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Libérer la prochaine génération d'entrepreneurs dans le domaine de l'e-agriculture

Somachi Chris-Asoluka

La fondation Tony Elumelu a lancé son programme panafricain d’entrepreneuriat destiné à plus de 10 000 start-up. La plupart de ces entreprises sont actives dans le secteur agricole et font tout leur possible pour le moderniser, en s’aidant de solutions qui s’appuient sur la technologie.

En décembre 2015, peu après que Tony Elumelu, Commandeur de l’ordre du Niger (CON), homme d’affaires milliardaire et philanthrope nigérian, ait publiquement annoncé son intention de consacrer un budget de 100 millions USD pour aider les entrepreneurs africains, des félicitations de dirigeants du monde entier, de technocrates et de chefs d’entreprises africains ont commencé à affluer. Le programme d’esprit d’entreprise de la fondation Tony Elumelu s’inscrit dans la philosophie inclusive de l’Africapitalisme, hypothèse selon laquelle la clé pour libérer le potentiel social et économique de l’Afrique réside dans le secteur privé africain, qui doit être dynamique et faire participer de manière significative les entrepreneurs.

Actuellement dans sa deuxième année d’activité, le programme représente un engagement sur dix ans pour aider à développer 10 000 start-up et autres entreprises, qui pourraient créer au total au moins un million d’emplois et générer jusqu’à 10 milliards USD de revenus dans toute l’Afrique. Selon plusieurs études, 60 % des petites et moyennes entreprises au Kenya font faillite seulement quelques mois après leur création et 95 % des PME mettent la clé sous la porte dans les douze mois au Nigeria, pour des raisons variées, telles qu’un financement insuffisant, le manque d’accès aux programmes de mentorat, aux réseaux et aux marchés.

Pour inverser cette tendance, de nombreux concours d’entrepreneuriat et programmes d’accélération ont été mis en place pour les start-up locales. Comme Mariéme Jamme, chef d’entreprise et cofondatrice de la plateforme Africa Gathering et membre du comité de sélection du programme Tony Elumelu Foundation Entrepreneurship, souligne dans un article paru dans le Huffington Post, ces initiatives ne sont pas parvenues à réellement soutenir les entrepreneurs car elles étaient conçues à court terme et se focalisaient trop sur un seul aspect de la chaîne de valeur, au détriment d’autres domaines pour lesquels les entrepreneurs auraient également eu besoin d’une aide cruciale.

Le programme d’esprit d’entreprise de la fondation Tony Elumelu s’attaque aux problèmes de durabilité qui ont déjà affecté de nombreuses initiatives de soutien aux PME par le passé. Le programme propose une approche délibérément holistique, basée sur sept piliers : une formation à la création d’entreprises, un mentorat par des professionnels, un financement de capital d’amorçage, un accès à une bibliothèque et à des ressources en ligne, un réseau d’anciens étudiants de la fondation Tony Elumelu venant de toute l’Afrique, des rencontres en face à face avec les différentes parties prenantes (dont des décideurs politiques de haut rang) et, enfin, la participation au Forum d’entrepreneuriat Elumelu, le forum le plus important organisé en Afrique.

Bâtir des entreprises qui durent

Le programme répond activement aux différents besoins des jeunes entreprises africaines : le financement, le mentorat, la formation et le réseautage ciblé. Cette méthode de travail garantit des start-up conçues pour durer. La formation commerciale (particulièrement appréciée des entrepreneurs inscrits au programme) couvre différents sujets tels que : trouver des débouchés commerciaux ; définir et élaborer des produits, fixer leurs prix et les commercialiser ; former et structurer l’équipe de base ; gérer et lever des fonds ; et créer des réseaux utiles. Durant l’exercice de formation basé sur des tâches concrètes, chaque entrepreneur est suivi par un conseilleur qui possède une expérience pertinente dans le domaine. À la fin de cette période d’apprentissage, les jeunes entrepreneurs ont tous les outils en main pour élaborer un plan d’affaires solide. Ils reçoivent ensuite une première tranche non remboursable de capital d’amorçage de 5 000 USD. Le deuxième investissement de 5 000 USD est uniquement destiné aux entrepreneurs qui ont pu démontrer des progrès constants. Cette somme est allouée sous forme de prêt ou de capitaux propres.

