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Organisations paysannes et services de données agricoles de précision

Chris Addison et Chipo Msengezi

Un récent atelier du CTA sur « L’importance des données agricoles » a mis en lumière le rôle que les organisations paysannes peuvent jouer dans l’utilisation et l’offre de services aux petits exploitants.

Les organisations paysannes mettent en place et renforcent un éventail de services pour leurs membres utilisant la téléphonie mobile. Ces sont basés sur une série clé de données : la localisation desagriculteurs, leur profil et leurs activités. Dans une récente interview accordée au CTA (sur CTA YouTube), Ishmael Sunga, de la Fédération des syndicats agricoles d’Afrique australe, a souligné l’importance du profilage des agriculteurs pour les organisations paysannes. Il a expliqué que les données de ces profils démontrent non seulement la légitimité et la portée des organisations paysannes, mais qu’elles permettent aussi de fournir des services pour l’agriculture de précision. Selon lui, les organisations paysannes doivent d’abord comprendre l’importance des données en leur possession et comment les exploiter. Elles pourront ensuite coopérer avec des partenaires pour offrir aux agriculteurs des services basés sur les données. Ceux-ci doivent être sensibilisés aux avantages potentiels de ces données, qui leur permettent de mieux faire entendre leur voix.

À la fin de l’entretien, Ishmael Sunga a formulé une série de conclusions sur la question du profilage : 

  • Les activités d’enregistrement des agriculteurs peuvent être très coûteuses – en termes de coûts proprement dits et de temps nécessaire à la collecte des données.
  • En fin de processus d’enregistrement, un contact humain est primordial : une personne doit expliquer à l’agriculteur pourquoi la collecte des données est importante et se charger de les recueillir en personne et sur place.
  • Il convient de veiller aux aspects d’éthique et de respect de la vie privée des agriculteurs.
  • Pour obtenir des données précises, il est primordial de poser les bonnes questions..
  • Des fonds publics doivent être investis dans ces activités.

L’utilisation de ces données attire des investissements dans les big data, l’agriculture de précision, l’agronomie basée sur les données, ainsi que les services et les applications d’e-vulgarisation agricole qui, à leur tour, transforment ces données en renseignements et améliorent la prise de décision et, au final, les moyens d’existence des petits exploitants. L’amélioration de l’accès aux données augmente le nombre de produits et de services offerts par les acteurs désireux de stimuler la production agricole et de renforcer la résilience.

Faire de cette ambition une réalité en Afrique, dans les Caraïbes et dans le Pacifique reste un défi. Elle exige le développement de nouveaux modèles de gestion, mieux adaptés, la conception de services et des dispositifs de mise en œuvre. Elle nécessite de convertir les données en informations exploitables et d’élaborer et d’introduire des lignes directrices précises sur la propriété et l’utilisation des données car il faut protéger les agriculteurs contre toute exploitation déloyale de leurs données.

Cartographie des services et des produits de données

Lors d’un atelier organisé récemment par le CTA, les participants ont commencé par cartographier les principaux secteurs dans lesquels des services basés sur les données sont offerts. L’exercice de cartographie a permis de mettre au jour trois grandes catégories de produits et services :

Les services et produits fondés sur les données qui améliorent la PRODUCTION ;

les services et produits fondés sur les données qui améliorent l’accès au COMMERCE et aux MARCHÉS ;

les services et produits fondés sur les données qui améliorent l’accès au FINANCEMENT.

Actions clés pour les organisations paysannes

L’atelier a identifié des domaines d’action clés pour l’avenir :

  •  Les agro-entreprises doivent se doter d’une véritable politique de gestion des données – soutenue par des systèmes de données – afin d’assurer leur pérennité. 
  • Il est essentiel de développer la proposition de valeur des produits et services fondés sur les données – les fournisseurs doivent être en mesure de démontrer la valeur ajoutée de ces produits et services, la « vendre » aux investisseurs et l’utiliser pour établir la confiance.
  • Des boucles de rétroaction doivent absolument être intégrées dans le processus pour garantir la propriété et la provenance des données. Ce feedback permet aussi de fournir des services en lien avec le terrain, c’est-à-dire des services parfaitement adaptés aux besoins.
  • L’accès aux marchés, aux consommateurs et aux débouchés commerciaux nécessite une certification des produits et services. Il s’agit là d’un processus coûteux qui exige d’élaborer des plans qui décrivent qui en assurera le financement et la façon dont la qualité et l’intégrité des données peuvent être garanties.
  • Il est fondamental de développer et de renforcer la confiance, en nouant des relations de qualité avec les agriculteurs et en veillant au respect de l’éthique en matière de propriété des données.
  • L’enregistrement et le profilage éthique et à faible coût des agriculteurs, des producteurs agricoles, des clients et des autres acteurs de la chaîne de valeur doivent être au cœur des modèles de gestion.
  • Le renforcement des capacités à tous les niveaux est essentiel pour promouvoir et accroître l’utilisation des services fondés sur les données.

Liens utiles

https://www.youtube.com/watch?v=wvg4rjkbOd8
http://www.cta.int/en/tag/data4ag.html