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Les données météorologiques : une composante essentielle de la chaîne de valeur agricole

Chipo Msengezi et Dorah Nesoba

Tous les acteurs du secteur de l’agriculture ont un intérêt à disposer de données météorologiques exactes, localisées et fiables. L’accès à ces données permet aux organisations et aux entrepreneurs de traduire les données météorologiques brutes en informations météorologiques accessibles, ce qui est essentiel pour permettre aux producteurs de prendre des décisions éclairées dans la gestion de leur exploitation et pour atténuer efficacement les risques.

Les données et services météorologiques pourraient réellement aider les petits agriculteurs à prendre des décisions opérationnelles de gestion d’exploitation. La croissance des végétaux étant liée aux variables météorologiques, la production agricole dépend directement des conditions climatiques. De nombreuses activités agricoles (ensemencement, récolte, application d’engrais) sont dépendantes des conditions météorologiques en termes de planification et d’efficacité. De ce fait, tous les acteurs agricoles sont intéressés par l’une ou l’autre forme de données météorologiques. 

En 2013, le G8 a identifié l’accès aux données ouvertes, et en particulier aux données relatives aux conditions météorologiques, comme un facteur clé pour la transformation de l’agriculture et de la nutrition. Les données ouvertes sont des données qui peuvent être utilisées, réutilisées, partagées et exploitées par tout le monde, partout et dans n’importe quel but. La mise à disposition de données météorologiques en format ouvert facilite le partage de ces données, mais permet également le développement de services d’information spécialisés par des infomédiaires ciblant des besoins spécifiques des utilisateurs, ainsi que la prédiction des conditions adéquates pour des activités agricoles.

Le changement climatique présente des risques importants pour la sécurité alimentaire à long terme, et les pays à faible et moyens revenus risquent d’être touchés de plein fouet, avec un déclin des récoltes et une fréquence accrue d’événements climatiques extrêmes. Dans sa publication de 2017 « L’avenir de l’alimentation et de l’agriculture : tendances et défis », la FAO estime que l’impact négatif cumulé du changement climatique sur la production agricole africaine se situera entre 15 et 30 % jusqu’en 2080-2100. Les augmentations de production nécessaires doivent venir en premier lieu de l’accroissement des récoltes et de l’intensité des cultures. La tendance actuelle n’est toutefois pas suffisante pour répondre aux besoins alimentaires.

Access to weather data

Le défi est d’apporter une réponse à ce problème par la technologie. Les données occupent désormais une place essentielle dans les politiques relatives à la sécurité alimentaire. Les dix dernières années ont vu une hausse exponentielle du volume et des types de données, dont les bénéfices potentiels pour l’agriculture sont immenses. La mise à disposition du stock énorme de données encouragera la coopération et la collaboration pour résoudre des problèmes de longue date et évolutifs, elle profitera aux producteurs, elle permettra aux entreprises et aux décideurs politiques de prendre des décisions éclairées, et elle améliorera la santé des consommateurs. Dans de nombreuses régions du monde, l’agriculture s’appuie déjà sur des données : l’agriculture de précision fait une utilisation intensive de données GPS, météorologiques et satellite, ainsi que d’informations sur le sol et de statistiques sur la production des cultures.

Dans le but de relever les défis agricoles mondiaux à l’aide de données ouvertes, l’Initiative mondiale des données ouvertes pour l’agriculture et la nutrition (Global Open Data for Agriculture and Nutrition, GODAN) s’est focalisée sur les données météorologiques accessibles en 2017. Les partenaires ont collaboré à plusieurs événements afin de trouver comment mieux offrir des services à valeur ajoutée aux petits producteurs en utilisant des données météorologiques ouvertes dans les pays en développement. 

Investir dans les infomédiaires

Durant l’Africa Hydromet Forum, à Addis-Abeba, en Éthiopie, 12 – 15 septembre 2017, le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) s’est associé au Centre régional de cartographie des ressources pour le développement (RCMRD) dans le cadre du GODAN ont organisé un événement parallèle intitulé « Exploiter les données météorologiques pour relever les défis de l’agriculture et de la nutrition en Afrique » le 12 septembre 2017. Le débat a permis d’établir que la mise à disposition de données météorologiques dans un format ouvert facilite le partage, mais permet également le développement de services d’information spécialisés par des infomédiaires ciblant des besoins spécifiques des utilisateurs, ainsi que la prédiction des conditions adéquates pour des activités agricoles. Il a été conclu que la communauté des services météorologiques doit agir rapidement pour fournir des données météorologiques et des données ouvertes en vue d’atteindre les objectifs de l’Agenda 2030 pour le développement durable des Nations Unies, en particulier en matière de sécurité alimentaire. 

