…

La révolution des données pour l’agriculture

ICT Update

Alors que les téléphones mobiles, les tablettes et la connectivité sans cesse améliorée se propagent dans le monde entier, la quantité de données que nous réunissons et stockons augmente de façon exponentielle. Avec chaque nouveau satellite lancé dans l’espace, nous recevons des données supplémentaires avec un niveau de détail toujours plus précis.

Le savoir constitue une ressource déterminante en agriculture, et les données et l’information sont la matière première du savoir. L’agriculture tire-t-elle pleinement parti de la révolution des données ?

Dans ce numéro d’ICTupdate, nous essaierons de montrer que c’est bien le cas, même si nous devons encore faire des progrès en ce qui concerne la façon dont nous profitons de l’ouverture des données pour l’agriculture. Un rapport réalisé par McKinsey en 2013 [1] indique que les données ouvertes pourraient profiter à l’économie mondiale à hauteur de
3 milliards de dollars par an.

Pour suivre cette révolution, nous avons fait notre propre révolution au CTA et avons confié cette édition d’ICTupdate à nos stagiaires pour profiter d’un œil neuf. Ce numéro sera également accompagné d’un complément de contenu publié en ligne.

Données ouvertes et révolution des données

Il existe plusieurs définitions des données ouvertes, citons par exemple celle d’OpenDefinition.org : « Les données et le contenu ouverts peuvent être utilisés, modifiés et partagés librement par n’importe qui dans n’importe quel but ». Cela signifie que les données sont disponibles, accessibles et peuvent être mélangées à d’autres ensembles de données pour être rendues universellement accessibles à tous. En rendant les données véritablement ouvertes, nous devons également les inscrire dans un contexte. Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web et l’initiateur des données couplées propose le système à cinq étoiles pour les données ouvertes [2] qui offre une définition technique plus complète des données ouvertes et décrit cinq niveaux différents d’ouverture (sur le Web*, données lisibles par machine**, format non propriétaire***, normes RDF**** et RDF couplé*****). Cependant, très peu de services de données agricoles atteignent le niveau d’ouverture cinq étoiles. L’Institut des données ouvertes (IDO) a élaboré une définition non technique de ce système à cinq étoiles. David Tarrant (IDO) a présenté cette approche lors de l’atelier GODAN
(20 janvier) de la manière suivante : disponible*, réutilisable**, format ouvert***, utilisation d’identifiants pour pouvoir coupler des données****, et tous les éléments qui précèdent et la capacité de coupler les données à celles d’autres personnes pour fournir un contexte*****.

La révolution des données est une initiative de l’ONU post-2015 qui se rapporte aux actions de transformation nécessaires pour répondre aux exigences d’un programme de développement complexe ; aux améliorations à apporter en termes de collecte et d’utilisation des données ; au renforcement des capacités et des compétences en analyse de « small data » et de « big data » ; à la modernisation des systèmes de collecte de données ; à la libération des données pour encourager la transparence et la responsabilité ; et au développement de nouveaux objectifs et de nouveaux indicateurs [3].

Données ouvertes: quelles conséquences pour l’agriculture?

Quand nous parlons de l’agriculture et des données ouvertes, nous ne parlons pas des données agricoles au sens strict, telles que les rendements et les intrants. Nous incluons l’ensemble des données qui pourraient servir à favoriser la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture. Il peut s’agir de données satellites et météorologiques ou de la valeur nutritionnelle des cultures.

Les données ouvertes peuvent jouer un rôle aux niveaux macro et micro. Sur le plan de la politique nationale par exemple, nous avons suivi l’utilisation d’indicateurs servant à mesurer les investissements dans l’agriculture et la croissance des rendements qui en a résulté. Les données ouvertes peuvent apporter de la transparence aux dépenses gouvernementales dans l’agriculture.

