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Aider les agriculteurs à prendre des décisions concrètes

Hanna Camp

ICT Update s’est entretenu avec Hanna Camp, responsable de la mobilisation des clients chez aWhere, afin de mieux comprendre le rôle de cette entreprise dans le projet MUIIS (services d’information ICT4AG innovants, axés vers le marché et appartenant aux utilisateurs).

aWhere est une petite entreprise qui fournit depuis près de 20 ans des services de renseignements agricoles. Ses activités se concentrent principalement sur les données météorologiques et agricoles. « En plus des données satellitaires et de la station terrestre, nous utilisons la modélisation en 3 D pour créer une surface maillée à l’échelle mondiale », explique Hanna Camp, responsable de la mobilisation des clients chez aWhere. « La grille, d’environ 9 km2, couvre toutes les zones que nous définissons comme des terres agricoles. Nous disposons donc de données météorologiques modélisées pour chaque parcelle cultivée ». Ces séries de données couvrent au moins les 10 dernières années, voire, dans certains cas, les 20 dernières années. « Nous voulons avoir la certitude que tous les agriculteurs de la planète aient accès à des prévisions météorologiques et à des données vraiment historiques sur leur exploitation. Qu’ils n’aient pas uniquement accès aux données des stations terrestres les plus proches mais aussi aux données historiques vraiment spécifiques à leur exploitation et à leurs terres afin qu’ils puissent commencer à prendre des décisions concrètes en fonction de la météo,» explique Hanna Camp.

Ce nouveau développement est bien sûr lié au changement climatique. Ces dernières années, le temps est devenu de plus en plus instable et imprévisible. Les agriculteurs ont donc de plus en plus de difficultés à prendre des décisions, surtout lorsqu’ils ne disposent pas d’informations météorologiques concrètes pour leur exploitation. Une entreprise comme aWhere peut donc vraiment faire la différence. Elle peut utiliser sa base de données pour avoir un aperçu en haute définition de la production et de la croissance alimentaire partout dans le monde. « Admettons, par exemple, que nous craignons de sérieuses difficultés pour le secteur du cacao d’ici un an ou deux en Afrique de l’Ouest, en raison d’une météo défavorable à la croissance des cacaoyers. Nous allons alors identifier les zones où les conditions pourraient être plus favorables. Que pouvons-nous faire pour coopérer avec des producteurs qui souhaitent se lancer dans cette culture dans des zones jusqu’ici non propices à la culture du cacaoyer ? De quels types d’outils ont-ils besoin et quel type d’analyse historique est susceptible de les convaincre ?

Convertir les données en un message utile de 150 caractères

aWhere privilégie une approche multiforme et travaille en partenariat avec des entreprises privées comme avec des ONG. Le projet MUIIS (Market-led, User-owned ICT4Ag-enabled Information Service, services d’information ICT4AG innovants, axés vers le marché et appartenant aux utilisateurs) avait en effet tout pour séduire aWhere : il est axé sur les agriculteurs et s’emploie à relayer en aval des informations en haute définition, jusqu’aux agriculteurs. Un autre aspect du projet a favorablement interpellé l’entreprise : l’idée de créer un modèle économique autonome et pérenne, allant au-delà du cycle de vie du projet. Il arrive en effet trop souvent qu’un projet ne puisse pas poursuivre ses activités une fois le financement épuisé, » déplore Camp.

À l’instar d’eLEAF, le rôle d’aWhere dans le projet MUIIS est de regrouper les données satellitaires de façon à ce qu’elles puissent être exploitées par les agriculteurs. Les données satellitaires sont traitées une fois par jour sur le serveur d’aWhere. Les prévisions sont quant à elles actualisées toutes les quatre à six heures. Ces données sont immédiatement accessibles via l’interface de programmation d’applications (interface API) d’aWhere. « Cette interface est le principal outil que nous utilisons pour communiquer avec le terrain, » explique Camp. « Nous coopérons à ce niveau avec Ensibuuko, notre principal partenaire sur le terrain, en charge de l’exploitation des systèmes au sol. Ensibuuko peut également compter sur le soutien d’une série de développeurs locaux, avec lesquels nous collaborons pour assurer la connexion à l’interface. Ils peuvent ainsi mettre automatiquement à jour – et aussi souvent qu’ils le souhaitent – leurs données, au bénéfice de tous les agriculteurs abonnés au service MUIIS. »

Les données sont filtrées par localisation de la parcelle et ensuite regroupées de façon à générer un historique récent, hebdomadaire par exemple. « Nous vérifions si les précipitations ont été inférieures ou supérieures à un seuil préalablement déterminé. Si elles ont été inférieures à ce seuil, l’agriculteur reçoit un message pré-encodé. Un message différent, lui aussi pré-encodé, sera envoyé lorsque les précipitations ont été plus importantes que prévu. » Le système procède aussi à des contrôles par rapport aux seuils de risque pour d’autres variables, comme la température. Un taux d’humidité particulièrement élevé est par exemple un facteur de risque de maladie. En cas de risques multiples, le système envoie des messages prioritaires. « Ce qu’il faut retenir, c’est que des personnes ont extrait les données de notre système et les ont converties en un message texte très simple de 150 caractères qui avertit l’agriculteur du risque et lui suggère une mesure très simple pour y faire face», explique Camp. 

Feedback des agriculteurs

MUIIS est un projet d’une durée de trois ans financé par le ministère néerlandais des Affaires étrangères, par le biais du Netherlands Space Office et de son programme G4AW (Geodata for Agriculture and Water, données géographiques pour
l’agriculture et l’eau). Ce projet se distingue notamment par le fait qu’il est conçu pour devenir une entreprise pérenne qui poursuivra ses activités au terme de la période initiale de trois ans. « G4AW a été incroyablement ambitieux et précieux », explique Camp. « Cette longue période qui nous a été donnée pour développer ce projet a vraiment été importante. Certains des autres projets avec lesquels nous travaillons sont généralement des projets à court terme. Or, s’il est possible de développer un produit pendant ce laps de temps, ce délai ne permet pas vraiment de le déployer sur le terrain, d’en tester ses différentes composantes et d’obtenir le retour d’information des agriculteurs. Le retour d’expérience est en effet un aspect important du cycle de développement du produit. Non seulement il permet aux partenaires MUIIS d’évaluer le projet, mais il permet aussi d’améliorer le service. »