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Faciliter la recherche par les données ouvertes

ICT Update

La recherche basée sur les données ouvertes peut véritablement aider à stimuler les changements de pratiques et d’organisation dans les secteurs public et privé, pour les acteurs de l’agriculture et des chaînes d’approvisionnement alimentaire, mais elle ne suffit pas pour que ces changements aient lieu. Il est essentiel que les chercheurs eux-mêmes interagissent pour s’assurer que leurs connaissances et leur expertise sont utiles et utilisées.

Par recherche, on entend l’intégralité du système de production du savoir et de la science, ce qui inclut les universités, les centres de recherche, les publications scientifiques et bien sûr les données. La recherche a une influence sur l’adoption et l’utilisation des données ouvertes à trois niveaux : le réservoir des connaissances, le terrain de jeu expérimental et la surveillance objective. En tant que réservoir de connaissances, la recherche fournit des faits objectifs et indépendants qui aident les tiers dans leurs prises de décisions. Bien qu’il s’agisse là de la fonction la plus évidente et reconnue de la recherche, le réservoir de connaissances offert par les données ouvertes en agriculture et en nutrition est relativement restreint en raison de sa récente émergence.

Certains de ses aspects ont été étudiés plus en profondeur que d’autres. Par exemple, la recherche sur les normes et métadonnées de mise à disposition des données, ainsi que l’assimilation des données dans les techniques de simulation, est bien connue. D’autres aspects plus récents méritent plus d’attention, comme l’évaluation de l’impact des données ouvertes sur les bénéfices, les changements organisationnels causés par les données ouvertes, et les modèles d’affaires innovants pour la création de valeur via les données ouvertes. Les études d’impact sont importantes afin de fournir aux acteurs du secteur public, du secteur privé et de la société civile un cap à suivre dans le développement d’applications, par exemple l’ouverture des données météorologiques pour la gestion des fermes ou des données de ressources génétiques pour la sélection des plantes.

Les études d’impact permettent de connaître les bénéfices potentiels et le meilleur moyen de les atteindre. Elles peuvent également démontrer que des bénéfices sont présents pour une partie de la société différente de celle où les coûts sont assumés. Par exemple, de petites entreprises peuvent créer des applications de gestion de ferme basées sur les données météorologiques ouvertes, mais les agences météorologiques doivent pour cela ouvrir l’accès à leurs données. Ce type d’information permet aux parties prenantes d’envisager conjointement des modèles de partage des bénéfices.  Une autre priorité importante de recherche pour laquelle les connaissances manquent est la participation des exploitants agricoles, petites entreprises et consommateurs à la valorisation des données de manière démocratique, de façon à ce que chaque acteur garde le contrôle de la propriété de ses données et en retire des bénéfices.

Le terrain de jeu expérimental

La recherche peut également servir de terrain de jeu expérimental pour le test de développements avant leur déploiement à grande échelle. Le simple fait de disposer de données ouvertes ne suffira pas à entraîner des changements, car les données doivent être combinées, épurées et regroupées jusqu’à devenir pertinentes. Comme bien souvent de tels regroupements de données sont nouveaux, et les systèmes agricoles et alimentaires géographiquement et temporellement déterminés, la recherche peut permettre d’identifier ce qui est sensé (et, plus important encore, ce qui ne l’est pas).

On peut y parvenir via des projets de recherche dans lesquels un travail d’innovation aprofondi est réalisé, comme le projet Yield Gap ou encore le projet FoodSecure. Les sessions collaboratives d’innovation comme les hackathons, les ateliers BYOD (Bring Your Own Data) et les sprints de développement (équipes de TIC travaillant en étroite collaboration dans le développement de produits). Dans ces cas, les chercheurs spécialisés en agriculture et nutrition et ceux des domaines des TIC, des statistiques et des données peuvent offrir leur expertise pour faciliter le processus de valorisation des données. Cela implique que ces chercheurs soient en mesure de servir d’intermédiaires dans le processus d’apprentissage et de compréhension des tiers, qui exploitent leurs connaissances.

