Associer les drones et les chiens pour sauver les cultures d'avocatier

D. Mills et J. C. Adkins

Le secteur multimillionnaire de l’avocat est menacé par un champignon mortel propagé par les coléoptères. Mais l’association de drones et de chiens pourrait bien changer la donne.

Xyleborus glabratus est une espèce de coléoptère particulièrement envahissante, originaire d’Inde, du Japon, de Birmanie et de Taiwan, et particulièrement redoutée aux États-Unis car elle transmet le champignon Raffaelea lauricola qui cause une maladie vasculaire chez les arbres : le flétrissement du laurier.

Cette maladie végétale a déjà causé la mort d’environ 500 millions de lauriers sauvages à travers les forêts côtières du sud-est des États-Unis. Plus de 90 pour cent des arbres meurent dans les six mois suivant l’infection, et la maladie a des effets extrêmement dévastateurs sur les vergers d’avocatiers. Elle est particulièrement préoccupante dans le sud de la Floride où leurs cultures commerciales rapportent 55 millions de dollars par an, et où les pertes causées par le flétrissement du laurier dans les vergers d’avocatiers pourraient générer des coûts de remplacement de plus de 400 millions de dollars.

La détection de cette maladie représente un défi majeur. Les arbres malades peuvent commencer à flétrir dans les deux semaines suivant l’infection et lorsque les symptômes apparaissent, le champignon s’est vraisemblablement déjà propagé aux arbres environnants par anastomoses racinaires. La maladie est particulièrement problématique dans les vergers commerciaux où les arbres sont plantés trop proches les uns des autres.

Détecter les arbres infectés

Afin d’endiguer la propagation du champignon, un programme de détection a été élaboré par le doyen et vice-président exécutif Kenneth G. Furton ainsi que le professeur de sciences biologiques DeEtta Mills de l’Université internationale de Floride (Florida International University, FIU). Le programme associe l’utilisation de drones de surveillance et celle de chiens pour la détection olfactive du champignon. « Le problème ne se limite pas à la Floride », a expliqué M. Furton. « La question de la lutte contre cette maladie envahissante suscite des inquiétudes croissantes de la Californie à l’Amérique latine. »

La chasse aux arbres infectés de la FIU commence avec les drones, appelés dans le monde anglophone « véhicules aériens sans pilote (UAV) », dont l’utilisation est bien moins coûteuse que celle des hélicoptères. Les drones transportent des équipements à imagerie numérique thermique capables de détecter les arbres malades depuis le ciel. Les drones équipés de caméras spectrales peuvent identifier la signature spectrale unique du flétrissement du laurier ainsi que d’autres signes pathologiques, ce qui permet aux experts de détecter les arbres touchés par la maladie avant même que les symptômes ne soient visibles à l’œil nu.

Cette technologie ne suffit toutefois pas à identifier la cause de la maladie. C’est à ce moment que les chiens entrent en scène. L’odorat des chiens est des centaines de milliers de fois plus sensible que le nôtre. Les chiens détecteurs de drogues sont les plus connus mais les chiens peuvent être dressés pour détecter un large éventail d’odeurs différentes. Les chiens dressés par la FIU pour détecter les odeurs sont capables de détecter les arbres malades. L’utilisation de drones permet d’identifier les zones particulièrement préoccupantes des vergers d’avocatiers. Les chiens peuvent ensuite rechercher les arbres touchés par la maladie dans des zones réduites et plus faciles à gérer.

Déraciner les arbres malades

Lorsqu’un chien signale un arbre, les chercheurs du laboratoire du professeur DeEtta Mills effectuent des analyses ADN sur les échantillons prélevés sur le tronc principal de l’arbre ou ses grosses branches, lesquels leur permettent ensuite de confirmer que l’arbre est bien atteint du flétrissement du laurier. Depuis janvier 2016, les chiens ont identifié, avec l’aide des drones, environ 200 arbres avant qu’ils ne présentent les symptômes de la maladie. Les résultats du laboratoire ont ensuite confirmé la présence du champignon sur tous ces arbres. Les avocatiers malades doivent être maintenant enlevés, tout comme les arbres environnants.

Ce programme de détection unique en son genre pourrait donner lieu à des applications étendues à l’ensemble du secteur agricole, notamment aux immenses secteurs de l’avocatier en Californie, et dans de nombreux pays en développement. L’association de la recherche, de la technologie et des chiens d’assistance pourrait changer la donne dans la lutte contre ce champignon mortel.

Cet article est une adaptation d’autres articles écrits par les mêmes auteurs, notamment « La bataille des chiens et des drones contre le champignon tueur d’avocatiers » publié sur le site Internet de l’Université internationale de Floride (FIU). Article original : https://goo.gl/b1wNPW