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Le Kenya ouvre l'accès à ses données sur l'agriculture

Muchiri Nyaggah

Le gouvernement kenyan a lancé l’Open Data Initiative en 2011 sur le postulat que l’information du Kenya constitue une ressource nationale. L’agriculture est un élément central, car la sécurité alimentaire et le développement économique ne peuvent évoluer qui si les décisions agricoles sont basées sur des faits. La clé du succès est donc que les données soient disponibles, fiables et ouvertes à tous.

L’objectif de l’Open Data Initiative est de rendre les données du gouvernement sur le développement, la démographie, les statistiques et les dépenses disponibles en format numérique facile à exploiter pour les chercheurs, les responsables politiques, les développeurs en TIC ainsi que le public. Le site web opendata.go.ke propose actuellement au public 942 bases de données, incluant par exemple le dernier recensement complet, les données de dépenses publiques nationales et par comté, l’information sur les établissements de santé et d’enseignement, toutes données étant regroupées par thèmes comme l’agriculture, l’énergie, l’eau, les infrastructures, la santé et la gouvernance, notamment. En plus de ce portail en ligne, l’Open Data Initiative soutient la numérisation des documents et processus du gouvernement, qui alimenteront le portail à l’avenir.

Des décisions éclairées

Il est important de rendre les données facilement accessibles pour trois grandes raisons. La première, c’est que l’accès facilité aux données accroît l’innovation et génère une valeur économique comme sociale : économies et gain d’efficacité au sein du gouvernement, amélioration de la fourniture de services, systèmes de rétroaction des citoyens, ou encore nouveaux emplois générés dans le secteur privé. La deuxième, c’est que les prises de décision basées sur des données fiables par les parlementaires, les responsables politiques, les organisations de la société civile et les individus entraînent des progrès et décisions plus éclairées sur des problèmes qui ont un impact direct sur la vie des gens. La troisième est l’amélioration de la transparence et de la responsabilité du secteur public.

Le Kenya est témoin de l’apparition d’une multitude d’applications qui utilisent les données ouvertes. La société de conception de logiciels DataScience utilise par exemple les données pour développer des outils d’analyse et de recherche du big data dans le cadre du développement des affaires. Les données ouvertes font émerger des applications, mais également des laboratoires et collaborations comme Health Data Collaborative, iLabAfrica et Agriculture Data Community dans le cadre du partenariat national du pays sur les données du développement durable.

Une analyse interdisciplinaire

Les données ouvertes sont essentielles au développement futur de secteurs comme l’agriculture, l’élevage et la pêche. L’accès libre à des données précises génère de l’information basée sur des faits, ce qui contribue à la promotion et à l’accélération du développement économique comme de la sécurité alimentaire. Les données ouvertes aideront le Kenya à trouver des réponses aux questions complexes liées au changement climatique ainsi qu’au développement agricole durable et productif. Bien que dans certains cas l’agriculture accroisse les défis environnementaux à l’échelle mondiale, nous devons trouver des voies dans lesquelles elle fait partie de la solution. L’utilisation du big data et des données ouvertes est un bon moyen de rendre possible l’analyse interdisciplinaire dans notre quête d’établissement de politiques globales répondant aux problèmes émergents.

De tels développements ne sont pas seulement importants pour le Kenya, mais pour tout le continent. 70 % de la population africaine dépend de l’agriculture. Le moyen le plus sensé d’améliorer l’économie africaine est donc d’inclure l’agriculture dans les politiques de développement économique et de rendre les données disponibles pour suivi et analyse. Voilà pourquoi le gouvernement kenyan est un point de convergence idéal pour la stimulation des données ouvertes en Afrique, particulièrement dans le contexte de l’agenda de transformation agricole du continent. Cet agenda s’inscrit dans le cadre du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine, qui résulte de la Déclaration de Malabo de l’Union Africaine sur une croissance accélérée de l’agriculture et une transformation pour une prospérité partagée et des moyens d’existence améliorés.

Les gouvernements africains s’engagent

Ainsi, les gouvernements africains explorent les options d’investissement dans un développement agricole inclusif et durable. Au cours du Forum sur la révolution verte en Afrique organisé au Kenya en septembre 2016, les gouvernements se sont par exemple engagés à augmenter l’accès au crédit pour les agriculteurs, ou encore à stimuler les échanges de technologies en matière de variétés résilientes, afin d’augmenter la productivité agricole. D’autres améliorations et coopérations pourraient tirer profit de l’utilisation des données ouvertes. Les agences et gouvernements ont lors du Forum pris des engagements totalisant des millions de dollars, et établi de nouvelles initiatives visant à développer la capacité et les systèmes de collecte et de partage des données. Des données adéquates nous permettront de trouver des solutions locales conçues en Afrique, répondant à nos aspirations de résilience, de productivité et donc de développement des chaînes de valeur des marchandises prioritaires.

La nouvelle dynamique amorcée en 2015 n’est pas restée inaperçue. En juillet 2015, le portail était finaliste d’une compétition internationale sur la publication des données ouvertes, organisée par Bloomberg et l’Open Data Institute au Royaume-Uni. Il reste toutefois des questions importantes auxquelles il nous faut répondre. Comment accroître la capacité afin que les données soient collectées de manière adéquate ? Comment faire en sorte que tous les petits exploitants agricoles puissent accéder aux données et les utiliser efficacement ? Comment sensibiliser la population et augmenter la collaboration en matière de collecte et d’utilisation des données ? Comment protéger les citoyens contre tout mauvais usage des données ouvertes, notamment les préoccupations partagées par beaucoup sur la confidentialité et la sécurité ?     

Nous n’avons pas de temps à perdre. Des actions et un leadership sont nécessaires dès maintenant. Des investissements doivent être faits dans la conception, l’implémentation et le lancement d’un mécanisme adapté qui sécurise les données ouvertes, mais nous protège également contre leur utilisation abusive. Le gouvernement kenyan souhaite développer son expertise en données ouvertes, et donc devenir l’une des figures de proue du mouvement, particulièrement en agriculture étant donné que le futur du pays dépend de ce secteur.

Où en sommes-nous à l’heure actuelle ?

L’implémentation du portail des données ouvertes constituait la première étape. Les attentes initiales étaient élevées, et l’initiative a été saluée partout dans le monde. Après deux ans d’existence, des critiques commencent à surgir sur l’impact réel de l’initiative des données ouvertes, notamment en raison de l’absence d’augmentation du nombre de bases de données disponibles, de la qualité des données et du manque d’efforts de sensibilisation du public sur les possibilités offertes par les données ouvertes. Certaines bases de données étaient par ailleurs structurées de manière telle qu’il était difficile pour les développeurs d’extraire et d’utiliser les données pour leurs applications.

Cependant, le nouveau portail de données ouvertes kenyan lancé en 2015 a considérablement augmenté le nombre de bases de données disponibles, la qualité des données et la lisibilité de l’information, tout en permettant une rétroaction interactive et immédiate avec les consommateurs de données. Au fur et à mesure que le portail continue de croître, plusieurs stratégies ont été mises en place pour augmenter son utilisabilité.

Huit personnes ont par ailleurs été recrutées dans trois ministères et un gouvernement de comté afin d’aider à l’acquisition des données, la conception des systèmes d’information et le paramétrage des bases de données. À ce jour, 25 agences gouvernementales partagent leurs données via le portail. L’initiative développe des partenariats avec des producteurs de données et des utilisateurs, dans le but d’accroître l’utilisation des données au moyen d’initiatives de sensibilisation sur le terrain.


Liens associés 

www.opendata.go.ke

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