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Assurance basée sur un indice climatique pour le Pacifique

ICT Update

Smallholder farmers in the Pacific have no access to weather index-based insurances, while flooding is a real threat for them. Preliminary research in the region suggests that weather and agricultural data, and the exact locations of farmers is weak in the region.

L’assurance contre le risque de catastrophe peut permettre le versement rapide d’une indemnisation au lendemain d’un événement grave. Le projet pilote d’assurance contre le risque de catastrophe dans le Pacifique (Pacific Catastrophe Risk Insurance Pilot, PCRIP) a déployé à titre expérimental un programme multipays de mise en commun des risques (« risk-pooling ») dans les îles Marshall, aux Samoa, dans les îles Tonga et à Vanuatu afin d’augmenter leur résilience financière aux catastrophes naturelles comme les cyclones, les séismes et les tsunamis. La Banque mondiale a servi d’intermédiaire entre ces pays et un groupe d’entreprises de réassurance. L’indemnisation est versée en présence d’une série de paramètres physiques spécifiques aux catastrophes (par ex. la vitesse du vent et les mouvements du sol lors des séismes) enregistrés et communiqués par le Joint Typhoon Warning Centre et les US Geological Services (USGS). 

Dans le cadre de ce projet pilote, deux indemnisations sont intervenues, pour un montant total de 3,2 millions de dollars. Ces montants ont à chaque fois été versés dans les 10 jours suivant la catastrophe. Les Tonga ont ainsi reçu 1,3 million de dollars suite au passage du cyclone tropical Ian (en janvier 2014) et le Vanuatu 1,9 million de dollars après le passage du cyclone tropical Pam (en mars 2015). C’était la première fois que des sommes d’argent étaient versées à titre d’indemnisation immédiatement après une catastrophe. Ces deux exemples montrent que cette initiative pilote est concluante, l’objectif ayant été atteint : verser rapidement une somme d’argent, fût-elle modeste, aux gouvernements au lendemain d’une catastrophe afin de lui permettre de financer les dépenses les plus pressantes.

Il est toutefois urgent de compléter cette assurance contre le risque de catastrophe en développement d’autres solutions financières pour couvrir des événements climatiques plus fréquents mais moins graves. Il y a donc de réelles perspectives pour l’assurance agricole fondée sur des risques météorologiques dans les États insulaires du Pacifique. Avec un secteur agricole occupant pas moins de 80 % de ses habitants, cette région représente un marché potentiel pour des systèmes abordables d’assurance agricole indicielle qui pourraient offrir l’une ou l’autre forme de couverture en cas de mauvaises récoltes. Vu les faibles revenus des agriculteurs, les produits d’assurance agricole traditionnels seraient en effet trop coûteux. Il n’existe encore aucun système d’assurance indicielle dans la région. Dans la région, les Fidji en sont aujourd’hui au stade le plus avancé en la matière. Le pays travaille en effet à la mise au point d’un produit d’assurance indicielle.

Risque d’inondation 

Un rapport du ministère de l’agriculture des Fidji avertissait que le pire, pour les agriculteurs, serait d’être confrontés à des inondations de deux ou trois jours qui noieraient leurs récoltes. Il indiquait en outre qu’après une telle catastrophe, les prix des cultures de base pourraient augmenter de 2-3% et ceux des légumes de 5 à 80 %. L’impact serait donc double pour les agriculteurs qui verraient leurs revenus diminuer en raison de la perte de leurs récoltes et payer plus cher les produits alimentaires suite à une offre insuffisante. Le même rapport affirme également que si une assurance agricole fondée sur des indices météorologiques était mise au point pour limiter l’impact de tels événements, elle serait basée sur le principe « prime peu élevée, indemnisation peu élevée »,  la couverture étant tout juste suffisante pour leur assurer leur résilience aux événements agricoles extrêmes à un prix abordable. Il est vraisemblable qu’un tel produit prendrait en compte les précipitations anormalement préjudiciables pendant les périodes clés de la saison agricole. 

La capacité du pays à recueillir, analyser et communiquer des données météorologiques pour déterminer l’un ou l’autre indice météorologique doit être assurée par le Service météorologique des Fidji (Fiji Meteorology Service, FMS), au sein du ministère du développement rural et maritime et de gestion des catastrophes naturelles. Le FMS gère la base de données nationale qui inclut des données historiques sur l’intensité des cyclones et suit les précipitations et les sécheresses. En plus de ce service, d’autres organismes régionaux basés dans le pays gèrent également des données météorologiques, par exemple le SOPAC dans le cadre du projet environnemental pour la région du Pacifique-Sud, (South Pacific Regional Environment Project, SPREP) et l’Université du Pacifique-Sud (USP). Le Service météorologique des Fidji gère également 38 stations météorologiques qui recueillent des données sur les précipitations et d’autres données. Vingt-neuf stations sont commandées manuellement et 14 sont automatisées (et 9 stations mixtes). Ces stations communiquent une fois par jour leurs données qui sont stockées électroniquement. Il arrive toutefois souvent que ces stations ne communiquent aucune donnée en raison d’une collecte irrégulière par les personnes qui en ont la charge ou en raison de dysfonctionnements au niveau des stations automatisées. 

