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Établir un écosystème sain pour les entrepreneurs dans le domaine des TIC

Barni Qaasim

Certains pays pourraient observer une croissance économique de l’e-agriculture si leurs secteurs public et privé collaboraient à la création d’un climat propice à l’innovation. Les expériences caribéenne et latino-américaine peuvent constituer une source d’inspiration pour établir un écosystème sain pour les start-up TIC du secteur agricole.

En février 2016, la Banque de développement des Caraïbes et le Trident Angels Network, un réseau d’investisseurs constitué de chefs d’entreprises barbadiens, se sont réunis afin de discuter de la manière de soutenir le développement de l’entrepreunariat à la Barbade. Le ministère du Travail de la Barbade, l’Organisation des États des Caraïbes orientales et la Banque Mondiale ont également assisté à cette conférence aux côtés de représentants de la Chambre de commerce de la Barbade,  de PitchIT Caribbean,  de Start-Up Jamaica,  de Devlabs et du Réseau des jeunes entrepreneurs de la Barbade.

Au cours de la réunion, il a principalement été question de start-up locales à différents stades de développement : des étudiants cherchant à concrétiser une idée commerciale, aux petites entreprises désireuses d’étendre la palette de leurs services de manière évolutive, en passant par les start-up qui commencent à faire du profit et engagent leurs premiers employés. Les participants ont ouvert leur réseau aux entrepreneurs afin qu’ils puissent avoir un aperçu du marché et approcher des clients et des sponsors potentiels. Les acteurs de la conférence ont souligné à l’unanimité l’existence de lacunes dans la structure de soutien de l’entrepreneuriat et ont décidé de constituer un groupe de travail pour promouvoir la création d’un écosystème sain pour les entrepreneurs.

Des usagers payants pour valider le modèle commercial des start-up

CropGuard faisait partie des start-up basées à la Barbade présentes lors de la conférence de février. Son objectif : combattre les nuisibles à l’aide d’un logiciel innovant qui met en relation les agriculteurs et leurs fournisseurs, et transmet des données essentielles aux organismes gouvernementaux. CropgGuard a été créée en septembre 2014 et a remporté le deuxième prix du concours AgriHack, sponsorisé par le CTA, en octobre 2014.

CropGuard avait développé un produit mais n’était pas encore suffisamment rentable sur le plan commercial. Les concepteurs de Cropguard ont donc été encouragés à approcher directement de grands clients et de confronter leur produit aux besoins d’usagers payants. Devlabs, un membre du réseau Start-Up Jamaica, a alors aidé CropGuard à faire décoller ses ventes sur l’île. En à peine trois mois, CropGuard a contacté toutes les exploitations agricoles de la Barbade et a conclu des contrats avec la moitié d’entre elles. CropGuard ambitionne actuellement de s’étendre à l’échelle régionale et de se lancer sur le marché jamaïcain. Pour ce faire, la start-up pourra compter sur les installations de Start-Up Jamaica et tirer parti des relations des membres de la Chambre de commerce de la Barbade et des chefs d’entreprises du Trident Angels Network.

L’exemple de CropGuard démontre que les entreprises qui développent des logiciels agricoles ont un potentiel de croissance plus rapide et à moindre coût que les autres, étant donné qu’elles ne doivent pas produire de marchandises pour récolter des bénéfices. Ces entrepreneurs peuvent tester leur produit sur des usagers payants qui leur permettent de développer des solutions optimales pour leurs clients. Or, cet avantage disparaît automatiquement si l’on demande à ces entrepreneurs de dénicher des investisseurs prêts à débourser des sommes irréalistes. Les nouvelles start-up TIC du secteur agricole n’ont pas besoin d’investissements, mais bien de soutien technique et commercial. Les chefs et les associations d’entreprises, les incubateurs et les accélérateurs de start-up peuvent jouer un rôle clé dans ce processus en s’adressant directement aux entrepreneurs et en leur fournissant un soutien commercial et technique ciblé.

Apprendre à se retourner

Jermaine Henry est un entrepreneur basé à Kingston, en Jamaïque, spécialisé dans le soutien d’entreprises. Avec son équipe, il avait créé un marché agricole bilatéral mettant en relation les agriculteurs et les grossistes. L’objectif poursuivi était de réunir les agriculteurs et leurs acheteurs sur une seule plateforme. L’équipe d’Henry a remporté des concours d’innovation, organisé des conférences, suscité l’attention des médias, et a même pris la parole devant la Commission des Nations unies pour discuter de la lutte contre la faim dans les pays en développement. De fil en aiguille, le plan commercial de l’équipe a évolué : l’entreprise financerait directement les agriculteurs, tandis que les grossistes vendraient leurs produits. Pourtant, après un an et demi d’activité, leur plateforme n’était toujours pas achevée et l’entreprise n’avait pas réalisé la moindre vente.