Au niveau des exploitants, l’accès aux données modifie leur façon de gérer leurs fermes : par exemple, les données peuvent aider les exploitants à mieux comprendre les menaces de sécheresse ou à décider ce qu’ils vont produire et à quel moment ils iront vendre leurs produits sur les marchés. Les exploitants peuvent également contribuer à la collecte et à la saisie des données; que plantent-ils? Quand les cultures seront-elles prêtes à être récoltées? Quand seront-elles prêtes à être vendues?

La chaîne de valeur des données dans l’agriculture

Avoir accès à de meilleures données et à de meilleures informations sur les rendements permet d’établir des objectifs de production agricole au niveau du processus d’élaboration des politiques, ainsi qu’au niveau des exploitants. Les données doivent être précises, constamment mises à jour et fiables, ce qui représente un défi. La capacité à collecter ces données à différents points facilite une participation universelle.

Pourquoi faudrait-il s’intéresser aux données ouvertes dans l’agriculture et la nutrition?

Le secteur agricole est confronté à la demande énorme de nourrir rapidement une population en augmentation, tout en étant soumis à des menaces toujours plus importantes liées au changement climatique. La production agricole doit augmenter tout en réduisant son impact

 

Equipe Editoriale

Eva Huet

Eva Huet est titulaire d’un master en sylviculture, gestion de la nature et agriculture tropicale de l’Université Catholique de Louvain, en Belgique. Son stage au CTA se déroule dans l’unité Apprentissage, suivi et évaluation. Elle a travaillé sur plusieurs projets en Amérique latine et en Afrique de l’Ouest. Elle a été impliquée dans l’élaboration du processus d’aménagement du territoire au niveau communautaire dans la Cordillère des Andes, pour le compte de l’Agence belge de développement (CTB), en collaboration avec le ministère de l’environnement péruvien (MINAM). Elle s’intéresse au développement rural, à l’aménagement spatial et à l’agriculture durable par la validation des connaissances locales. À
ce sujet, elle a acquis de l’expérience en matière de cartographie, de l’utilisation des sols, de gestion de bases de données SIG, et d’analyse de pratiques agricoles. Pour Eva, les données ouvertes servent à partager les informations et la recherche, ce qui garantit qu’elles peuvent être utilisées à différents niveaux pour développer de meilleures pratiques agricoles et une meilleure gestion des ressources.

evahuet@hotmail.com

 

Laureene Reeves Ndagire

Laureene Reeves Ndagire est stagiaire dans l’unité de Gestion des connaissances au CTA et possède une formation en comportement organisationnel, ressources humaines, gestion des connaissances et apprentissage. Elle est titulaire d’un Master (Msc) en Ressources Humaines et en gestion des connaissances de la Lancaster University Management School, au Royaume-Uni. Laureene a travaillé en contrôle du marketing chez General Electric, et a été chercheuse associée sur l’éthique et la biométrie pour les projets du 7e PC de l’UE (RISE/BITE), avant de déménager dans l’ancienne république soviétique de Géorgie pour travailler avec le ministère de l’éducation et des sciences auprès de personnes déplacées dans la région de Samegrelo. Actuellement, elle coordonne à distance la plateforme Wakulima Young Uganda qui s’adresse aux jeunes exploitants agricoles d’Afrique de l’Est et vise à établir des liens avec les marchés et à favoriser le partage des connaissances dans toute la région. Issue du milieu du développement communautaire/local, et ayant elle-même une exploitation agricole familiale, Laureene considère que le libre accèsaux données et à l’information dans le domaine agricole bénéficie aux exploitants et permet la conservation et l’accès aux connaissances tant au niveau national qu’au niveau local. Ceci se traduit au final par de meilleures pratiques agricoles et des rendements accrus pour les exploitants.

