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Dernière ligne droite pour le projet MUIIS

Ronald Rwakigumba

ICT Update a interviewé Ronald Rwakigumba, de Mercy Corps, responsable de la dernière phase du projet MUIIS (services d’information ICT4AG innovants, axés vers le marché et appartenant aux utilisateurs).

Expliquez-nous en quelques mots votre rôle au sein du projet MUIIS (Services d’information ICT4AG innovante, axés sur le marché et appartenant aux utilisateurs)

Mon rôle était lié aux agents responsables de la formation. J’ai aussi travaillé à la mise en place de l’infrastructure TIC. Il s’agissait, plus spécifiquement, de créer une solution de téléphonie mobile comprenant un outil de collecte de données appelé ONA permettant de numériser le profil des petits agriculteurs. Si vous vous y connaissez en outils de collecte de données mobiles, disons que l’ONA fait partie de la famille des kits de données ouvertes. Mon rôle a donc été d’initier ces agents à l’utilisation de la téléphonie mobile et de faire en sorte qu’ils maîtrisent bien les fonctions des smartphones. Certains n’en avaient en effet jamais utilisé.

Lors de la phase suivante, nous leur avons présenté l’application afin qu’ils puissent commencer à établir le profil des agriculteurs. Pour leur faciliter l’apprentissage, nous avons consacré la première journée de formation à la présentation – sur papier – de l’outil de profilage. Ils ont pu ainsi se familiariser aux questions qu’ils allaient devoir poser aux agriculteurs sans devoir concentrer en même temps leur attention aux smartphones, à la connectivité et aux applications. La deuxième journée a été consacrée à l’initiation à la téléphonie mobile. Comment activer l’internet mobile par exemple, ou le GPS, car pour certaines questions, il faut pouvoir localiser les données GPS. Comment améliorer le degré de précision aussi, car de nombreux agriculteurs vivent dans des communautés rurales où des collines ou la végétation compliquent parfois la capture des signaux GPS. Tel est le genre de questions qui ont été abordées lors de la formation des agents MUIIS.

L’année 2016 a surtout été consacrée à l’établissement des profils et vers la fin de l’année, nous avons commencé à développer une autre solution technologique, mais dotée cette fois-ci d’une interface-agriculteur qui permet aux agriculteurs de s’abonner eux-mêmes très facilement aux services MUIIS. Les données recueillies lors du profilage nous ont montré que la majorité des agriculteurs n’avaient qu’un téléphone mobile très basique. C’est la raison pour laquelle l’application mobile que nous avons développée – une appli d’information et de banque mobile – utilise un protocole de communication USSD, qui est pris en charge par ces téléphones. La plupart des agriculteurs n’ont pas de smartphones, et ils sont encore moins nombreux à avoir accès à l’internet par téléphonie mobile. 

Dans quelle mesure les agriculteurs bénéficient-ils de ce profilage ?

Une fois que leur profil numérique a été établi, leurs données sont sur notre serveur et ils peuvent alors s’abonner au forfait de services MUIIS. Nous avons aussi prévu un moyen de paiement, car l’abonnement, s’il traduit un intérêt pour le service, est aussi une transaction payante. Les agriculteurs s’acquittent ainsi en ligne de 14 000 shillings ougandais, qui sont directement transférés à MUIIS. Nous avions déjà créé un tableau de bord qui informe en temps réel les membres du consortium, y compris le CTA, sur le nombre d’abonnés. Lors du lancement en direct du forfait MUIIS pour les agriculteurs, nous avons également pu suivre en temps réel la progression du nombre d’abonnés.

Comme il y a deux saisons des pluies en Ouganda, nous avons décidé de lancer le service en mars, c’est-à-dire lors de la première saison, qui dure de mars à mai compris. Nous avons opté pour un deuxième lancement en septembre, au début de la deuxième saison des pluies, car la plupart des agriculteurs auront alors récolté et agressivement vendu leur production. Si nous avons ouvert et fermé cette plateforme, c’est parce que notre forfait comprend l’assurance-récolte et que pour y être éligible, l’agriculteur doit planter au bon moment, ce qui est logique. Nous l’avons donc fermée après la première saison pour la rouvrir en septembre. Les agriculteurs ont eu par ailleurs jusqu’à septembre-octobre pour souscrire à un plan d’échelonnement du paiement. Certains n’ont en effet pas les moyens de payer en une seule fois l’abonnement pour toute la saison.

