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Plaidoyer en faveur des services agrométéorologiques

Boniface Akuku

La plupart des modèles commerciaux de fourniture de services météorologiques aux petits agriculteurs du Kenya sont financièrement trop peu viables pour être diffusés à plus grande échelle. La diffusion de tels services exige un renforcement des capacités et la mise en place d’un système de gestion de la qualité axé sur la validation de l’impact.

Ces vingt dernières années ont vu un développement spectaculaire de l’utilisation des TIC en tant que moyen permettant d’améliorer l’accès aux informations et aux connaissances agricoles. La diffusion d’informations et de conseils sur le climat utilisant les TIC s’est révélée très utile pour les petits agriculteurs kenyans. Ces TIC incluent les SMS, les applications mobiles et les portails en ligne de type banque de connaissances. La diversité des services de données météorologiques ouvertes témoigne de l’importance des données météorologiques dans le soutien à l’adaptation et à la résilience des petits exploitants. 

L’accent doit être mis notamment sur la conception et la fourniture de données climatiques sous la forme de produits et de services dans un format mieux adapté, moins coûteux et exploitable. Correctement informés, les petits agriculteurs peuvent prendre des décisions bien documentées et améliorer la gestion de leur exploitation afin de faire face aux risques climatique. Une analyse plus approfondie des données météorologiques ouvertes révèle que les notifications par SMS sont aujourd’hui la méthode à privilégier pour fournir aux petits exploitants du Kenya des services et des produits d’information météorologique. L’expérience de la plateforme numérique agro-météorologique de KALRO met en avant que si les petits exploitants préfèrent les SMS à toute autre innovation, c’est en raison de leur coût avantageux et de leur rapidité.

Pour pouvoir utiliser ces autres innovations, comme les applis mobiles et les portails en ligne, les agriculteurs doivent être en possession de smartphones de base. Ces smartphones leur permettent d’avoir accès à un portail offrant des informations sur les observations et les prévisions météorologiques, ainsi que sur la météo saisonnière. En cas de communication par SMS, les conseils agronomiques, associés à des prévisions météorologiques, peuvent être fournis soit à la demande des agriculteurs, soit par envoi groupé (technologie pull and push). Les autres technologies innovantes pour la communication d’informations imposent aux agriculteurs de télécharger une appli sur leur smartphone et avoir accès à internet ou d’avoir souscrit à un forfait de données. 

Les services SMS sont disponibles sur tous les types de téléphones portables, même les plus basiques. Le service d’information météorologique aux agriculteurs de KALRO leur communique des informations sur le climat et des recommandations agronomiques personnalisées. Les agriculteurs ont ainsi accès en temps réel à des informations et des recommandations spécifiques à la situation géographique de leur exploitation, par exemple sur les variétés de cultures, la préparation des sols, le débit de semis, l’irrigation, la fertilisation, la lutte contre les nuisibles et les maladies, le moment de la récolte et les possibilités de stockage, en fonction des prévisions météorologiques. En outre, l’innovation est mise en œuvre selon les principes des données et de la science ouvertes. KALRO utilise donc des données météorologiques ouvertes et des innovations TIC pour améliorer la productivité agricole, la résilience et les revenus des agriculteurs.

Enseignements acquis

Au Kenya, les systèmes qui intègrent des données météorologiques et des informations agronomiques sont encore loin d’être efficaces. Les agriculteurs sont donc de simples « observateurs de données météorologiques », étant donné que la majorité d’entre eux ne sont pas en mesure de comprendre et d’exploiter les informations météorologiques et les séries de données agricoles fournies par les météorologues professionnels et les chercheurs agronomes. Les petits exploitants se fondent donc sur leur expérience personnelle pour adapter leurs pratiques agricoles. Ces services de conseils « à l’ancienne » ne leur permettent cependant pas de faire face aux conditions météorologiques extrêmes et aux changements climatiques. La complexité croissante des marchés, de la production et de la gestion dans les différentes chaînes de valeur agricole exacerbe encore le problème. En outre, l’accès à des données climatiques exploitables et aux informations et aux connaissances météorologiques reste difficile. 

Pour remédier à cette situation, il faut donc concevoir, fournir et utiliser efficacement les informations agricoles destinées aux petits exploitants. C’est ce qu’a fait KALRO avec son outil agro-météorologique. Celui-ci a amélioré la façon dont les agriculteurs gèrent les risques météorologiques – en maximalisant leur productivité et en minimisant l’impact de ces risques – grâce à des informations accessibles rapidement. Ce système de services agro-météorologiques par SMS leur permet à présent de prendre les bonnes décisions, sur la base de données météorologiques synthétisées, d’un calendrier des cultures et de conseils agronomiques.