@lolafootloose
https://thesmartfoodfield.wordpress.com

 

Ana Brandusescu

Ana Brandusescu détient un master en Géographie de l’Université McGill et bénéficie d’une expérience de cinq ans dans la recherche avec des outils de visualisation géographique, des applications Web 2.0 et la cartographie participative. Elle a travaillé au sein de diverses communautés avec des publics initiés ou non aux questions techniques. Ana a dirigé des projets de développement communautaire et de crowdmapping (à Montréal et Vancouver). Elle a collaboré avec des chirurgiens et des chercheurs traumatologues (au Cap, en Afrique du Sud) pour localiser géographiquement les lésions traumatiques à l’aide de mashups (applications composites qui permettent d’agréger les données de sources différentes), et avec des communautés marginalisées (à Bombay). Ana est actuellement stagiaire au CTA au sein du Programme Systèmes d’information géographique participatifs (SIG participatifs), qui encourage la gestion et la communication de l’information spatiale participative afin de donner aux communautés locales les moyens d’agir sur l’adaptation au changement climatique, les plaidoyers, et les processus politiques. Avant de rejoindre le CTA, elle a travaillé pour la Web Foundation, en collaboration avec la Banque mondiale et Omidyar Network, sur le projet Open Contracting Data Standard (norme visant à décrire les données liées à l’approvisionnement du gouvernement canadien), et avec Nord Ouvert sur la description des données législatives canadiennes. Selon Ana, la finalité des données ouvertes devrait être adaptée en fonction du public, novice ou averti, auquel elles s’adressent. Son travail tant sur les données ouvertes que sur les données protégées (sensibles) a suscité son intérêt pour les défis liés à la révolution des données et pour ce que les communautés locales et mondiales vont faire pour améliorer ces données.

@anabmap
anabrandusescu@gmail.com

 

Jean Claude Nduwimana

Jean Claude Nduwimana est titulaire d’une Licence en technologies de l’information à l’Université Adventiste d’Afrique Centrale au Rwanda. Pour son projet de fin d’étude, il a créé une application de bureau pour la Dream Team Football Academy. Cette application est actuellement utilisée pour inscrire les joueurs et générer des rapports sur des données recueillies. Il
a ensuite rejoint le pôle d’innovation kLab (Knowledge Lab) à Kigali, où il a conçu une application mobile destinée aux enfants pour l’éducation et le divertissement. Il a participé au hackaton ICT4Ag, dans lequel son équipe est arrivée deuxième au classement général pour une application mobile qui améliore la communication entre les exploitants locaux et les responsables politiques. Jean Claude a travaillé sur le projet « Girinka » (une vache par famille) au Rwanda, pour développer une plateforme qui permette de faire un suivi et une évaluation des activités des bénéficiaires du projet. Il est actuellement en stage au CTA et effectue l’intégration de la base de données d’ICT4Ag pour préserver les applications de convergence existantes afin de favoriser le développement des politiques, des marchés et des chaînes de valeur. Les bases de données seront librement accessibles à diverses parties prenantes, allant des exploitants aux développeurs et seront disponibles sur différents canaux. Pour Jean Claude, les données ouvertes sont une ressource de premier plan pour le développement rapide de l’agriculture et des activités sociales en général.

@nduwiman
jeanclaufexnduw@gmail.com

 

Mikaïla Issa

Mikaïla Issa est journaliste et communicateur sur l’innovation sociale et les TIC pour l’agriculture, natif du Bénin. Il est stagiaire auprès de l’équipe de la communication du CTA. Stratège des médias sociaux en ce qui concerne l’engagement, la participation et l’innovation continue pour le développement, Mikaïla s’intéresse aux sujets qui intègrent les TIC et les nouveaux médias pour le développement agricole et rural. Il possède de solides compétences en écriture et en rédaction journalistique que ce soit pour la presse écrite, sur le web ou à la radio et à la télévision, ainsi qu’en diffusion d’information en ligne tant en français qu’en anglais. Mikaïla pense que grâce à la grande quantité et à la diversité de l’information digitale disponible aujourd’hui, les données ouvertes peuvent permettre de transcrire un sujet complexe en illustrations claires. Les journalistes doivent en profiter pour mieux décrire les données et leurs effets sur les TIC, l’agriculture et l’éducation, afin d’aider à une meilleure prise de décision.

@mikailaissa
mikailaissa@gmail.com