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Une pratique agricole nouvelle

Christel Kenou

Au lieu de gérer les exploitations et de traiter les cultures comme si toutes les espèces végétales étaient identiques, les petits agriculteurs peuvent utiliser l’agriculture de précision pour appliquer les bonnes doses d’intrants, et uniquement là où ils sont nécessaires.

L’agriculture de précision (AP) est un système d’agriculture intelligente qui aide les agriculteurs à recueillir des informations et des données afin de prendre des décisions plus adaptées. Elle repose sur l’utilisation de données inventives sur les conditions environnementales et l’état du sol. Les agriculteurs utilisent les informations recueillies pour améliorer la précision de l’application et de l’utilisation des intrants, en termes de doses, de qualité, de calendrier et de zones. L’AP permet aux cultivateurs de tenir compte des variations au niveau des champs et de recourir à l’épandage à débit variable avec davantage de précision.

L’agriculture de précision est donc un système de gestion agricole basé sur les TIC qui permet aux agriculteurs de considérer leurs champs et leurs terres comme une entité hétérogène et d’appliquer ensuite un traitement sélectif, et non comme une entité homogène faisant l’objet d’un épandage uniforme. Cette technologie comprend un processus de collecte, de cartographie et d’analyse de données, et un traitement spécifique au site.

Les techniques et traitements agronomiques sont traditionnellement appliqués de manière uniforme. Ainsi, une parcelle est censée être identique, quelle que soit la profondeur du sol et produire des résultats uniformes, et ce, pour des cultures et un état du sol très différents. De la même façon, un pulvérisateur appliquera la même quantité de solution d’engrais ou de pesticides. L’agriculture de précision permet en revanche de répondre aux besoins spécifiques de la parcelle. Elle repose sur une gestion améliorée des intrants agricoles – engrais, herbicides, semences et combustible – et aide donc l’agriculteur à utiliser la pratique de gestion appropriée, au bon endroit et au bon moment. 

Adoption

L’AP a commencé à être utilisée au début des années 90, surtout dans les pays en développement, notamment dans certains pays ACP. Elle n’a toutefois été réellement adoptée qu’à la fin des années 90, avec l’intégration du suivi des rendements et de la cartographie des sols, deux aspects qui restent importants aujourd’hui. Les techniques se sont ensuite améliorées, avec des pratiques de gestion des cultures adaptées aux spécificités du site et basées sur l’échantillonnage en grille et le découpage en zones de gestion. Plus récemment, l’accent a été mis sur le suivi nomade et en temps réel à l’aide de capteurs au sol.

L’AP utilise quatre TIC clés : la localisation par GPS ; le SIG ; les systèmes de contrôle assisté par ordinateur pour l’épandage à débit variable des intrants agricoles ; et les technologies de détection pour la collecte et la cartographie automatisées des données. Les technologies GPS et SIG facilitent les principales pratiques d’agriculture de précision que les agriculteurs ont commencé à adopter. L’une d’elles est la gestion des substances nutritives, qui repose sur l’échantillonnage géo-référencé des sols, souvent associé à l’épandage à débit variable d’engrais. L’autre pratique est le suivi des rendements, habituellement associé à leur cartographie.

Le suivi des rendements est principalement utilisé en Amérique du Nord, en Europe et en Australie mais des pays comme l’Argentine et le Brésil, et certains pays du Sud-Est asiatique, y ont aussi recours. L’adoption de l’AP est tributaire de conditions et de facteurs socioéconomiques, agro-écologiques, institutionnels et comportementaux, mais dépend également des sources d’information disponibles et de la perception de l’agriculteur. 

Des applications mondiales

Dans le domaine de l’AP, la télédétection est assurée par des satellites, des avions, des ballons et des hélicoptères, des petits engins aériens sans pilote (UAS) ou drones et toute une variété de capteurs, tels que des capteurs optiques ou quasi-infrarouge, ou encore des radars.

