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Renouer le lien entre les bibliothécaires et les exploitants

ICT Update

Les données ouvertes ne sont pas nécessairement des chiffres ou des indicateurs,  il peut également s’agir de métadonnées décrivant les documents.

Jacinta Were explique pourquoi les bibliothèques africaines ne devraient pas être exclues des initiatives visant à accroître la quantité de données ouvertes disponibles et pourquoi les documents en libre accès constituent une ressource importante de la révolution des données pour l’agriculture.

Les bibliothèques africaines sont des mines d’or pour les recherches menées au niveau local. Néanmoins, dans le but de révolutionner les méthodes de gestion et de diffusion du savoir, les bibliothèques ont, ces dernières années, été redéfinies et considérées à tort comme des structures physiques contenant des livres.  Cette évolution regrettable a créé une distance entre les bibliothèques et les initiatives de centralisation des ressources liées au savoir agricole. Alors que les bibliothécaires devraient prendre la tête de la révolution des données ouvertes qui se joue actuellement, ils se retrouvent en marge de celle-ci. Les bibliothécaires professionnels sont largement responsables de cette situation dans la mesure où ils ont voulu esquiver ce défi. Espérons que la révolution actuelle que représentent les systèmes de données ouvertes et certains projets d’information d’envergure tels que le Répertoire numérique de l’Université de Nairobi (University of Nairobi Digital Repository, UoNDR), vont commencer à combler cette lacune. Renouer le lien existant entre les exploitants et les bibliothécaires est essentiel pour révolutionner l’information agricole.

Les bibliothèques ne s’occupent pas uniquement des livres, elles sont davantage les dépositaires de l’accès au savoir dans différents formats et les bibliothécaires sont les personnes les mieux placées pour gérer ce savoir. Les initiatives visant à révolutionner les données dans le domaine agricole devraient tirer parti de ce qui existe déjà et le développer. Dans l’ensemble, les bibliothèques jouent un rôle de premier plan dans la défense de la liberté d’accès à l’information. Les bibliothèques universitaires le font en défendant un libre accès aux contenus. Cœurs traditionnels de la transmission de l’information, les bibliothèques continuent d’encourager la libre diffusion des informations afin de soutenir les programmes de développement dans le monde entier. Les exploitants peuvent largement profiter des bibliothèques et des compétences professionnelles des bibliothécaires qui savent diffuser l’information.

Répertoire numérique de l’Université de Nairobi : un tournant à applaudir dans la révolution des données

Les bibliothèques universitaires foisonnent de résultats de recherches locales qui pourraient servir les initiatives de la révolution des données dans le domaine agricole. Actuellement, ces informations ne sont pas assez accessibles en raison de leur mauvaise visibilité et des méthodes de recherche documentaires obsolètes toujours en usage dans de nombreuses institutions universitaires africaines. Cependant, les universités défendent bec et ongles le libre accès à ces précieux résultats afin d’en améliorer la visibilité. La tendance à promouvoir le libre accès est en train de porter ses fruits dans les universités africaines. À l’aide d’un logiciel libre, un grand nombre d’universités africaines publient aujourd’hui les résultats de leurs recherches locales sur le Web afin de les partager avec le monde entier.

L’université de Nairobi est la plus grande et la plus ancienne université du Kenya; et elle regorge d’information de qualité. Le Répertoire numérique de l’Université constitue un bon exemple d’initiative de libre accès en Afrique. Lancé en décembre 2013, il est l’un des projets de répertoire numérique les plus concluants du continent africain et, fait notable, grâce au soutien de l’équipe de direction. Le manque d’appui de la direction est une cause majeure de la mauvaise visibilité des résultats des recherches locales dans la plupart des universités d’Afrique. Cependant, le Répertoire numérique de l’Université de Nairobi collecte, conserve et diffuse la publication de travaux de recherche de l’Université de Nairobi. L’objectif principal est de partager ces travaux gratuitement à l’échelon national et international. Le répertoire comprend plus de 75 000 entrées de travaux de recherche, de thèses, de projets de recherche, d’articles de journaux, d’exposés de conférences, de discours, de vidéos, etc. L’ensemble des six facultés de l’Université participe au projet. Le collège d’Agriculture et Sciences vétérinaires de l’Université (CASV) constitue l’un des plus grands centres d’information agricole au Kenya et donc, l’un de ses principaux contributeurs. Toute personne qui recherche des informations sur l’agriculture peut y accéder. De nombreux utilisateurs au plan national et international utilisent ces informations. 

