribué à l’ONG internationale Cabi. Martin Parr, responsable du programme Gestion des connaissances pour le développement international à Cabi, en charge de l’animation du secrétariat de GODAN, précise : « Le secrétariat n’est pas un organe de mise en œuvre des activités de GODAN. Il agit plutôt en appui à GODAN, afin d’aider les partenaires à mettre en forme les données ouvertes de différentes façons » . Concrètement, le secrétariat de GODAN va organiser, avec les partenaires, des événements, conférences, hackathons visant à présenter le projet. Il a également pour mission de contribuer à identifier des champions et des ambassadeurs des données ouvertes dans les domaines de l’agriculture et de la nutrition; et de leur donner les informations nécessaires pour raconter les succès |et pratiques exemplaires des données ouvertes.

Agriculture et nutrition, des enjeux spécifiques

D’autres secteurs sont plus avancés en matière d’ouverture aux données, à l’instar du secteur de la santé, où des progrès notables ont été faits en termes d’échange et de collaboration autour des données. L’agriculture et la nutrition ne font l’objet d’une attention importante de la communauté internationale que depuis assez récemment; ce qui explique en partie ce retard. Mais le retard devrait être rapidement rattrapé. Ainsi, Martin Parr estime que: « la connexion entre l’ouverture des données et les exigences en matière de transparence et de redevabilité est une motivation supplémentaire pour que l’ouverture des données se fasse dans d’autres domaines, celle-ci est souvent considérée comme un moteur de développement économique par les gouvernements ».

Les données dont-il est question sont nombreuses et variées. Martin Parr prend pour exemple les données sur les ravageurs et les maladies. Mais bien qu’elles soient disponibles, certaines données ne sont pas en accès libre, par crainte que leur divulgation n’ait un impact négatif sur les marchés et les décisions commerciales.

Plus qu’une question technique

L’ouverture des données, sujet sensible, est ainsi bien plus qu’une question technique. L’un des principaux obstacles auxquels elle doit faire face est la peur. Martin Parr affirme ainsi: « Il ne s’agit pas simplement d’ouvrir des listes de données. Il est ici question de confiance. Il faut aussi reconnaître que, bien qu’ouvrir les données comporte des risques, cela peut être très bénéfique, car cela permet d’anticiper, de planifier, de créer de nouveaux outils, services, et applications, qui permettront de faire face aux défis posés ».

Un autre obstacle rencontré est la qualité des données. Car l’ouverture de données de mauvaise qualité serait contre productive.

Renforcer les capacités locales pour éviter un nouveau fossé technologique

GODAN vise à promouvoir la valeur des données ouvertes pour la croissance économique et pour nourrir une population mondiale sans cesse croissante. Ces enjeux concernent l’ensemble de la communauté internationale. Les partenaires du Sud sont nombreux parmi les signataires. A l’heure où GODAN est encore en phase de démarrage, Martin Parr attire l’attention de chacun sur une dérive possible qui serait que les données procurées par les pays du Sud bénéficient aux pays du Nord exclusivement. Il ajoute: « Il faudra veiller à ce que les pays du Sud soient engagés dans la communauté des données ouvertes pour s’assurer qu’ils bénéficient des données qu’ils fournissent. Pour cela, il sera nécessaire de faire appel au renforcement de capacités. » Interrogé sur ses souhaits pour l’avenir, Martin Parr évoque avant tout le souhait que les données soient ouvertes par défaut, « à moins qu’il y ait une très bonne raison de les protéger ». Un changement dans les mentalités sera nécessaire pour arriver à ce résultat. GODAN espère y parvenir, avec l’aide des gouvernements mondiaux (et notamment des rencontres politiques internationales du G20) et, celle, plus directe, des médias. Pour que chacun parle de la nécessité d’ouvrir les données et comprenne l’utilité d’une telle révolution.

Une première rencontre axée sur l’impact

GODAN a organisé sa première rencontre à Wageningen (Pays-Bas) les 19 et 20 janvier 2015. La rencontre a rassemblé 50 membres du partenariat pour travailler sur les impacts des données ouvertes pour l’agriculture. Dans sa présentation, le CTA a évoqué les résultats d’un rapport commandé par Alterra sur les bénéfices des données ouvertes pour les petits producteurs, dans lequel les auteurs ont identifié les principaux secteurs où peuvent être utilisées les données ouvertes. Le rapport cherchait à répondre aux questions suivantes: Quel est l’impact effectif du mouvement des données ouvertes sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle des petits producteurs dans le monde en développement? Quelles opportunités cela représente-t-il? Cette présentation a été complétée par les résultats d’un rapport sur des activités et infrastructures spécifiquement liées aux données ouvertes dans les Caraïbes, soulignant en particulier le rôle du gouvernement jamaïcain dans la promotion de l’utilisation des données ouvertes pour l’agriculture.

Une série d’ateliers a ensuite été organisée, avec des participants en provenance du monde entier, engagés dans des domaines aussi variés que la cartographie participative ou les « mégadonnées » dans la téléphonie mobile au service de l’agriculture. Parallèlement à la rencontre, un « hackathon » a été organisé pour développer des applications illustrant l’utilisation des données ouvertes pour l’agriculture.