En raison de leur coût peu élevé, les drones pourraient remplacer avantageusement les satellites et les avions. Les agriculteurs peuvent en effet les utiliser pour l’épandage de pesticides, pour suivre les déplacements du cheptel ou assurer le suivi des récoltes. Parmi les autres applications possibles de la télédétection dans AP, citons l’imagerie des sols nus pour la délimitation des zones de gestion, la cartographie des adventices, la détection du stress azoté, la cartographie des rendements et la détection des nuisibles et des maladies.

Avantages et impacts

Les avantages de l’AP sont nombreux, qu’il s’agisse de rentabilité, de productivité, de développement durable, de qualité des cultures, de protection de l’environnement, de qualité de vie des agriculteurs, de sécurité alimentaire ou de développement économique des zones rurales. L’AP peut en effet accroître les rendements des cultures et améliorer ainsi la sécurité alimentaire. Les outils de l’AP peuvent aider les agriculteurs à économiser sur les coûts en augmentant l’efficacité des systèmes de production à grande échelle et améliorer les rendements et la rentabilité des exploitations agricoles grâce à une meilleure gestion des intrants.

Alors que les nuisibles et les maladies sont à l’origine d’importantes pertes agricoles dans les pays ACP, la télédétection peut aider à identifier des zones à très petite échelle contaminées par des pathogènes. L’épandage de fongicides peut ainsi se faire au meilleur moment. En outre, lorsqu’elle est associée aux technologies GPS et SIG, la télédétection peut être utilisée dans le contrôle des mauvaises herbes spécifiques à un site.

L’agriculture de précision a aussi un impact positif sur l’environnement puisqu’elle permet une utilisation plus ciblée des intrants, ce qui limite les pertes liées à l’application de doses excessives ou aux déséquilibres en nutriments, aux mauvaises herbes ou encore aux dommages provoqués par des insectes, par exemple. Des études ont en effet montré qu’une gestion des nutriments tenant compte des spécificités du site a permis de limiter l’utilisation d’engrais azotés au Vietnam et aux Philippines, de respectivement 14 % et 10 %. Les pertes d’azote au niveau du sol ont également diminué, de 25-25 %. L’épandage d’herbicides à débit variable a quant à lui réduit l’utilisation totale des herbicides et préservé ainsi la qualité des eaux de surface et souterraines. La contamination des sols et de l’eau s’en trouve ainsi minimisée.

L’agriculture de précision a également un impact au niveau de la société. Elle crée en effet des emplois, dans le domaine des technologies (matériel et logiciels informatiques, guidage d’engins, capteurs au niveau des sols et des cultures, gestion de l’information, systèmes d’aide à la décision) et limite la pollution environnementale provoquée par l’épandage de quantités excessives d’engrais.

En résumé, les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture de précision peuvent réduire l’impact de leur activité sur l’environnement tout en améliorant leur productivité et leurs bénéfices. En outre, en plus de limiter les intrants grâce à une précision accrue, les informations communiquées par les technologies de l’agriculture de précision permettent aux agricultures de produire plus avec moins d’intrants. 

Les défis

Le défi est à présent de mettre au point des approches d’AP permettant une gestion personnalisée des intrants en utilisant les données issues de l’échantillonnage des cultures, des analyses de laboratoire et des télédétecteurs et capteurs de proximité (par exemple, mesures spectrales, électriques, électromagnétiques ou radiométriques des sols ou des cultures) à des échelles temporelles et spatiales différentes.

En ce qui concerne les petits agriculteurs, la quantité de données à prendre en compte pourrait limiter l’adoption de cette technologie. Pour la promouvoir dans les pays ACP, il convient dès lors de mettre davantage l’accent sur la mise en œuvre opérationnelle de cette technologie et sur une analyse complète des coûts. Il convient aussi de ne pas négliger le rôle des services de vulgarisation et des coopératives agricoles dans la diffusion de ces technologies. 

Ressources supplémentaires

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