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Pourquoi se focaliser sur les données ?

Isaura Lopes Ramos et Chris Addison

En septembre 2016 s’est tenu à New York le premier sommet de l’initiative GODAN (Global Open Data for Agriculture and Nutrition). Et, en février 2017, s’est tenu, à La Haye, aux Pays-Bas, le troisième atelier international sur les conséquences des données ouvertes pour l’agriculture et l’alimentation. Les deux événements ont présenté les progrès réalisés pour fournir aux décideurs, aux agriculteurs et au secteur privé, un meilleur accès à des informations exactes et en temps utile en vue de façonner une agriculture plus durable.

Près d’une personne sur neuf souffre de la faim ou de la malnutrition dans le monde. Pour s’attaquer à ce problème, l’agenda politique mondial sur la sécurité alimentaire mise de plus en plus sur les données. Comment une chose aussi abstraite que des données peut-elle servir à lutter contre une menace mondiale aussi réelle que la faim et la malnutrition ?

Le volume et le type des données disponibles ont augmenté de manière exponentielle dans la dernière décennie. Il y a tout d’abord le flux quotidien du « big data », créé par les interactions de milliards de personnes utilisant des ordinateurs, des appareils GPS, des téléphones portables et des équipements médicaux dans tous les pays, y compris ceux en développement et émergents. Il s’agit ensuite de rendre disponibles, accessibles et exploitables les données sur l’agriculture et la nutrition.  Selon l’Open Data Institute, les données ouvertes sont celles que tout le monde peut consulter, utiliser et partager.

Les avantages potentiels pour l’agriculture sont immenses. L’exploitation des quantités considérables de données incitera à la coopération et à la collaboration pour la résolution des problèmes au long cours et changeants, sera bénéfique pour les agriculteurs, permettra aux responsables politiques d’appuyer leurs décisions sur de l’information éclairée et améliorera la santé des consommateurs. On estime que l’accès en temps opportun à de l’information fiable par les responsables politiques, agriculteurs et intervenants du secteur privé pourrait aider à façonner un avenir plus durable pour l’agriculture, par l’utilisation de solutions basées sur des faits, et contribuer en parallèle à une meilleure transparence des décisions politiques. Les données ouvertes peuvent permettre d’améliorer les données en agriculture et en nutrition à l’échelle mondiale – grâce à un meilleur suivi des progrès et à une connaissance accrue de ce qui fonctionne –, et de savoir comment partager au mieux les pratiques d’excellence et innovations en matière de données ouvertes, qui pourraient en définitive améliorer la gouvernance.

GODAN

L’initiative GODAN a été créée sur ces bases. Elle résulte de la Conférence internationale sur les données ouvertes pour l’agriculture organisée en avril 2013 dans le cadre du G8, lors de laquelle les dirigeants des pays du G8 ont obtenu des pays et intervenants concernés un engagement en matière de promotion de politiques et d’investissement dans des projets qui libèrent l’accès aux flux de données liées à l’agriculture, financés par des fonds publics. L’objectif était également de rendre les données immédiatement accessibles aux utilisateurs en Afrique et partout dans le monde. L’initiative GODAN est actuellement constituée de plus de 403 partenaires, comprenant des gouvernements, des ONG, des organisations internationales et d’autres du secteur privé, qui s’efforcent de développer des politiques ambitieuses, de rehausser la connaissance institutionnelle dans les secteurs public et privé et de soutenir les intervenants. L’objectif est que le partage proactif et le recoupement des données facilitent l’accès à l’information sur l’agriculture et la nutrition, ainsi que son utilisation efficace pour répondre à l’urgence de la sécurité alimentaire dans le monde.

Organisé les 15 et 16 septembre 2016 à New York, le premier Sommet GODAN a rassemblé des dirigeants politiques mondiaux, des chercheurs, des entreprises, des organisations agricoles, des ONG, des étudiants, des médias internationaux et bien d’autres. Ensemble, ils ont échangé sur la nécessité d’utiliser les données ouvertes dans le cadre de l’Objectif de développement durable de l’ONU consacré à l’éradication de la faim dans le monde, à l’atteinte de la sécurité alimentaire et à l’amélioration de la nutrition, ainsi que dans le cadre de la promotion d’une agriculture durable, pour l’évolution des politiques, et pour illustrer les pratiques d’excellence destinées à rendre les données sur l’agriculture et la nutrition disponibles, accessibles et utilisables dans tous les secteurs et tous les pays.