Le Forum Hydromet s’est conclu par un engagement ferme des États membres de l’ANCOMET à (i) promouvoir l’appropriation nationale et régionale des efforts de modernisation des services nationaux de météorologie et d’hydrologie afin d’obtenir des services météorologiques, hydrologiques et climatiques plus précis, plus rapides et plus fiables en vue d’accélérer le développement socio-économique.

Créer un impact pour les petits exploitants grâce aux données météorologiques

Un autre événement majeur de l’année 2017 a été l’organisation, les 21 et 22 novembre, de deux ateliers intitulés « Utiliser les données météorologiques pour soutenir les petits producteurs en Afrique » et « Créer un impact pour les petits exploitants grâce aux données météorologiques » par le CTA en partenariat avec le ministère néerlandais de l’agriculture, de la nature et de la qualité alimentaire, l’initiative GODAN et l’université et le centre de recherche de Wageningen. 

L’objectif des ateliers était de partager des expériences et de tirer des enseignements des initiatives existantes axées sur la fourniture de services à valeur ajoutée aux petits producteurs en utilisant des données météorologiques (ouvertes). Les débats ont porté sur la façon de garantir un impact pour les petits producteurs et sur le rôle des normes et du renforcement de capacités. Les ateliers ont rassemblé des acteurs de différents réseaux et leur ont permis d’examiner des bonnes pratiques pour l’utilisation de données météorologiques et de modèles d’entreprise permettant à tous les acteurs de la chaîne de valeur de co-créer des services à valeur ajoutée ayant un impact pour les petits producteurs dans un contexte international. 

Les conclusions des deux ateliers indiquent qu’il faudra des collaborations et des partenariats pour créer des modèles d’entreprise viables pour les producteurs de données ; des mécanismes d’incitation encourageant des intermédiaires à développer des services localisés à partir de données météorologiques brutes ; une intensification des contacts avec les communautés agricoles ; une utilisation accrue de normes concernant les données ouvertes pour favoriser l’interopérabilité des données et combler le grave déficit de capacités dans la chaîne de valeur des données météorologiques ouvertes. 

La chaîne de valeur des données

Selon l’évaluation du RCMRD, le grand défi dans un système de plus en plus dynamique est de fournir de manière constante et systématique de nouvelles informations exploitables, ce qui demande une action collective et rapide des acteurs de la chaîne de valeur dans les pays en développement, un engagement envers la responsabilité sociale et une sophistication politique, de même qu’une détermination infatigable à collaborer et à avancer collectivement en tant qu’acteurs de la chaîne de valeur agricole.

L’agriculture étant affectée par la variabilité croissante des conditions météorologiques, les informations agricoles en temps réel sont d’une importance capitale, des producteurs aux détaillants, des conseillers agricoles aux services de vulgarisation, des prestataires de services de microfinancement et d’assurance aux marchés en aval. Il faut créer des communautés de pratique qui favorisent la cocréation de services fondés sur les données météorologiques et offrant une valeur ajoutée aux petits producteurs. 

Il existe des milliers d’applications possibles des données météorologiques, mais peu sont concrétisées. Cette situation est due en partie à un manque de cohérence, certaines régions ne disposant pas toujours de données météorologiques à des moments critiques, et en partie à un manque de connaissance des formidables possibilités offertes par ces données. On peut espérer que cela changera dans un avenir proche suite à l’engagement ferme des gouvernements et des services météorologiques à promouvoir l’appropriation nationale et régionale de l’effort de modernisation des services nationaux de météorologie afin d’obtenir des services météorologiques plus précis, plus rapides et plus fiables en vue d’accélérer le développement socio-économique et de favoriser la collaboration entre tous les acteurs de la chaîne de valeur.

Liens utiles 

RCMRD’s open data portal
http://opendata.rcmrd.org/ 
GODAN Action webpage
http://www.godan.info/godan-action 

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