La vulgarisation électronique soutenue par les pouvoirs publics

G. Agili et S. Rono

Grace Agili et Stephen Rono étudient les efforts déployés par le secteur public pour introduire au niveau national la vulgarisation électronique au Kenya.

Les services de vulgarisation agricole se réfèrent à l’éventail d’organisations soutenant et aidant les personnes impliquées dans la production agricole. Ils jouent un rôle majeur dans la diffusion des connaissances, des technologies et des informations agricoles. Les centres d’informations agricoles, les foires agricoles, les fermes expérimentales et les parcelles de démonstration constituent des sources fondamentales de connaissances, d’informations et de technologies. Généralement, les investissements relatifs approchent les montants alloués à la recherche agricole, ce qui confirme leur importance. Raison de plus pour mettre davantage l’accent sur l’intérêt des services de vulgarisation auprès des autorités compétentes, pour les encourager à adopter la vulgarisation électronique. L’utilisation des TIC représente une solution plus efficace que la vulgarisation traditionnelle.

L’AIRC, le centre d’information agricole au Kenya est une agence gouvernementale semi-autonome au sein du ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Il fournit des informations sur l’agriculture (par la radio ou les vidéos) et diffuse des publications techniques. Il offre également des formations en vulgarisation aux petits exploitants agricoles et aux agents de vulgarisation. De récentes vidéos éducatives de l’AIRC ont attiré 2 580 abonnés et obtenu plus de 700 000 vues (originaires du Kenya, du Canada, des USA et d’Inde).

Le département de l’agriculture a lancé un projet de vulgarisation électronique en 2013, visant à exploiter le potentiel des TIC dans le but de renforcer l’efficience et l’efficacité des services de vulgarisation fournis. L’AIRC et les employés de la division de gestion de la vulgarisation ont fait équipe pour développer un programme de formation en vulgarisation électronique, intégrant l’utilisation d’outils et d’applications mobiles Web2pourDev, tout en adoptant des innovations en termes de développement agricole dans le domaine des TIC. Le manuel a été utilisé pour former les agents de vulgarisation sur le terrain (soit plus de 600 employés formés et équipés en juin 2014).

Depuis que le Kenya a adopté une nouvelle constitution en 2010, les services de vulgarisation agricole ont été délégués au niveau des comtés, la formulation des politiques restant aux mains du gouvernement national et de l’AIRC. Une étude de l’AIRC de mars 2015 a montré que les politiques appliquées au niveau des comtés avaient mis à mal l’adoption des services de vulgarisation électronique.

Changer les mentalités

Les élections de 2017 constituent la principale préoccupation des autorités politiques des comtés kényans. Ces dernières ont tendance à favoriser les projets de développement d’infrastructure concrets aux yeux des citoyens (routes, bains d’insecticides pour le bétail, industries agroalimentaires et intrants agricoles) ; au détriment de programmes moins concrets tels que les services de vulgarisation et de formation sur le terrain à l’intention des agriculteurs.

Certains membres du personnel ont tout de même bénéficié de formations en vulgarisation électronique, au cours desquelles ils ont appris à se servir d’outils ainsi que de moyens innovants et rentables pour sensibiliser les agriculteurs, réduisant ainsi le coût global de la vulgarisation dans leurs districts respectifs. Parmi les vulgarisateurs, Daniel Kefa est parvenu à se faire un nom en utilisant Twitter pour communiquer avec les agents de vulgarisation et les agriculteurs. Il est agent agricole dans le district de Kapkures au sein du comté de Nakuru. Il a réussi à surmonter les difficultés en utilisant les réseaux sociaux pour fournir des services de vulgarisation agricole qui font cruellement défaut dans la région. Il doit néanmoins faire face à un manque de services Internet et aux lacunes des agriculteurs en matière d’utilisation des applications mobiles permettant d’accéder aux services de vulgarisation.

Le changement le plus remarquable réside dans l’attitude du personnel qui a bénéficié d’une formation en vulgarisation électronique envers les TIC par rapport à leur travail quotidien. Les personnes n’ayant pas été formées à la vulgarisation électronique et aux avantages qu’elle présente) sont logiquement demeurées indifférentes à cette initiative. Ce n’est pas le cas de Virginia Gitau, conseillère agricole en chef dans la circonscription de Njoro, au sein du comté de Nakuru, qui a intégré les concepts de l’initiative et se familiarise aux outils de vulgarisation électronique auprès de ses collègues formés. Elle a même commencé à intégrer ces outils à ses activités.

Les résultats de l’étude viennent compléter des études antérieures sur la préparation électronique, qui avaient révélé que la mise en œuvre de la vulgarisation électronique nécessitait des infrastructures physiques et une expertise technique, tout comme une préparation psychologique. Le secteur public doit donc évaluer la façon dont la vulgarisation électronique est perçue dans l’ensemble de la chaîne de valeur en termes de vulgarisation agricole, tout en s’efforçant de créer l’état d’esprit adapté à l’accueil des services de vulgarisation électronique au sein des communautés.