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Les organisations agricoles proposent des solutions TIC

S. Srinivasan et

Les organisations agricoles sont idéalement placées pour offrir des services de TIC qui permettent aux exploitants d’améliorer leurs revenus, de réduire les coûts et le gaspillage, et d’étendre leurs marchés.

Les organisations agricoles (OA) jouent un rôle prépondérant de soutien dans l’autonomie des producteurs africains et asiatiques, donnant essentiellement la parole aux agriculteurs pauvres et analphabètes et gardant un contact continu avec leurs membres. Leur efficacité repose sur un canal de communication solide. L’accès dans les villages à une information pertinente et en temps voulu devrait permettre aux citoyens des zones rurales de jouir d’une plus grande autonomie. Renforcer la sensibilisation et les connaissances grâce à des informations sur les programmes gouvernementaux et les mesures de protection sociale peuvent améliorer considérablement la qualité de vie des zones rurales, alors que la majorité des habitants éprouvent des difficultés à accéder aux ressources mises en place pour préserver leur bien-être. Les OA luttent depuis longtemps contre ces problèmes en employant plutôt des moyens conventionnels, alors que l’utilisation de TIC pour aider les agriculteurs est un moyen infaillible de parfaire, et dans bien des cas de surpasser, l’efficacité des moyens conventionnels.

Initiatives en Inde et au Kenya

Les OA peuvent servir d’intermédiaires pour fournir des services de TIC efficaces offerts par un fournisseur de services. Un bon exemple est celui de la coopérative d’engrais des agriculteurs indiens (Indian Farmers Fertiliser Cooperative Limited – IFFCO), qui compte parmi ses membres plus de 40 000 sociétés coopératives. L’estimation du nombre de personnes liées à ce réseau s’élève à 50 millions d’exploitants agricoles. Ces agriculteurs sont propriétaires de l’IFFCO car leurs sociétés respectives détiennent une part du capital, de même que les consommateurs d’engrais produits par les différentes usines de l’IFFCO. La coopérative distribue des engrais de qualité aux agriculteurs via les sociétés coopératives, et organise des activités promotionnelles afin que les exploitants puissent se familiariser avec les nouvelles technologies agricoles, dont un grand nombre d’activités de vulgarisation agricole conventionnelles. L’IFFCO a créé en 2007 une coentreprise nommée IFFCO Kisan Sanchar Ltd (IKSL) en association avec Star Global Resources et Bharti Airtel, dont la mission est de donner plus d’autonomie aux exploitants indiens en transformant l’omniprésent téléphone mobile en locomotive de la connaissance. IKSL utilise la technologie des téléphones portables pour fournir aux exploitants des services de consultation agricole pertinents en temps voulu, afin d’améliorer leurs revenus, de réduire les coûts, d’augmenter les rendements, de diminuer le gaspillage, d’accroître la qualité, d’élargir leurs marchés et de les instruire sur la santé, l’environnement et d’autres points essentiels. Le modèle d’IKSL repose sur l’idée de collaborer avec les exploitants en leur montrant comment utiliser leurs téléphones mobiles de deux nouvelles manières. L’approche « PUSH » s’assure que les exploitants reçoivent les dernières mises à jour et conseils pertinents au travers de messages vocaux d’une minute dans la langue ou le dialecte approprié. L’approche
« PULL » permet aux agriculteurs d’appeler un service d’assistance pour demander des informations complémentaires sur les données fournies, ou pour trouver des solutions à des problèmes spécifiques. La carte verte IKSL est principalement commercialisée par le biais des OA, et les services rattachés à la carte sont offerts à travers ce modèle depuis 2007. Au Kenya, la Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est (EAFF) s’attache à réunir des fournisseurs de services divers qui proposent des applications mobiles variées sur plusieurs aspects des différentes chaînes de valeur, dans le but de créer des pôles complets regroupant ce type de fournisseurs. En partenariat avec un investisseur privé, l’EAFF développe actuellement une plateforme virtuelle semblable à celle de l’IFFCO, dans le but de relier les agriculteurs aux marchés des intrants et à celui des produits agricoles, et de leur permettre d’accéder au crédit et à des produits d’assurance faits sur mesure pour eux. L’EAFF planifie une phase pilote qui débutera dans un premier temps au Kenya et ciblera les chaînes de valeur du riz et du maïs. Une fois le projet pilote finalisé et après son analyse et son évaluation, l’EAFF envisage de le déployer au niveau commercial en visant plus de 100 000 exploitants agricoles la première année, et de collaborer de façon continue avec IKSL pour apprendre notamment le fonctionnement de leur plateforme mobile et profiter de leur expertise, afin d’améliorer le fonctionnement de sa propre plateforme. La technologie peut potentiellement déclencher une révolution dans le secteur agricole, notamment parce qu’elle va transcender la structure fragmentée caractéristique de l’agriculture de petits exploitants en Afrique et en  Asie et développer un historique financier des agriculteurs, les rendant ainsi solvables.