Devlabs a emmené Henry et son équipe dans la Silicon Valley pour établir des contacts. Au cours de la première semaine, Henry s’est entretenu avec des agriculteurs et des grossistes. Il a alors compris que son projet était trop complexe et n’était pas viable. Il a passé du temps avec les détaillants sur les quais d’Oakland, les a observés et en a conclu que leur manière de travailler était obsolète et peu rentable. C’était l’occasion rêvée de concevoir un logiciel simple qui créerait de la valeur ajoutée. Henry est ainsi passé d’un outil de marché à un outil de gestion destiné aux transitaires de sa nouvelle entreprise, Quicdock.

L’expérience d’Henry démontre que les entrepreneurs dans le domaine des TIC au service de l’agriculture doivent avant tout discuter avec leurs clients pour développer un produit qui réponde à leurs besoins. Il est nécessaire que les programmes d’éducation et de formation, les incubateurs et les accélérateurs de start-up le comprennent afin de ne pas empêcher les entrepreneurs de concevoir un produit et de le vendre. De plus, s’éloigner des marchés bilatéraux et favoriser le commerce interentreprises demeure une stratégie viable pour les entrepreneurs qui n’ont pas accès à un investisseur providentiel ou qui ne disposent pas de capitaux suffisants mais qui doivent être immédiatement rentables.

Apprendre de ses erreurs

Le Chili a massivement investi dans le secteur des logiciels et des start-up TIC. En 2010, l’Agence de développement économique chilienne (CORFO) a lancé la plateforme Start-Up Chile, qui propose aux start-up des formations, des programmes de parrainage, des événements de réseautage et des capitaux de lancement à hauteur de 40 000 USD. Les universités soutiennent elles aussi l’entrepreneuriat et un certain nombre de politiques fiscales et migratoires ont été approuvées afin d’attirer les investisseurs étrangers.

ReinSystem est une start-up qui a vu le jour grâce à l’écosystème en faveur des agriculteurs mis en place au Chili. Née dans le cadre du projet de fin d’études de ses concepteurs à l’université de la Frontera, ReinSystem était une combinaison de matériel et de logiciel visant à aider les agriculteurs à surveiller la qualité de leurs sols. La jeune équipe a alors su mettre à profit l’incubateur de l’université, la bourse Incubatec, pour développer ses logiciels et son matériel et le vendre dans le sud du Chili. L’expérience de ReinSystem leur avait appris que la majorité des exploitations agricoles étaient déjà équipées de capteurs souterrains et que l’eau était le facteur clé de la production de ces fermes. C’est la raison pour laquelle ils se sont concentrés sur les vignobles. En l’espace de trois mois, l’équipe a créé Irricrops, un logiciel qui aide les vignerons à gérer l’irrigation de leurs plantations. Irricrops se développe actuellement cinq fois plus vite que ReinSystem. 

L’exemple d’Irricrops illustre la manière dont un écosystème propice à l’innovation a permis à des entrepreneurs d’apprendre de leurs erreurs. L’équipe d’Irricrops a tiré les enseignements de sa première expérience et a rapidement lancé son produit minimum viable (PMV) pour satisfaire les exigences de ses contrats en attente. Les entrepreneurs d’Irricorps ont postulé et obtenu la même bourse que pour leur première entreprise. L’écosystème ne les a pas pénalisés pour leur échec ; au  contraire, il leur a permis d’expérimenter et d’apprendre. Les gouvernements, les fondations et les organisations multilatérales ne devraient pas investir dans de grandes sociétés mais plutôt dans le talent de notre région.

Collaboration

Ces trois exemples montrent que lorsque les différents acteurs, à savoir les gouvernements, les investisseurs et le monde de l’entreprise, s’engagent à investir dans la réussite des entrepreneurs, ces derniers sont à même de créer des méthodes et des solutions innovantes.  Un écosystème propice au développement des technologies agricoles dépend donc de collaborations qui soutiennent les entrepreneurs locaux du secteur des TIC et créent un climat de confiance entre les différents acteurs que sont les établissements d’enseignement, les incubateurs et les accélérateurs de start-up, les associations d’entreprises et les programmes gouvernementaux et multilatéraux. Dans ce type d’écosystème, chaque acteur doit comprendre les différences fondamentales entre les entreprises agricoles traditionnelles et les entreprises agricoles technologiques (agtech) et savoir comment soutenir la croissance de ces dernières.


Liens connexes

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