Depuis le 1er janvier 2015, 65 000 candidatures ont été envoyées depuis les quatre coins du continent. Après deux ans, seuls 2 000 entrepreneurs ont passé toutes les étapes pour devenir des « entrepreneurs Tony Elumelu », grâce aux scores obtenus sur la base de cinq facteurs : la faisabilité, les opportunités commerciales, la compréhension de la réalité financière, le potentiel de direction et les compétences entrepreneuriales. Les 63 000 autres candidats font toujours partie du réseau d’entrepreneuriat Tony Elumelu, grâce auquel ils reçoivent un soutien non financier et ont accès à diverses opportunités pour leur projet d’entreprise.

Les jeunes entrepreneurs agricoles

Parmi toutes ces start-up, l’agriculture est de loin le secteur phare du programme. Les chiffres révèlent que, contrairement aux idées reçues, les jeunes Africains identifient activement les nouvelles opportunités qu’offre le secteur agricole et, quand ils le peuvent, mettent à profit les innovations et les outils technologiques pour bâtir des entreprises agricoles durables et rentables. Plus de 20 000 membres du réseau ont lancé une entreprise impliquée dans la chaîne de valeur agricole, et au moins 600 des 2 000 finalistes sont actifs dans le secteur agroalimentaire.

Afin d’améliorer la transparence et l’efficacité dans le secteur agricole, de nombreux entrepreneurs africains ont recours à la technologie. En 2013, par exemple, le ministre nigérian de l’agriculture de l’époque, M. Akin Adesina, actuellement président de la Banque africaine de développement, a introduit le système de portefeuille électronique pour lutter contre l’escroquerie nationale des achats d’engrais, où des intermédiaires bénéficiaient massivement de subsides publiques au détriment des producteurs pauvres qui devaient payer des sommes considérables pour acheter des sacs d’engrais. Le système de portefeuille électronique a éliminé la nécessité d’avoir recours à des intermédiaires ainsi que le climat de pénurie artificielle qu’ils créaient, donnant ainsi aux agriculteurs un accès direct au système public d’achat d’engrais. Les entrepreneurs de la Fondation Tony Elumelu cherchent des solutions semblables en utilisant les TIC et diverses plateformes technologiques pour stimuler le développement du secteur. (Voir les exemples de l’encadré).

La promotion 2015, constituée de plus de 300 entrepreneurs agricoles de la Fondation Tony Elumelu, a récemment annoncé avoir créé plus de 15 000 emplois intérimaires et à temps plein. Le potentiel offert par un secteur agricole modernisé en Afrique en termes d’utilisation du dividende démographique pour accroître les profits est énorme. En effet, alors que 40 millions de jeunes Africains sont actuellement au chômage, la transformation du secteur agricole générerait de nouveaux emplois. Plus de 30 % des entrepreneurs agricoles de la Fondation Tony Elumelu ont rejoint une coopérative locale afin de partager les enseignements tirés de la formation qu’ils ont reçue et d’offrir un soutien aux autres agriculteurs. Le programme a également incité certains participants à reprendre des études pour obtenir un diplôme supérieur en agriculture.

La plupart des entreprises créées se situent à une étape plus avancée de la chaîne de valeur, telle que la transformation, les chambres froides, le stockage ou la distribution, et ont recours aux TIC de manière plus systématique. Ces entrepreneurs utilisent des techniques innovantes qui favorisent la compétitivité du secteur et donnent lieu à des produits standardisés et une marchandise qui répond aux critères d’exportation au niveau international.

