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La digitalisation, un levier de valorisation pour les producteurs de café ougandais

David Muwonge

Un projet de profilage numérique agricole est en train de porter ses fruits pour les petits cultivateurs de café en Ouganda. Ce système innovant garantit l’origine du café et leur permet ainsi de vendre leur production à des prix plus élevés. David Muwonge nous décrit cette expérience qui illustre parfaitement le potentiel du géoréférencement comme levier marketing de premier plan.

Une base de données géospatiale pour soutenir les producteurs de café. Voici l’idée de NUCAFE (National Union of Coffee agribusinesses and farm Enterprises, Union nationale de l’industrie et des producteurs de café) qui, avec l’appui du CTA, a établi des profils d’agriculteurs et des cartes d’exploitations caféières dans le cadre d’une stratégie de marketing ciblé. Ayant bien identifié l’impact de la traçabilité des produits sur la courbe des prix, NUCAFE mise sur la technologie pour garantir un meilleur suivi. Son objectif est d’aider les 205 120 familles d’agriculteurs qu’elle représente en leur facilitant l’accès aux ressources et services, mais aussi en leur ouvrant les portes des marchés locaux et internationaux.

Au départ, NUCAFE avait créé une base de données Excel avec des informations élémentaires sur ses membres, collectées à partir de questionnaires et encodées manuellement. Consciente des limites de cette méthode, l’organisation s’est associée avec le CTA afin de mettre au point un système de gestion des données spatiales. Entre juin 2017 et avril 2018, les profils des agriculteurs ont été établis grâce à un questionnaire sur tablette qui a permis de recueillir des précisions sur les individus, la production et les coordonnées GPS des exploitations. Après l’obtention du consentement relatif à l’utilisation des données personnelles, ces données ont été transférées sur les serveurs de NUCAFE à l’aide d’ONA (une entreprise sociale kényane qui développe des solutions open source afin de promouvoir un usage intelligent des données). Elles ont ensuite été traitées par les logiciels d’information géographique QGIS et ArcGIS pour générer des cartes des exploitations et des champs de café individuels. Afin d’obtenir des images en haute résolution, des plans de vol pour drones sont dessinés à partir des coordonnées GPS. Les clichés serviront à identifier plus précisément l’origine des produits et à proposer des services de conseil adaptés aux agriculteurs.

Dans la deuxième phase du projet, la base de données augmentée permettra à chaque lot de café de recevoir un passeport, sous la forme d’un code QR, qui attestera de son authenticité et de son origine. Il comportera des informations relatives au cultivateur, au groupe agricole, à la situation géographique de l’exploitation, au produit lui-même, à la date de livraison à l’entrepôt et à tous les détails du trajet du café au fil de la chaîne d’approvisionnement.

La traçabilité, source de profits

Six mois après son lancement, le projet se satisfait déjà de résultats prometteurs. Des acheteurs italiens et sud-coréens ont ainsi proposé des prix plus élevés pour le café des producteurs profilés, soit 3,51 €/kg contre le tarif de 2,16 €/kg habituellement accordé pour un café similaire mais d’origine non connue. Cette augmentation de 24 % du prix de base est directement liée à la traçabilité du produit. Elle offre en effet au consommateur la garantie que son achat bénéficiera bien au producteur, alors que la qualité du produit est certifiée par les marqueurs géologiques et géospaciaux. Concrètement, pour une exploitation de café Arabica de 0,4 ha qui produit en moyenne 600 kg chaque année, le revenu annuel supplémentaire sera de 850 €.

« Grâce au revenu supplémentaire généré par la traçabilité et la certification, nous avons pu scolariser nos enfants et nous investir dans le centre de santé de notre communauté », explique Gibezi Yunus, agriculteur de la Bufumbo Organic Cooperative Association.

La Bufumbo Organic Farmers Association, membre de NUCAFE, a rapidement discerné le pouvoir associé aux données. L’organisation a utilisé la base de données spatiales dans le cadre d’un audit externe crucial pour l’obtention des certifications bio et UTZ (un label international garantissant une production équitable, durable et transparente). Grâce à ces deux certificats, elle a pu vendre 19,8 t de café bio/UTZ à un torréfacteur italien et 160 t supplémentaires à différents acheteurs. Cette réussite a incité d’autres agriculteurs à modifier leurs pratiques afin d’obtenir eux aussi les certificats et plusieurs associations d’agriculteurs ont manifesté leur intérêt pour utiliser la base de données à des fins d’authentification. La certification bio impliquant des coûts de conformité supplémentaires, NUCAFE sensibilise ses membres à ces exigences tout en les aidant à trouver les ressources internes et externes nécessaires afin de bien négocier cette période de transition.

Sur le terrain, les données géoréférencées ont permis aux professionnels de la vulgarisation, aux entreprises et aux gestionnaires de hubs de collaborer avec des associations de producteurs de café afin d’améliorer la logistique. Une vue d’ensemble détaillée du territoire et de la localisation des exploitations permet aux agriculteurs de planifier plus efficacement la récolte des fèves. Par ailleurs, les conseils et services supplémentaires sont mieux adaptés selon les profils et les besoins. La sensibilisation à l’intérêt de souscrire une assurance contre la sécheresse, la formation à une agriculture intelligente face au climat ou le positionnement stratégique de machines de transformation par voie humide au sein de la Mabira Coffee Farmers Association figurent notamment parmi les services fournis par NUCAFE.

Améliorer encore le profilage numérique

Cet impressionnant succès a permis à NUCAFE d’obtenir plus de 1,2 million € de la part de l’Union européenne afin d’aider six coopératives membres situées dans la région de Rwenzori. Le projet consiste à déployer un système reposant sur les données géolocalisées pour le café dans les quatre années à venir (2018-2022). 20 000 ménages, la plupart situés dans la zone reculée des montagnes de Rwenzori, sont concernés par cette initiative visant à leur offrir la certification bio, équitable et de provenance. Ainsi, un pas supplémentaire sera réalisé en direction de l’objectif ultime qui reste l’amélioration durable des moyens de subsistance, la création d’emplois et la diminution de la pauvreté au sein de ces familles.

Une prise de conscience sur les bénéfices liés au profilage est en train de s’opérer et de plus en plus de nouveaux membres intègrent NUCAFE. Par ailleurs, l’Office de développement du café ougandais (UCDA, Uganda Coffee Development Authority), un organisme public, souhaite standardiser la méthode de profilage pour tous les producteurs du pays. Tout en facilitant la fourniture et la distribution des intrants, ce procédé permettra également de renforcer l’image de marque du café ougandais sur la scène internationale.

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