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Comment la révolution des données peut aider les agriculteurs

Stéphane Boyera

La révolution des données est en train de transformer le rôle traditionnel des organisations paysannes et des coopératives agricoles. Quels sont les défis qu’elles doivent relever pour que leurs membres profitent de la révolution des données ?

Les organisations paysannes (OP) et les coopératives agricoles jouent traditionnellement un rôle important au niveau de la société. Elles peuvent en effet contribuer à améliorer les conditions de vie de leurs membres, en particulier ceux qui n’ont que de faibles revenus. Plus de 40 % des ménages africains sont membres d’une coopérative, ce qui fait du mouvement coopératif la principale organisation non gouvernementale d’Afrique. Mais quel est leur rôle dans la révolution des données ? Comment peuvent-elles faire en sorte qu’elle profite à leurs membres, et aux petits agriculteurs en général, tout en contribuant à cette révolution en communiquant des informations précieuses aux responsables politiques ou d’autres acteurs de l’écosystème ? 

Offrir des services spécialisés

De nombreuses publications et données (voir liens connexes) mettent en avant un énorme déficit de productivité pour la plupart des cultures d’Afrique subsaharienne et d’autres régions en développement. Mais ce manque de productivité est aussi une occasion fantastique d’aider les petits agriculteurs et d’augmenter leurs revenus et la sécurité alimentaire. Il existe une série de défis à chaque stade du cycle de production agricole et la communication d’informations utiles, la mise à disposition du bon outil et cela au bon moment (assurance et crédit par exemple) peut donc aider les agriculteurs à combler au moins en partie ce déficit.

La meilleure façon d’utiliser ces informations est d’offrir aux agriculteurs des services spécialisés, essentiellement par le biais de séries de données ouvertes améliorées. L’Agriculture Open Data Package est ici une ressource de premier plan, qui identifie les données de qualité dans diverses activités agricoles. Mais l’amélioration de ces séries de données n’est qu’une partie de l’équation.

Il faut aussi, et surtout, fusionner les données mondiales (par ex. les images satellitaires, les données issues de la recherche, les bases de données d’information sur les cultures, les semences, les nuisibles et les maladies) avec des informations au niveau de l’agriculteur (dossiers de crédit et titres de propriété foncière) et du terrain (informations sur les sols, localisation géographique, état des terres/des champs et des cultures) afin de générer des informations utiles et exploitables au niveau individuel. 

Il est ainsi possible d’offrir aux agriculteurs de nouveaux produits au service de leur production (crédit et assurance) et des informations en temps réel pour les aider dans leur prise de décisions.

Créer des profils d’agriculteurs

Les informations au niveau de l’agriculteur ou du terrain sont des informations locales qui peuvent être utilisées pour créer des profils d’agriculteurs. Les OP et les coopératives agricoles sont les mieux placées pour les établir et les mettre à jour. En plus de permettre l’offre de services spécialisés aux agriculteurs, ces profils présentent également des avantages pour d’autres acteurs. À commencer par les coopératives et les OP. Les profils de leurs agriculteurs membres peuvent être utiles à plusieurs niveaux et pour de nombreuses activités, par exemple :

  • Planification et stratégie fondées sur des données réelles (identification de nouvelles opportunités et services) ;
  • Gestion plus facile des membres ;
  • Communication facilitée si la plateforme de profilage comprend des options de communication par les TIC (SMS, SVI et réseaux sociaux)
  • Pouvoir de plaidoyer accru (capacité à démontrer qui sont les membres de l’organisation, où ils sont situés, ce qu’ils font) ; 
  • Nouvelles sources potentielles de revenus.

Les décideurs peuvent aussi exploiter utilement ces profils. D’une manière générale, les décideurs souhaitent avoir comme interlocuteurs les organisations les plus représentatives qui disposent de données concrètes sur leurs membres. La gestion des profils est une façon de démontrer cette représentativité.

L’impact est toutefois encore plus important au niveau des données. Les profils fournissent des données ventilées à un niveau hyper-local. Ces données concernent essentiellement le secteur agricole, mais vu l’importance de ce secteur dans les zones rurales, elles fournissent aussi des informations détaillées sur la plupart des ménages.

Les données enregistrées dans les profils, après avoir été anonymisées et publiées en format ouvert, peuvent alimenter de nombreuses séries de données à l’échelon national :

  • Séries de données agricoles clés (utilisation des terres et production) ; 
  • Mesure de l’impact des politiques publiques (portée et impact des plans de subvention) ;
  • Objectifs de développement durable ; et
  • Données générales sur les ménages (éducation, composition du ménage, revenu et propriété foncière). 

La question clé est de savoir comment créer de tels profils et en déterminer le contenu exact. Les informations qu’ils doivent inclure dépendent en grande partie de l’utilisation qui en sera faite et des priorités. En fonction des domaines d’activités sur lesquels les AP et les coopératives souhaitent se concentrer, et du type de services qu’elles souhaitent offrir aux agriculteurs, des informations très différentes devront être recueillies. Une étude de grande envergure financée par le CTA au travers de sa participation à GODAN et réalisée par SBC4D sera publiée prochainement. Elle présentera une analyse exhaustive de ces données, des solutions techniques actuellement disponibles pour leur stockage, des possibilités en termes de collecte et d’actualisation des données, mais aussi des craintes en matière de propriété des données et de respect de la vie privée. 

Liens utiles

goo.gl/C5srmU

goo.gl/iPcvfT

goo.gl/r4yrhu

http://agpack.info