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Impact des données ouvertes pour les petits exploitants agricoles

ICT Update

Pour que le mouvement d’ouverture de l’accès aux données ait un réel impact, il est essentiel que les données ouvertes profitent aux exploitants agricoles. Il existe un fort potentiel, mais le manque de données fiables et contextualisées joue actuellement en défaveur des exploitants agricoles.

Les données ouvertes pourraient offrir d’importants avantages aux communautés rurales de petits propriétaires dans les pays en développement. La combinaison des connaissances agricoles avec les données issues de la télédétection et de la cartographie peut fournir aux exploitants agricoles des avertissements de conditions défavorables plus précoces. De tels avertissements peuvent être vitaux pour la protection des récoltes contre les parasites et conditions météorologiques extrêmes, pour l’augmentation des rendements, la surveillance des réserves d’eau et l’anticipation des transformations dues au changement climatique.

Lorsqu’elles sont partagées ou réutilisées, les données peuvent avoir une bien plus grande valeur que lorsqu’elles sont simplement utilisées pour leur objectif premier ; voilà l’une des conclusions du document de travail du CTA intitulé Open Data and Smallholder Food and Nutrition Security. Dans ce document, les avantages potentiels identifiés pour les exploitants agricoles étaient l’augmentation de la participation et de l’autonomisation, la création ou l’amélioration de produits de logistique, de développement, de finance, d’intrants et de services commerciaux, la hausse de l’efficacité des chaînes de valeur avec un meilleur accès aux marchés, l’augmentation des rendements et la diminution de la périssabilité, l’accroissement de la disponibilité des intrants et l’amélioration du contrôle des parasites.

Si les exploitants agricoles ont accès à des données fiables, cela peut donc se traduire par une productivité plus forte, un accès plus grand aux marchés et une meilleure nutrition. Comment faire en sorte que les exploitants agricoles profitent de cette opportunité ? En général, l’impact des données agricoles ouvertes dans les pays en développement demeure faible, selon le document de travail. La raison en est bien souvent que les données requises pour un impact local n’existent pas ou ne sont pas en accès libre. Les exploitants agricoles s’intéressent aux données de manière beaucoup plus pragmatique. Ils posent par exemple des questions très concrètes. Quelles cultures devrais-je semer ? Comment faire pousser ces cultures ? Quels intrants utiliser, et comment les obtenir ? Où stocker mes récoltes ? Où vendre mes récoltes, et à quel prix ?

Theo de Jager, président de l’Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO) : « Dans une exploitation agricole, que l’on parle d’un millier d’hectares ou d’un seul, j’ai besoin d’informations en temps réel. Que demande le marché en ce moment ? Quels sont les coûts de mes intrants en ce moment ? Quel est l’état de mon sol en ce moment ? Quelles sont les conditions météorologiques en ce moment ? » En disposant de meilleures informations sur le marché, les exploitants agricoles pourraient mieux définir ce qu’ils doivent planter et où ils doivent vendre leurs récoltes. « Voilà pourquoi les données ouvertes sont si importantes. Elles doivent me permettre, en tant qu’exploitant agricole, de prendre des décisions sans délai. Elles constituent un outil m’aidant à prendre la bonne décision, au bon moment et au bon endroit », explique-t-il.

Données satellites

La météorologie est l’un des domaines dans lesquels les données ouvertes commencent à apporter une réelle contribution aux exploitants agricoles. Des données satellites plus fiables sont disponibles et de plus en plus de services sont créés pour envoyer l’information la plus précise aux exploitants agricoles à moindre coût. Dans les cas où les images satellites sont inexploitables en raison de la résolution ou de la présence de nuages pour utilisation sur des parcelles agricoles de taille réduite, la technologie des drones constitue maintenant la solution émergente pour améliorer les données.