Collaboration de la bibliothèque à la transmission d’information au Kenya

Les bibliothèques ont créé des consortiums afin de collaborer efficacement à la transmission d’information; une révolution qu’il convient de saluer. Un défi majeur auquel les bibliothèques ont été confrontées au fil du temps est l’augmentation du coût lié à l’accès aux ressources. Le processus actuel qui consiste à créer de consortiums aide les bibliothèques à répondre à ce défi. Le Consortium des bibliothèques et des services d’information du Kenya (Kenya Library and Information Services Consortium, KLISC), créé en 2004, est un exemple emblématique de collaboration réussie entre bibliothèques en Afrique. Le consortium compte actuellement 100 membres institutionnels : universités, institutions de recherche, bibliothèques publiques, musées nationaux, archives nationales, hautes écoles spécialisées. L’objectif principal de ce consortium est de faciliter le partage des coûts liés à l’accès aux ressources électroniques. Ainsi, l’accès à l’information est devenu abordable pour les institutions membres. Leurs initiatives ont permis à d’autres bibliothèques universitaires de relever le défi de tirer parti de leurs résultats de recherche grâce aux répertoires numériques.

Le développement de consortiums de bibliothèques en Afrique a largement favorisé la création de répertoires numériques universitaires visant à renforcer la visibilité des résultats des recherches locales. Jacinta Were, l’auteur du présent document, a participé en tant que facilitatrice à des ateliers dans plusieurs pays d’Afrique afin de consolider les consortiums de bibliothèques et d’encourager la création de répertoires numériques.

Un préjugé tenace dans le monde vis-à-vis des agriculteurs consiste à les considérer comme des personnes peu alphabétisées. Ce n’est plus vrai en Afrique. De nos jours, bon nombre d’agriculteurs africains sont diplômés de l’enseignement secondaire et capables de reformuler et de s’approprier l’information. Si on leur en donne l’occasion, ils peuvent consulter les informations des bibliothèques universitaires et récupérer ce qui leur est utile.

Le défi de l’accès

Néanmoins, l’accès à l’information demeure problèmatique en Afrique. Les méthodes traditionnelles de stockage de l’information freinent les efforts visant à en favoriser l’accès, en particulier dans les bibliothèques. L’insuffisance des infrastructures informatiques sur le terrain représente un autre problème. Il est nécessaire de se concentrer sur l’amélioration des infrastructures TIC afin de révolutionner la diffusion de l’information aux agriculteurs. Le traitement de l’information de façon à répondre aux besoins des agriculteurs a été discutée dans plusieurs forums internationaux ces deux dernières années, mais peu d’actions concrètes ont suivi. Cette question doit être rapidement remise au centre de l’attention pour faciliter l’accès aux recherches locales dans les universités africaines. Par le passé, diverses organisations comme la FAO ont tenté à de nombreuses reprises d’augmenter la visibilité de la recherche dans les universités. Le projet Imarc de la FAO a créé une plateforme où les universités africaines peuvent télécharger les résultats de leurs recherches agricoles. Ces efforts devraient être réévalués afin d’en identifier l’impact et améliorer les stratégies le cas échéant.

Établir une passerelle

Il est nécessaire d’obtenir l’adhésion des bibliothécaires et d’encourager une collaboration étroite entre les bibliothèques et les centres de ressources de gestion du savoir agricole en vue d’améliorer la diffusion de l’information aux agriculteurs. Cette collaboration pourrait permettre d’aller beaucoup plus loin. Il faudrait mettre au point des stratégies visant à aider les centres de gestion du savoir agricole à accéder aux informations de haute qualité conservées dans les bibliothèques et autres institutions universitaires; et à en faire profiter les agriculteurs. Les bibliothécaires pourraient suivre des formations, de façon à renforcer cette collaboration. Les bibliothécaires professionnels ont des compétences uniques et spécialisées dans le classement efficace des documents qui permet de retrouver facilement et rapidement l’information recherchée. Ce savoir devrait servir à améliorer la diffusion des informations pertinentes aux agriculteurs. Le réseau de bibliothèques publiques joue un rôle essentiel dans la mise à disposition de l’information à la population locale. Au Kenya par exemple, le service de la bibliothèque nationale est désormais présent dans la quasi-totalité des comtés. Les habitants des régions rurales peuvent se rendre dans la bibliothèque la plus proche pour obtenir les informations qu’ils souhaitent. Ces bibliothèques permettent aux agriculteurs de recevoir des informations pertinentes. Elles doivent être sensibilisées sur les sujets d’intérêt pour les agriculteurs et être approvisionnées avec ces types d’informations pour les aider. Les bibliothécaires des bibliothèques publiques peuvent suivre des formations pour aider les agriculteurs plus efficacement. Le Service de la bibliothèque nationale est membre  du Consortium des bibliothèques et des services d’information du Kenya (KLISC) et offre l’accès à des documents imprimés et électroniques au niveau local. Il faut veiller à tirer profit des bibliothèques publiques là où elles existent.

Références

Pour plus d’informations, consultez

http://erepository.uonbi.ac.ke/
http://www.uonbi.ac.ke/