Quel a été le taux de réponse des agriculteurs ?

Au cours de la première saison, une centaine d’agriculteurs ont payé les 14 000 shillings ougandais pour s’abonner au forfait MUIIS. Une centaine, c’est peu par rapport aux 40 000 agriculteurs dont le profil avait été établi en mars 2017 et nous avons compris qu’il fallait adapter notre stratégie de marketing. Cette fois-ci, nous allons concentrer nos efforts sur les achats groupés d’abonnements, au lieu de cibler individuellement les agriculteurs comme nous l’avions fait lors de la première saison. Un groupe d’agriculteurs peut donc acheter les abonnements au nom de ses membres et nous espérons ainsi augmenter le nombre de nos abonnés. Nous avons aussi inclus dans l’application d’achat une fonction pour les abonnements de groupe.

Do groLes abonnements de groupe influencent-ils le prix payé par l’agriculteur ?

Les agriculteurs membres paient toujours le même montant en cas d’abonnement de groupe mais MUIIS versera aux organisations une commission. Cette commission couvrira leurs frais de mobilisation et d’activation des agriculteurs et de diffusion du concept. Mais ces commissions seront financées à l’aide des montants utilisés jusqu’ici pour les campagnes radiodiffusées de sensibilisation des agriculteurs à MUIIS et pour les activités de marketing. L’on pourrait donc presque dire que nous avons fait des organisations paysannes des partenaires de marketing. Et de fait, nous conclurons prochainement avec elles un partenariat dans le cadre de MUIIS. Elles recevront ainsi une commission, à l’instar de celle reçue par MUIIS pour la souscription d’assurances auprès des compagnies.

Pouvez-vous illustrer par un exemple spécifique la façon dont le forfait MUIIS a aidé les agriculteurs ?

Au cours de la première saison, nous avons pu nous faire une idée de l’exposition des petits agriculteur au risque de maladies et de nuisibles s’attaquant à leurs récoltes, car nous connaissions leur localisation précise. Nous avons donc pu rapidement envoyer des SMS aux abonnés pour leur expliquer comment faire face à une grave épidémie qui sévissait à l’époque en Ouganda. Notre initiative a même été relayée par plusieurs agences de presse internationales. L’épidémie avait été provoquée par le Légionnaire d’automne qui s’attaque aux cultures de maïs. Nous avons pu conseiller les agriculteurs quant au type et aux quantités de pesticide à utiliser pour lutter contre ce nuisible. Malgré la gravité de l’épidémie, certains agriculteurs qui s’étaient abonnés au service ont ainsi pu sauver une partie de leurs récoltes. 

Nous avons exploité cette expérience lors de la deuxième saison, par exemple en rédigeant, sur la base de données satellitaires, différents messages pour toute la saison. Et nous les avons fait traduire, car le feedback reçu pour la première saison a montré que l’anglais ne permettait pas d’atteindre la plupart des agriculteurs. Nous avons donc demandé à des traducteurs sous-traitants de traduire ces messages dans les langues locales pour pouvoir les envoyer ensuite aux agriculteurs.

Je pense que cela nous aidera aussi à mieux vendre le service MUIIS. Je suis convaincu qu’il s’agit d’un service unique ; nous sommes en effet les seuls à proposer ce type de services aux agriculteurs. La plupart des informations qu’ils reçoivent en écoutant la radio sont à très court terme, les prévisions météorologiques ne couvrent pas plus d’une journée ou d’une semaine. Et même dans ce cas, les informations ne sont pas toujours utiles pour leur parcelle. La valeur ajoutée de MUIIS réside selon moi dans le fait qu’au lieu de dire simplement aux agriculteurs qu’il va pleuvoir ou qu’il va y avoir x degrés, il met davantage l’accent sur les solutions. Nous pouvons calculer le nombre de millimètres de précipitations dont la parcelle a besoin à un moment donné ou même la quantité de pluie nécessaire sur une plus longue période. Et ces informations peuvent être traduites en un service, puisque nous pouvons avertir les agriculteurs que telle quantité de précipitations ne sera pas suffisante pour leurs cultures et qu’ils devront donc envisager d’autres méthodes de conservation ou d’irrigation. Nous donnons donc davantage la priorité aux méthodes exploitables et ne nous contentons pas de transmettre l’information.