Un exemple dans lequel la fonction de terrain de jeu expérimental de la recherche peut servir d’instrument de changement est l’application des données à partir de la télédétection (ou observation de la Terre). De plus en plus d’images satellites détaillées sont disponibles en accès libre (via par exemple le programme Copernicus de l’Union européenne). De telles données peuvent être utilisées dans des applications d’agriculture comme la prévision des récoltes, la prédiction de l’irrigation ou l’agriculture de précision. Cela nécessite toutefois des expérimentations sur les cultures, les systèmes d’élevage et les systèmes agricoles. Les observations dans des conditions très hétérogènes chez de petits exploitants pratiquant la culture associée et l’agro foresterie montrent que l’application va nécessiter de nombreux ajustements et de nombreuses validations. C’est le cas, par exemple, dans le projet CommonSense (dirigé par Wageningen UR), qui compte parmi les projets du programme GeoData for Agriculture and Water (données géographiques pour l’agriculture et l’eau) (financé par le Ministère néerlandais des Affaires étrangères).

La surveillance objective

Enfin, la recherche a un rôle à jouer dans la surveillance objective des rétroactions et biens communs désirables et indésirables concernant le développement des données ouvertes en agriculture et en nutrition. Le rôle de surveillance des données ouvertes offre aux chercheurs la possibilité de mettre en lumière les cas d’application de données ouvertes pertinents pour la société dans son ensemble, bien qu’il ne soit pas dans l’intérêt immédiat des acteurs de diffuser les données qu’ils possèdent, et de soulever des problèmes de confidentialité, de fracture numérique et d’inclusivité de genre qui pourraient être étudiés plus en détail à l’avenir.

En ce qui concerne les biens communs, la recherche peut fournir le partage de données, les TIC et l’infrastructure organisationnelle assurant à toutes les parties prenantes un certain niveau d’accès. L’initiative GODAN reconnaît cet aspect, puisqu’un groupe de travail sur les écosystèmes de données commence à explorer les éléments d’infrastructure qui devraient être mis à la disposition de tous. En matière d’agriculture et de nutrition, il y a là une belle opportunité étant donné que de telles plateformes ne devraient pas être monopolisées par une seule organisation.

Le rôle évolutif des chercheurs

Pour que la recherche remplisse ses différents rôles de manière efficace, elle doit elle-même évoluer également. En premier lieu, elle doit dans la mesure du possible ouvrir ses propres données pour les rendre disponibles comme bien commun. Il existe un mouvement dans ce sens avec la publication Open Data Journal for Agricultural Research, plusieurs dépôts de données institutionnels ainsi que des développements menés par des bailleurs de fonds comme le Nuage européen pour la science ouverte.

Ensuite, la recherche ne doit pas seulement enseigner et transmettre le savoir, mais aussi écouter les besoins en recherche des autres acteurs. Cela rendra l’évaluation des impacts (potentiels) des données ouvertes en agriculture et en nutrition particulièrement importante, en dirigeant l’agenda de recherche et en identifiant clairement les obstacles liés à un manque de connaissances et de compréhension. C’est la raison pour laquelle des cas associés à la sécurité alimentaire, aux ressources génétiques, aux données géographiques, aux données météorologiques et à la nutrition ont été étudiés par rapport à leur impact potentiel dans le cadre du programme GODAN Action.

Dans les prochaines années, le projet GODAN Action explorera plusieurs de ces cas plus en détail, et travaillera pour chaque cas sur des normes et l’interopérabilité de partage des données, des études d’impact focalisées sur les avantages de l’ouverture de certains types de données, et l’augmentation de capacité d’importants acteurs pour la création de valeur basée sur les données ouvertes. Le projet mènera donc à l’établissement de lignes directrices d’utilisation de normes, de fiches d’information et de cas d’impact documentés, ainsi qu’à la formation de nombreux individus qui pourront en former d’autres à leur tour. Enfin, le programme produira des méthodologies et lignes directrices reproductibles pour le travail à partir de données ouvertes dans de nouveaux cas. De cette manière, les canaux de communication de la recherche resteront ouverts lors du processus de recherche afin d’assurer une utilisabilité maximale de ses résultats.

Liens associés 

Technologies du big data en science agro-environnementale

Open Data Journal for Agricultural Research

GODAN Action

 

GODAN Action – Enabling practical engagement with open data in agriculture and nutrition

As the world’s population grows, global demand for food is predicted to nearly double. The number of people at risk of hunger in the developing world is estimated to grow to more than a billion people by 2050. New data-driven solutions in agriculture and nutrition are increasingly being seen as a way to tackle this challenge.

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