Après la conférence de GODAN, en février 2017, a été organisé, à La Haye, le troisième atelier international sur les conséquences des données ouvertes pour l’agriculture et l’alimentation. Alors que le sommet de GODAN a présenté les progrès réalisés au niveau politique, l’atelier de La Haye a été l’occasion d’un partage d’expériences d’interventions pratiques effectuées dans le monde entier. Voir plus sur le troisième atelier international.

Des perspectives différentes pour les utilisateurs

Les développeurs d’applications qui apportent des nouveaux services TIC sur le marché, services basés sur la collecte, la diffusion et le partage de données, constituent un groupe cible important jouant un rôle crucial dans la réussite du développement des données ouvertes. Les journalistes, militants et organisations agricoles sont également des intermédiaires importants entre l’offre et la demande des données. Ils récupèrent les données et les transforment en information accessible mieux adaptée au contexte local. La prise en compte des perspectives des utilisateurs doit donc permettre d’éviter que les responsables politiques fassent des données ouvertes un objectif en soi.

Les promoteurs des données ouvertes doivent surmonter de nombreux défis comme les difficultés d’accès aux données, les obstacles institutionnels, la piètre qualité des données, le manque d’aptitudes techniques appropriées, le manque de cadres réglementaires ou même simplement l’obsolescence des données. De multiples questions ont été soulevées à ce jour sur l’exploitation des données ouvertes : comment s’assurer de n’exclure personne de cette révolution des données ouvertes ? Comment éviter le piège de l’accroissement de la fracture numérique entre ceux qui ont accès aux données et ceux qui ne l’ont pas ? Comment mettre en place un écosystème inclusif des données ouvertes, qui pourrait bénéficier aux utilisateurs finaux comme les praticiens, les développeurs, les gestionnaires de données, les responsables politiques ?

Les éléments à considérer

L’impact maximum ne peut être obtenu que si les promoteurs des données ouvertes sont disposés à travailler sur une approche politique globale de ces données ouvertes pour l’agriculture, incluant toutes les parties prenantes. Une infrastructure adéquate est requise pour que les pays exploitent au maximum le travail sur les données ouvertes. En ce qui concerne les pays émergents, cela implique un cadre réglementaire approprié, qui permette aux personnes de consulter et utiliser les données ouvertes, et où les défis comme un accès Internet abordable et fiable soient pris en compte.

Les promoteurs des données ouvertes doivent fournir des directives claires et précises sur les normes encadrant les données, leur partage et leur qualité, afin d’améliorer leur interopérabilité qui permettra aux utilisateurs et producteurs de données ouvertes en agriculture et en nutrition de travailler de manière plus efficace et cohérente. En parallèle, il est important de signaler qu’en raison de leur rôle traditionnel de source d’information, les intermédiaires peuvent créer les connexions nécessaires pour combler les écarts fréquents entre l’offre de données ouvertes et la demande en données ouvertes. Par exemple, les journalistes et agents de développement peuvent rapprocher les données et l’information de la réalité du terrain.

Savoir gérer la quantité de données

Il est essentiel de s’assurer que les bénéficiaires – des représentants gouvernementaux aux intervenants du secteur privé en passant par les agriculteurs et les journalistes – soient techniquement prêts à gérer l’immense quantité de données produites quotidiennement, de manière à pouvoir déterminer les approches les plus appropriées pour garantir un impact sur la sécurité alimentaire et la nutrition.

Enfin, rappelons qu’il n’existe aucune solution universelle en matière de données ouvertes. Des solutions locales doivent plutôt être mises en œuvre pour répondre aux besoins et défis réels du contexte local ainsi qu’aux demandes des utilisateurs finaux.

Ce numéro d’ICT Update décrit donc la manière dont GODAN et d’autres parties prenantes créent un mouvement global de données ouvertes dans l’agriculture et l’alimentation du point de vue des utilisateurs en illustrant quelques-unes des meilleures pratiques et les défis les plus fréquemment rencontrés dans ce domaine.

Liens associés

À propos de GODAN
Site de l’Institut Open Data
Section des données ouvertes sur le site web du CTA