La créativité et la passion du secteur privé

J. Gonnet et S. K. Stephanou

Par la créativité et la passion dont il fait preuve, le secteur privé est bien placé pour contribuer au développement du secteur agricole en partenariat avec les autres acteurs du secteur.

Les TIC permettent de proposer de nouveaux services à une plus grande population et d’améliorer la portée de ces services ainsi que des services existants. Le secteur privé, bien placé pour exploiter ces opportunités pourrait largement influencer trois domaines : la durabilité, la créativité et la passion.

La réussite des entrepreneurs repose sur la durabilité (synonyme de services à valeur ajoutée sur le long terme), tributaire de l’utilisateur final, à savoir le paysan. Réputé comme n’ayant aucune valeur, le produit n’intéressera pas l’utilisateur qui ne transfèrera pas l’argent pour l’acquérir. Il en est de même pour les ICT4Ag. Elles sont régies par l’offre et la demande, comme c’est le cas dans n’importe quel autre secteur.

Le secteur privé apporte sa créativité entrepreneuriale et ses réflexions originales aux services à valeur ajoutée des ICT4Ag. Des solutions uniques et innovantes sont conçues. Il s’agit d’explorer de nouvelles manières d’élaborer des solutions évolutives à d’anciens problèmes en combinant, par exemple, différents secteurs multidisciplinaires tels que la technologie et l’agriculture. La mentalité des entrepreneurs, différente de celle du domaine institutionnel ou du secteur public, change radicalement la donne dans le secteur agricole.

En effet, un entrepreneur adopte généralement une approche globale sur le long terme pour aborder les problèmes auxquels il désire ardemment apporter une solution.

Pour tout entrepreneur passionné d’agriculture, les ICT4Ag représentent une nouvelle évolution stimulante et satisfaisante du secteur agricole. Elles permettent d’éduquer et de soutenir les exploitants et d’améliorer leurs productivité et revenus.

L’application iCow fait appel à des canaux directs (SMS, vidéo et Web) et intègre des partenaires utilisant d’autres canaux (radio, télévision). Elle assure un point de rencontre pour les exploitants agricoles. Moyennant un abonnement, ces derniers renforcent leurs connaissances sur des sujets spécifiques, améliorent leur perspicacité agricole, et ont accès 24/7 à des spécialistes et à leur expertise en la matière. De plus, la plate-forme iCow envoie aux éleveurs des rappels pertinents sur les besoins de leur bétail.

Autre exemple : l’initiative N’Kalô, Lancée par l’ONG RONGEAD pour améliorer la commercialisation des produits agricoles en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. Elle s’est d’abord interrogée sur le type d’informations qu’elle serait en mesure de fournir, et si celles-ci intéresseraient assez les exploitants pour qu’ils paient pour les obtenir. Fournir des prix agricoles, par exemple, n’est pas chose difficile, mais rares sont les personnes disposées à payer pour obtenir les prix du marché. N’Kalô a donc décidé de mettre en place un nouveau type d’informations : la connaissance du marché.

Après avoir déterminé ce qu’elle désirait apporter aux acteurs agricoles, l’initiative N’Kalô a réfléchi à la technologie qui serait la plus appropriée et la plus accessible pour acheminer ces informations. Les exploitants agricoles, s’ils savent utiliser un téléphone portable, ne sont pas tous habitués à utiliser codes et applications. Il faut donc adapter la technologie et les coûts au public cible.

N’Kalô a établi un partenariat avec Orange Côte-d’Ivoire, développant un moyen facile de joindre les paysans pour leur communiquer des informations agricoles. Les exploitants agricoles et les autres parties intéressées se contentent d’envoyer le nom de leur région pour s’abonner au service. L’initiative N’Kalô, qui connaît les cultures propres à chaque région, leur fournit alors des informations qui ne portent que sur ces cultures. Après un mois, les abonnés reçoivent un message leur proposant de renouveler automatiquement leur abonnement.

Le principal défi consiste maintenant à élargir le réseau de partenaires pour récolter davantage d’informations sur l’agriculture en Côte-d’Ivoire. La réglementation applicable au secteur de la téléphonie mobile constitue elle aussi un défi. À l’heure actuelle, N’Kalô n’est pas autorisée à faire de la publicité, bien que cette initiative soit contactée par un nombre croissant de fournisseurs de services et d’intrants désireux d’exploiter son réseau de 23 000 abonnés. Son objectif : améliorer le réseau des abonnés.

La meilleure manière d’exercer un impact durable sur le secteur agricole est de comprendre les problèmes auxquels les exploitants sont confrontés et d’élaborer des solutions simples mais efficaces à ces problèmes. C’est là que le secteur privé peut leur venir en aide. Il sait comment assurer la rentabilité de ces solutions. Il sait de quelle manière les faire prospérer en temps réel et à un prix accessible, aussi bien pour lui-même que pour l’utilisateur final. Enfin, et c’est peut-être là le point le plus important, ces solutions doivent être motivées par la demande des consommateurs.