Awhere-ACT : SIG & gestion des ravageurs

Rose W. Irungu et al.

Awhere-ACT est une application des systèmes d’information géographique (SIG) qui aide les agriculteurs africains à lutter contre le foreur du maïs et l’acarien vert du manioc.

Les scientifiques dans les pays en développement prennent de plus en plus conscience de l’utilité des informations spatiales pour évaluer et prévoir la répartition des insectes nuisibles. Dans ce cadre, les systèmes d’information géographique (SIG) peuvent notamment jouer un rôle non négligeable au niveau de la gestion, de la visualisation et de l’analyse des données géographiques sous forme numérique. Pour l’instant néanmoins, les systèmes d’information géographique restent largement du domaine des experts et leur popularisation se heurte à des facteurs tels que leur coût, leur complexité et la disponibilité des données, en particulier dans les pays en développement.

Pour tenter de remédier à cette situation, une équipe de développeurs de logiciels de Mud Springs Geographers, Inc., a mis au point, en collaboration avec l’International Maize and Wheat Improvement Centre (CIMMYT), l’« Awhere Almanac Characterization Tool » (ACT), un progiciel autonome adapté aux besoins des chercheurs en agronomie et des responsables politiques dans les pays en développement. La particularité d’Awhere-ACT est qu’il intègre des applications de systèmes d’information géographique dans des bases de données très complètes (sur le climat, l’utilisation des sols, l’altitude, etc.) présentant un intérêt pour l’agriculture. Il est également facile à utiliser : quelques jours de formation suffisent pour apprendre à produire des cartes indiquant par exemple les zones où les conditions climatiques sont similaires à un moment donné ou à une saison donnée. Ce progiciel est mis gratuitement à la disposition des utilisateurs dans les pays en développement.

Les scientifiques impliqués dans un certain nombre de programmes de gestion des insectes nuisibles en Afrique profitent désormais des avantages offerts par Awhere-ACT, comme le montrent les exemples suivants.

Prévoir la diffusion des foreurs

Le maïs est la plus importante culture alimentaire en Afrique subsaharienne, mais la productivité agricole est entravée par un certain nombre d’insectes nuisibles, en particulier le foreur du maïs. Il existe plusieurs espèces d’insectes foreurs indigènes dans la zone de culture du maïs en Afrique, mais le Chilo Partellus, qui n’est pas un insecte indigène, est de loin le plus redoutable. Venu d’Asie au début du XXe siècle, le Chilo s’est répandu dans tous les pays de l’Afrique orientale et australe, et ne cesse de s’étendre.

Le projet de contrôle biologique des foreurs des céréales du Centre international sur la physiologie et l’écologie des insectes (ICIPE), basé à Nairobi, adopte une méthode de contrôle biologique classique, dans laquelle les prédateurs naturels associés au Chilo en Asie sont introduits en Afrique. Des chercheurs de l’ICIPE se servent d’Awhere-ACT pour étudier les répercussions écologiques de ces introductions. Des données d’échantillonnage sont superposées à des cartes des différents facteurs climatiques, tels que les précipitations et les températures, afin d’identifier les conditions qui favorisent la propagation des foreurs. Sur la base de telles analyses, ils peuvent prévoir quelles sont les zones à risque en matière d’invasions de Chilo, et peuvent recommander les endroits où introduire les prédateurs naturels.

Identifier les meilleurs sites de dissémination d’un champignon pour contrôler l’acarien vert du manioc

L’acarien vert du manioc, Mononychellus tanajoa, est un des principaux ravageurs du manioc dans de nombreux pays africains. Le contrôle de cet acarien est depuis plusieurs années l’objectif d’un programme de contrôle biologique de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA). Au Brésil, le pays d’origine de l’acarien vert, sa diffusion a été limitée de manière efficace par un champignon pathogène, le Neozygites tanajoae. L’IITA a récemment introduit ce champignon comme agent de contrôle au Bénin, où il s’est établi dans plusieurs zones. Devant le succès de cette opération, des chercheurs du Kenyan Agricultural Research Institute (KARI) et de l’IITA utilisent Awhere-ACT pour identifier les zones au Kenya dont les caractéristiques agro-météorologiques sont similaires à celles du Brésil et du Bénin, où le Neozygites a prouvé sa valeur dans la lutte contre l’acarien vert du manioc, de façon à déterminer les sites de dissémination potentiellement les plus efficaces.

Pour de plus amples informations sur Awhere-ACT, consultez www.mudsprings.com.

Rose W. Irungu est chargée de recherche à l’ICIPE

Dave Hodson est responsable des SIG au CIMMYT

Eric I. Michugu est spécialiste des SIG à l’ICIPE

25 avril 2003

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