Modélisation du risque

En 2012, le Programme d’inclusion financière du Pacifique (Pacific Financial Inclusion Programme, PFIP) a évalué la faisabilité d’une assurance basée sur des indices météorologiques. Il est parvenu à la conclusion selon laquelle la densité des stations météorologiques ainsi que la fiabilité de l’infrastructure d’informations météorologiques était insuffisante pour développer des produits indiciels fondés sur les précipitations. La Division technique et de sciences géographiques appliquées du SPC (SOPAC) a averti que la plupart des régions des Fidji ne possédaient pas de données topographiques brutes sur les inondations et que lorsque ces données étaient disponibles, leur résolution ne dépassait pas 20 mètres. Cette résolution n’est probablement pas assez fine pour être utilisée pour développer un modèle d’assurance. En outre, la modélisation sophistiquée du risque d’inondation prend du temps et coûte beaucoup d’argent. Pour développer une assurance agricole fondée sur des indices météorologiques, il est recommandé de pouvoir se baser sur au moins 20 années de données historiques quotidiennes, avec au maximum 3 % de données manquantes. Il est aussi conseillé d’utiliser des stations météorologiques automatisées. Or, les données disponibles aux Fidji ne satisfont pas à ces exigences.

Théoriquement, le FMS peut fournir ces données gratuitement et de manière ponctuelle en cas de demande officielle, mais il faut savoir que cette procédure prend du temps. En outre, deux autres problèmes se posent aussi à ce niveau. Premièrement, nul ne sait clairement si les données disponibles sont de suffisamment bonne qualité pour être utilisées pour développer une assurance indicielle. 

Deuxièmement, si un tel produit était développé, il faudrait que l’assureur puisse recevoir suffisamment rapidement les informations des stations météorologiques du FMS pour déclencher le versement de l’indemnisation. Or, rien n’est moins sûr. Pourtant, il faut absolument que l’indemnisation se fasse rapidement pour que les assurances indicielles puissent remplir leur mission et venir le plus rapidement en aide aux petits agriculteurs ayant subi des pertes.

En outre, les données démographiques et agricoles sont également insuffisantes et de faible qualité aux Fidji. Le PFIP n’a encore pu se procurer aucune carte à grande échelle indiquant où se concentrent les communautés agricoles. En outre, les monocultures et l’agriculture à grande échelle sont rares dans le pays. La superficie des exploitations/terres agricoles ne dépasse pas 3,9 hectares et les agriculteurs font généralement pousser différentes cultures. La monoculture est pourtant une exigence clé pour le développement de systèmes d’assurance basée sur des indices météorologiques, car la tolérance aux événements climatiques varie d’une culture à l’autre. La diversité des cultures produites par les agriculteurs des Fidji complique l’élaboration d’une stratégie fondée sur l’activation du versement d’une indemnisation à des niveaux déterminés de pertes agricoles.

La canne à sucre est le seul produit agricole pour lequel des données de ce type existent. Les Fidji en ont produit 2,3 millions de tonnes en 2008, sur une superficie de 50 907 hectares. Le broyage et l’exportation des cannes à sucres sont gérés par Fiji Sugar Corporation Limited (FSC), qui supervise les 14 000 membres actifs du Conseil des producteurs de cannes à sucre (SCGC). Ce dernier a manifesté son intérêt pour le développement d’assurances indicielles mais il est confronté à des problèmes de capacité. 

Les informations du présent article proviennent essentiellement de la Focus Note du Programme d’inclusion financière dans le Pacifique « Weather Index-Based Insurance in Fiji: Brief on Initial Scoping », (mars 2012), rédigée par Barry Maher et Michael McCaffrey. Le CTA prépare actuellement une nouvelle étude sur les conditions, la préparation et le potentiel des assurances agricoles indicielles dans sept pays de la région du Pacifique. 

Liens connexes

Publication du PFIP sur l’assurance climatique indicielle aux Fidji (mars 2012) https://goo.gl/qjm4Q5
Publication sur le projet pilote d’assurance contre le risque de catastrophe dans le Pacifique (Pacific Catastrophe Risk Insurance Pilot, PCRIP) : From design to implementation – some lessons learned (juillet 2015)
https://goo.gl/Lc7VuX

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