Des données satellitaires pour appuyer l'assurance indicielle agricole

Joost van der Woerd

Comment faire en sorte que la sécheresse ne soit plus une catastrophe pour les petits exploitants agricoles d’Afrique, mais plutôt un risque qu’ils peuvent gérer ? En leur proposant par exemple des produits d’assurance indicielle abordables reposant sur des données satellitaires. Le principe est simple : les conditions climatiques font l’objet d’un suivi en quasi-temps réel et lorsque l’évapotranspiration descend sous un certain seuil, le paiement d’une indemnité est déclenché automatiquement. Ce système offre aux agriculteurs une sécurité qui leur permet d’accéder au crédit, de rebondir plus rapidement après une mauvaise saison et d’améliorer durablement leurs moyens d’existence.

Des milliers de satellites en orbite effectuent en continu des mesures dans l’atmosphère et à la surface de la Terre à l’aide d’une panoplie de capteurs. Ceci n’est évidemment pas nouveau : des satellites gravitent autour de notre planète depuis plusieurs décennies. Toutefois, ces dernières années ont vu le développement de nouvelles applications, en lien avec d’autres technologies, à un rythme sans précédent. Un exemple concret ? Les agriculteurs africains peuvent aujourd’hui recevoir des recommandations basées sur les données satellitaires pour leur activité ou des messages d’alerte précoce combinés à une assurance. Ces services sont accessibles par SMS et le paiement s’effectue avec de l’argent dématérialisé, même sur les anciens modèles de téléphone.

Analyser les pertes de rendement liées à la sécheresse depuis l’espace

EARS (Environmental Analysis and Remote Sensing, Analyse environnementale et télédétection), société basée à Delft, aux Pays-Bas, a su tirer parti de cette révolution technologique. Son créneau ? Utiliser les données satellitaires pour fournir une micro-assurance aux petits exploitants agricoles.

L’entreprise n’est pas novice dans l’usage des satellites météorologiques. Depuis 1982, elle a en effet construit une immense base de données à l’aide des observations effectuées heure par heure depuis l’espace. Les informations récoltées sur le continent africain, mais aussi ailleurs dans le monde, sont précieuses : nébulosité, rayonnement global et net, précipitations et évapotranspiration réelle et potentielle.

Ces paramètres, essentiels pour la production agricole, peuvent notamment être utilisés afin de développer des produits d’assurance agricole indicielle. L’assurance indicielle est une alternative peu coûteuse à l’assurance d’indemnisation traditionnelle : elle est ainsi particulièrement adaptée aux pays en développement. Avec ce système, la récolte n’est pas directement assurée mais, à la place, un indicateur sert de repère pour évaluer la perte de rendement. Dès lors, il n’est plus nécessaire de faire déplacer des experts locaux en cas de problème – une opération coûteuse –  comme c’est le cas avec une assurance classique basée sur l’indemnisation.

Illustrons l’assurance indicielle à l’aide d’un exemple concret. En Ouganda, l’indicateur utilisé est l’évapotranspiration, qui désigne les quantités d’eau quittant le sol par évaporation ou transpiration. Il est particulièrement pertinent pour évaluer la croissance des cultures. En effet, la sécheresse affecte la capacité des plantes à capter le dioxyde de carbone (CO₂) et à libérer de l’eau (H2O). En mesurant les niveaux d’évapotranspiration dans les zones couvertes par l’assurance, il devient possible d’anticiper et d’estimer les pertes de rendement liées à la sécheresse. En pratique, si l’évapotranspiration descend sous le seuil fixé dans une zone donnée, les agriculteurs sont automatiquement et rapidement indemnisés, sans qu’ils aient besoin de lancer une procédure auprès de la compagnie d’assurance.

Pour développer et fixer le prix de ses produits, EARS s’appuie sur sa base de données historique extrêmement étoffée qui permet de définir le profil de risque de chaque site du pays dans un rayon de 3 km. Ces profils sont déterminés au niveau des sous-comtés et non de manière individuelle. Pouvoir compter sur des données satellitaires en quasi-temps réel assure une surveillance continue des conditions météorologiques et une évaluation rapide des pertes à la fin de chaque saison agricole. Lorsque l’indice de sécheresse indique que l’évapotranspiration est descendue sous le seuil fixé, l’indemnisation est ainsi automatiquement déclenchée.

Des données ventilées pour des services groupés

L’assurance n’est toutefois qu’une partie de la solution. Il faut également aider les petits exploitants à stabiliser leur situation financière afin qu’ils puissent davantage se professionnaliser en augmentant leurs investissements et leur capacité de production. Dans cette optique, EARS a rejoint le projet MUIIS (Market-led, User-owned ICT4Ag Enabled Information Service, Améliorer l’autosuffisance des agriculteurs grâce aux services d’informations ICT4AG axés vers le marché et appartenant aux utilisateurs) en 2015.

Les petits exploitants ont besoin d’informations régulières, précises et exploitables pour prendre les bonnes décisions au quotidien. Partant de ce constat, MUIIS a donc été pensé comme un outil capable de leur fournir des données sur la gestion des cultures et les risques climatiques. La plateforme offre à ses abonnés un panel de services : des conseils agronomiques applicables envoyés par SMS pour aider à l’optimisation des cultures les bonnes années, et un filet de sécurité qui prend la forme d’une assurance se déclenchant en cas de mauvaise saison. Le système fonctionne avec des transactions mobiles dématérialisées, de la collecte des frais de souscription en amont à l’indemnisation des assurés en cas de pertes provoquées par la sécheresse.

Un consortium international d’organisations est chargé de l’exécution du projet. Les partenaires locaux qui disposent de l’accès aux réseaux d’agriculteurs, d’une capacité à faire avancer la vulgarisation et d’une expertise agronomique de base, bénéficient du soutien d’une fintech à la pointe de l’innovation (préciser qui est cette fintech et son rôle). Enfin, d’autres entreprises originaires d’Europe et des Etats-Unis, dont EARS, apportent leur contribution en alimentant la plateforme avec des données satellitaires et météorologiques qui seront ensuite transmises aux abonnés par SMS.

MUIIS est l’un des 23 projets du programme G4AW (Geodata for Agriculture and Water, Géodonnées pour l’agriculture et l’eau) mis en œuvre par l’Agence spatiale néerlandaise (NSO, Netherlands Space Office). Le programme mise sur les données satellitaires pour améliorer durablement la sécurité alimentaire dans les pays en développement. Son objectif est de permettre à des milliers d’agriculteurs de bénéficier de toutes ces nouvelles applications technologies basées sur les données. « Le but est vraiment d’atteindre le plus grand nombre », appuie Ruud Grim, le coordinateur de G4AW. La ministre néerlandaise du Commerce extérieur et de la Coopération au développement, Sigrid Kaag, a récemment fait référence à ce programme : selon elle, il illustre parfaitement la qualité et la réussite de la collaboration entre le gouvernement néerlandais, des entreprises néerlandaises et des partenaires locaux en vue de créer un impact durable.

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