Par exemple, les services d’informations ICT4Ag axés vers le marché et appartenant aux utilisateurs (MUIIS) sont une initiative à plusieurs parties prenantes dont l’objectif est de fournir des conseils de culture aux exploitants agricoles ougandais sur la base de données satellites. Ces dernières seront collectées auprès de différentes sources et leur analyse servira à fournir des conseils agronomiques éclairés sur la quantité d’intrants à utiliser, la météo quotidienne et la longueur de la saison, les pratiques préventives et avertissements précoces, les réponses aux attaques des parasites et maladies, les services financiers et d’assurance basée sur un indice, et l’intelligence de marché sur les lieux et moments où il faut vendre. 

Des études menées en Inde ont montré que de tels services de développement et conseil basés sur les données satellites peuvent entraîner une augmentation de la productivité des exploitants agricoles allant jusqu’à 40 %. Cropio, FarmSat, FieldLook et ClimatePro sont des exemples de services de surveillance des cultures basées sur l’utilisation des satellites.

Une dynamique

Pendant de nombreuses années, l’agriculture de précision a été considérée comme non pertinente pour les petits exploitants agricoles des pays en développement en raison de la résolution insuffisante des images et de leur coût élevé. Ce temps est révolu. De plus en plus d’études soutiennent maintenant l’idée que les petits agriculteurs peuvent bénéficier de l’agriculture de précision. Les capteurs équipés de GPS sur les tracteurs, par exemple, permettent aux agriculteurs de mesurer la variabilité du sol et de s’y adapter sur de vastes étendues de terres, et de diffuser les bonnes quantités d’engrais et d’eau exactement aux endroits nécessaires.

Des organismes multilatéraux comme la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement ont recours à une approche plus focalisée sur l’utilisation des technologies spatiales et de l’information qui en découle pour garantir la sécurité alimentaire. Les organisations de l’ONU font la promotion de la Gestion de l’information géospatiale à l’échelle mondiale. Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine, créé en 1985 par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), est un chef de file dans la fourniture d’avertissements et analyses précoces sur l’insécurité alimentaire aiguë. Le gouvernement néerlandais, via le Netherlands Space Office, a lancé un programme nommé Geospatial for Agriculture and Water. Cette initiative utilise les données satellites pour améliorer la sécurité alimentaire dans le cadre de projets au Bangladesh, en Éthiopie, en Indonésie, au Kenya, au Mali ainsi qu’en Ouganda. Le Copernicus Land Monitoring Service utilise également les données in situ et satellites pour fournir de l’information géospatiale régulière sur l’état de la végétation mondiale et les cycles hydrologiques, pour la planification territoriale, la gestion des forêts, la gestion de l’eau, l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Des outils TIC

Le succès dépend du nombre de plateformes mobiles mises sur le marché au profit d’utilisateurs enclins à payer pour des services d’informations agricoles et financières. Les opérateurs de services mobiles et TIC développent et hébergent des services de conseil agricole sur les plateformes mobiles, fournissent de l’information sous forme de textos, de menus structurés et de messages vocaux. Les agriculteurs fournissent de l’information sur eux-mêmes et leur environnement via ces services. L’ouverture de ces flux de données permettra de mieux comprendre les exploitants agricoles et donc le monde dans son ensemble, pour de nouveaux progrès en matière de développement et de gouvernance.

Les données ouvertes et accessibles pour les producteurs aideront les exploitants agricoles des pays en développement à surmonter l’un de leurs principaux problèmes, soit l’accès au financement, car elles fourniront de meilleures assurances aux banques et autres prêteurs si l’information est immédiatement disponible sur les rendements de récolte, les intrants et d’autres points essentiels. Les premiers pas ont d’ores et déjà été faits pour créer un environnement dans lequel des initiatives peuvent voir le jour afin d’aider les exploitants agricoles en leur fournissant de l’information ciblée basée sur des données ouvertes fiables.

Cet article est compilé à partir des ressources de CTA, GODAN et PAFO.

Liens associés

En savoir plus sur le MUIIS
Document de travail Open Data and Smallholder Food and Nutrition Security du CTA

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