« Développer l'agroécologie et des solutions durables basées sur les TIC »

Ezinne Merianchris Emeana

Le Nigeria est l’un des nombreux pays engagés actuellement dans une transition vers l’agroécologie. Il s’agit de l’application de processus verts aux systèmes de production agricole afin de les rendre plus durables, efficaces et respectueux de l’environnement. Comment ? En s’appuyant sur des méthodes utilisant les ressources naturelles et ne dépendant que peu – voire pas du tout – de l’agrochimie pour produire des denrées alimentaires destinées à la consommation humaine et animale, tout en réduisant l’impact sur les écosystèmes. Ce virage a pris une dimension numérique au Nigeria avec l’arrivée de l’application SmartAgroecology. Elle vise à favoriser le partage des connaissances en agroécologie afin d’aider les agriculteurs à assurer leur subsistance tout en mettent en place une production durable, grâce à des pratiques adaptées et un usage optimal des terres.

SmartAgroecology offre une alternative durable à la communauté agricole dans un pays soumis à l’insécurité alimentaire et dans lequel prédomine la culture de subsistance. L’application, téléchargeable depuis différentes plateformes en ligne, a été conçue pour encourager les échanges entre les agriculteurs, ainsi qu’entre les agriculteurs et les agents de vulgarisation. Les informations transmises concernent la gestion et les pratiques avant et après la plantation, les techniques à appliquer avant et après la récolte, et incluent des renseignements sur le marché du bio ainsi que les prix des produits de base.

L’agroécologie est une discipline fondée sur un vaste socle de connaissances. Des agriculteurs, hommes et femmes, ont ainsi été mobilisés dans le cadre du programme Village Adopté (sud-est du Nigeria) et de l’organisme NAERLS (National Agricultural Extension and Research Liaison Services) afin de mettre en commun leurs savoir-faire. Ils ont pu partager leurs connaissances en matière de fertilité des sols ou d’amélioration des cultures (rendements, durabilité, etc.) par l’intermédiaire de la plateforme mobile, tout en accédant en même temps à de précieuses informations mises à jour avec l’aide des vulgarisateurs.

Le déploiement de l’application a mis en évidence les inégalités entre sexes dans l’accès et l’usage des technologies mobiles. Les développeurs ont notamment remarqué que les femmes, contrairement aux hommes, étaient plus impliquées dans l’agriculture vivrière que dans l’agriculture commerciale et avaient, en conséquence, moins d’argent à investir dans des services mobiles. Les hommes, en plus de disposer de ressources financières supérieures, connaissaient et maîtrisaient mieux les technologies de l’information et de la communication (TIC) : ils étaient donc davantage susceptibles d’utiliser une application comme SmartAgroecology que les femmes. En résumé, les principaux freins à l’adoption de l’application étaient le degré d’analphabétisme, le faible niveau de revenu et le manque de compétences en TIC. Au final, ces facteurs déterminaient si les femmes pouvaient ou non avoir accès au service et en tirer profit.

Malgré ces barrières, les femmes ont affiché un réel enthousiasme vis-à-vis de SmartAgroecology dès lors qu’elles étaient bien informées et sensibilisées aux opportunités. Les développeurs en ont tiré trois leçons importantes :

Il est essentiel d’offrir aux agricultrices des formations sur les TIC afin qu’elles puissent contrôler elles-mêmes leurs besoins en information, notamment sur les méthodes agroécologiques. qui leur permettront d’améliorer les rendements et les rapports coût/efficacité.

Il importe de bien former les formateurs. Objectif : garantir la cohérence comme la bonne compréhension, et veiller ainsi à simplifier l’usage de la technologie pour les agriculteurs.

Les rencontres physiques restent le moyen de contact privilégié entre les agriculteurs et le personnel de vulgarisation, en grande partie à cause du coût élevé des connexions Internet. Cette réalité impacte logiquement l’adoption (et le téléchargement) de l’application.

La majorité des agriculteurs africains pratiquent une agriculture de subsistance – le taux le plus élevé au monde selon les données dévoilées par l’ONU en 2017. Il est donc fondamental de fournir à ces personnes les moyens de mettre en place des pratiques agricoles durables. Les méthodes indigènes n’étant plus suffisantes, l’agroécologie offre une alternative de choix aux pratiques conventionnelles et/ou industrielles. A l’heure où le monde devient numérique et se trouve confronté à des défis tels que l’insécurité alimentaire et le changement climatique, il est nécessaire de cibler les agricultrices pour les aider dans le cadre des formations. Ainsi, elles pourront également avoir accès aux applications, informations et processus qui leur permettront de singulièrement améliorer leur mode de vie.