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Agriculteur pourrait être le métier de l’avenir

Michael Oluwagbemi

Michael-Oluwagbemi2Interview avec Michael Oluwagbemi, cofondateur et directeur associé de LoftyInc Allied Partners et gestionnaire de la plateforme Wennovation Hub basée à Lagos, au Nigéria.

Quel est l’objectif d’AfriLabs ?

AfriLabs est un réseau d’espaces ouverts à l’innovation et d’organisations de soutien à travers toute l’Afrique. L’organisation s’engage à promouvoir le partage de connaissances, à permettre le partage des ressources et à promouvoir l’intégration entre les plateformes d’innovation émergentes en Afrique, les « inculateurs », et les espaces dédiés aux passionnés de l’informatique qui ont grandement contribué au soutien de la nouvelle génération d’innovateurs et d’amateurs de technologie en Afrique.

Qu’entendez-vous par « inculateurs » ?

Aujourd’hui, le terme « inculateurs » regroupe à la fois les incubateurs et les accélérateurs. Les deux font face aux mêmes défis en matière d’innovation. L’une des principales difficultés rencontrées est de sensibiliser le grand public et les décideurs politiques à la valeur de leur utilité. Les inculateurs sont relativement peu coûteux et occupent des fonctions utiles en Afrique. Ils permettent à la jeunesse africaine, en particulier les jeunes génies de l’informatique, de s’engager davantage, et ils récoltent en conséquence les fruits de l’impact social, de l’innovation et de la création d’emplois.  

Quel rôle peuvent-ils jouer dans le développement de l’agriculture africaine ?

Malgré les milliards d’aide et de subventions au développement visant à accroître la productivité et à rendre le secteur plus attractif, l’agriculture africaine demeure en grande partie une agriculture de subsistance. D’ailleurs, l’Afrique reste un importateur net de nourriture, bien qu’elle dispose de l’une des plus vastes étendues de terre arable au monde et que la diversité de son biosystème pourrait en faire la réserve alimentaire de la terre entière. Imposées au continent par le reste du monde, la plupart des avancées agricoles ont été adoptées de manière inadéquate en raison d’un manque de compatibilité ou de fonds. L’incubation et l’accélération des start-up agricoles TIC offrent à la jeunesse africaine une opportunité unique de s’engager à nouveau dans la chaîne de valeur agricole grâce à la technologie, de manière à ce que l’Afrique, libérée de toute dépendance externe, puisse développer ses propres technologies adaptées aux objectifs, et nourrir ses citoyens. Par ailleurs, elles rendent l’agriculture plus attirante aux yeux des jeunes. Agriculteur pourrait être le métier de l’avenir.

Quels sont les principaux défis à relever par les jeunes entrepreneurs TIC?

J’aimerais plutôt vous parler des possibilités. Les nombreux obstacles de la chaîne de valeur alimentaire peuvent offrir des opportunités commerciales en or aux entrepreneurs s’ils sont prêts à investir dans les solutions, telles que le contrôle, le stockage, la conservation et l’agro-industrialisation, qui accroissent la valeur de la culture et de l’élevage pour les utilisateurs finaux, mais aussi les intermédiaires de la chaîne de valeur. Parmi les nombreux et divers défis opérationnels qu’implique la gestion d’une telle entreprise, le moyen de représenter les aliments de base de la nourriture africaine dans le monde entier constitue un défi intéressant pour les jeunes entrepreneurs africains. La technologie alimentaire, la présentation des produits et leur conditionnement détiennent la clé de ce chemin moins souvent emprunté.

Comment l’e-agriculture peut-elle garantir aux entrepreneurs revenus et rentabilité ?

Le meilleur moyen pour toute start-up africaine de produire des revenus et d’assurer une rentabilité est de créer de la valeur. Les start-ups qui parviennent à ajouter de la valeur réelle à leurs clients remporteront le marché. Cela requiert à la fois un certain degré de collaboration avec les acteurs existants et la rentabilisation des canaux de commercialisation mis en place par les acteurs traditionnels mais dont le potentiel n’a pas été pleinement exploité. De plus, comme certaines start-up, telles que FreshDirect et Foodstantly, l’ont démontré lors du dernier Aso Villa Demo Day (Nigeria), de nombreuses possibilités s’ouvrent aux entrepreneurs e-agricoles en Afrique.

Comment renforcer l’entrepreneuriat agricole basé sur les TIC en Afrique ?

Le renforcement de la collaboration entre les agriculteurs et les passionnés d’informatique doit indubitablement être la première étape vers le point de convergence entre l’incubation et l’accélération de l’e-agriculture. De nos jours, les passionnés d’informatique sont bien plus à l’aise installés dans leurs bureaux et les agriculteurs ne saisissent pas l’intérêt d’un hackathon. La plateforme Wennovation et le CTA ont été les premiers à tenter de combler ce fossé en investissant dans l’immersion de ces mordus de technologie au sein des exploitations agricoles, tout en développant une méthodologie à cet effet, lors du YEFFA Agrihack, au Nigéria. Transformer les problèmes d’aujourd’hui en solutions et marchés de demain pourrait toutefois prendre du temps. Les défenseurs des politiques publiques, ainsi que leurs partenaires de développement (banques, institutions multilatérales, donateurs, etc.), doivent accroître leurs investissements directs dans les programmes e-agricoles, en coopération avec les acteurs des écosystèmes, tels que les incubateurs, les accélérateurs, et les organisations telles qu’AfriLabs, qui rassemblent les initiatives. Il convient désormais de lancer le sujet afin d’aboutir à des initiatives et actions rapides.