Des politiques favorables aux PME

Les entrepreneurs ne sont pas des entités isolées. Pour assurer la réussite des entreprises, les économies au sein desquelles elles évoluent doivent appliquer des politiques favorables aux PME, qui leur permettent de prospérer, de générer des revenus et de créer de l’emploi. Dans l’absolu, elles ont besoin du soutien du secteur public afin de créer un environnement propice à leur réussite. En accord avec ces besoins, la fondation a rédigé un rapport factuel pour aider les décideurs politiques à aborder les principaux problèmes tels que le financement, l’accès aux marchés et aux informations, les coûts d’exploitation élevés, les intrants et les équipements limités, les lois foncières obsolètes et les lourdes taxes qui pèsent sur les start-up. En mai, la fondation a diffusé une publication sur la libération des entrepreneurs agricoles en Afrique (« Unleashing Africa’s Agricultural Entrepreneurs ») à l’occasion du Forum économique mondial sur l’Afrique, qui s’est tenu au Rwanda en 2016.

Ce rapport a été compilé d’une part, sur la base d’études de cas et d’expériences d’entrepreneurs agricoles membres du réseau Tony Elumelu et, d’autre part, avec la contribution d’acteurs bien établis et d’investisseurs de la chaîne de valeur. Enfin, onze recommandations clés ont été formulées pour les décideurs des secteurs public et privé pour améliorer les chaînes de valeur et d’approvisionnement agricoles. Le rapport conseille de favoriser un accès plus fiable et à moindre coût au financement, aux assurances et aux intrants, tels que les engrais, les semences, les vaccins pour le bétail et les pesticides. Il faudrait aussi mettre en place davantage de formations officielles et de services de vulgarisation, et améliorer le stockage et l’entreposage afin de réparer les failles dans la chaîne de valeur. Le rapport suggère également de mettre en place des produits financiers plus favorables à l’agriculture, comme des récépissés d’entrepôt, qui pourraient faciliter les emprunts auprès des banques. Enfin, il évoque l’idée d’instaurer une réduction ou une exemption de taxes et de fournir les infrastructures nécessaires pour soutenir et favoriser la productivité plutôt que d’entraver l’investissement entrepreneurial sur le long terme.

La Fondation Tony Elumelu est convaincue que la transformation de l’agriculture transformera l’Afrique. Les jeunes africains y croient, aidons-les à changer l’Afrique !

Liens connexes 

Site web du programme d’esprit d’entreprise de la fondation Tony Elumelu.

Publication de la fondation Tony Elumelu « Unleashing Africa’s Agricultural Entrepreneurs »

Article dans le The Huffington Post de Mariéme Jamme.


Finalistes du programme d’esprit d’entreprise de la fondation Tony Elumelu

Crowd Farm Africa Ltd
est une société kenyane de crowd-farming (financement participatif agricole). Crowd Farm Africa utilise des outils technologiques pour promouvoir l’achat de parts d’exploitations agricoles, renforcer les chaînes de valeur locales et connecter les petits exploitants aux marchés. La plateforme en ligne de Crowd Farm permet aux personnes intéressées d’investir dans la chaîne de valeur alimentaire. Tous les investissements sont centralisés et gérés par Crow Farm Africa afin d’assurer des rendements élevés. 
www.crowdfarmafrica.com

Enric Farm Fresh Delivery Enterprise
est un magasin en ligne kenyan, qui assure la livraison à domicile ou au bureau de fruits et légumes frais, biologiques et locaux. De plus, l’entreprise offre des formations, des semences et des plants aux agriculteurs locaux. Sa stratégie commerciale consiste à cibler les professionnels et les entrepreneurs qui n’ont pas le temps de se rendre au marché ou au supermarché. La société touche une petite commission pour chaque livraison.
www.enricfarmfresh.co.ke

Sub-zero Foods Networking Company
est une plateforme nigériane, qui conserve et distribue une gamme d’aliments surgelés, tels que des fruits de mer, de la volaille, des fruits et des légumes. Tous les produits sont conservés grâce à une technologie de congélation, commercialisés en ligne, puis distribués aux clients. L’objectif est de réduire le gaspillage et les pertes alimentaires causés par de mauvaises méthodes de conservation et de stockage.
www.sub-zerofoods.com

Fasbol Global Link Limited
produit, emballe et distribue des aliments et de la farine sans gluten via une plateforme en ligne au Nigeria. La clientèle se compose de personnes intolérantes au gluten, atteintes de la maladie cœliaque ou diabétiques. La société vise à devenir le fournisseur privilégié des personnes qui souffrent de problèmes de santé au Nigeria.
www.fasbolgloballink.com