Ce cas kenyan a permis de tirer de nombreux enseignements. Notre expérience a mis au jour des lacunes critiques en termes de conception, de fourniture et d’utilisation efficace de données ouvertes et d’informations météorologiques visant à améliorer la gestion du risque au niveau des petites exploitations. Différents aspects nécessitent ici une attention particulière. Premièrement, il importe absolument d’adapter le contenu, l’échelle, le format et les délais à la prise de décision au niveau des exploitations. Notre expérience a également révélé la nécessité d’assurer un accès rapide aux informations dans les communautés rurales reculées dont les infrastructures sont peu développées En outre, il convient de veiller à la légitimité pour que les agriculteurs puissent s’approprier ces services climatiques et participer à leur conception et leur fourniture. Enfin, l’intégration et l’offre d’informations sur le climat doivent s’inscrire dans le cadre plus général du soutien au secteur agricole et de l’aide au développement afin que les agriculteurs puissent agir une fois les informations en leur possession.

Les défis

Cartographier les priorités de la chaîne de valeur des acteurs et mener à bien le processus d’enregistrement des agriculteurs prend du temps. En outre, la majorité des petits exploitants ont de faibles revenus. Les taux d’analphabétisme au sein de cette population sont parfois élevés, ce qui exige la traduction des informations et des conseils dans les langues locales.

Le problème numéro un est le coût de l’envoi d’informations aux petits agriculteurs. Dans un premier temps, l’adoption d’une stratégie de prix hybride « coût-valeur » a été envisagée, l’idée étant de faire payer aux agriculteurs un tarif raisonnable compte tenu de la valeur perçue des services offerts, de façon à couvrir le coût des services. Ce modèle suit toutefois une approche d’entreprise sociale qui est davantage orientée vers le service que sur la viabilité commerciale. Cette stratégie ne permet donc pas de mettre en place des structures durables pour assurer la continuité des services et des produits.

L’efficacité de la structure de prix nécessite avant tout d’atteindre un nombre élevé d’utilisateurs, ce qui est difficile pour un service qui vient d’être lancé sur le marché. Le secteur agricole kenyan se compose essentiellement de petits agriculteurs qui forment une communauté très conservatrice, d’où des pertes marginales, dans la mise en opération du service, dues aux coûts d’installation de l’infrastructure et aux frais de marketing et de recrutement des abonnés. Une gestion durablement efficace et une approche de contrôle des coûts minimiseront ces coûts et ces frais.

Un modèle de gestion viable

Les recettes des annonces publicitaires et des services spécialisés offerts par le biais de la plateforme aideront à dégager des bénéfices. Toutefois, une approche plus efficace et plus durable pour produire un impact consisterait à rechercher des investisseurs et des donateurs et à les inciter à collaborer et à rejoindre le partenariat. La diversité des services d’information météorologique par SMS dont ont besoin les agriculteurs kenyans met en avant la bonne santé du secteur agricole. Toutefois, certains obstacles à une offre et une diffusion plus efficace des services par SMS subsistent, comme une capacité technique limitée et l’absence d’un cadre pour évaluer les services fournis. 

En outre, la plupart des modèles de gestion utilisés par les fournisseurs publics et internationaux, ainsi que par les sociétés à but lucratif et les organisations à but non lucratif du Kenya sont financièrement trop peu viables pour permettre la mise à échelle nécessaire. La diffusion rapide des produits et des services exige de donner la priorité au développement des capacités et à la mise en place d’un système de gestion de la qualité axé sur la validation de l’impact. Il existe manifestement un réel besoin et une demande de plus en plus importante pour des services de données et d’informations météorologiques, rapides et pertinents, conçus en coopération avec des chercheurs et basés sur des prévisions ramenées correctement à l’échelle des exploitations. Les priorités clés pour le succès à long terme de ces services sont la sensibilisation et le renforcement des connaissances des agriculteurs sur les avantages offerts par la prise de décisions fondées sur l’utilisation de données météorologiques préalablement traitées. 

Liens connexes

http://agroweather.kalro.org/
https://asalkhub.kalro.org
http://www.aidforum.org/reports/planet-of-the-apps-at-the-global-disaster-relief-development-summit-2017
Les applis mobiles peuvent être téléchargées sur Google play, Play store et

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