Issue 29: Novembre 2005

Numéro 29: SMSI-2

Infos sur les prix agricoles par SMS

Octobre 2005

Daniel Annerose
Emile Sène

Daniel Annerose et Emile Sène décrivent un système d’information sur les marchés agricoles « Xam Marsé » et expliquent comment un simple téléphone portable a changé la vie d’un agriculteur sénégalais.

« Xam Marsé », ou « Connaître et maîtriser le marché », est le nom wolof du système d’information sur les marchés agricoles développé et géré depuis 2001 par Manobi, en collaboration avec la société Sonatel. Grâce à Xam Marsé, les agriculteurs, les commerçants, les hôteliers ou les ménagères peuvent recevoir sur leur téléphone portable par messages SMS ou sur Internet, des informations en temps réel sur les prix et les niveaux de disponibilité des fruits, des légumes, des viandes et des volailles, sur les marchés du Sénégal.

Seydou Ndoye, agriculteur maraîcher à Keur Abdou Ndoye, un village de la région des Niayes dans l’Ouest du Sénégal, est l’un des tout premiers utilisateurs de Xam Marsé. Après 4 années d’exploitation de ce système, il apporte ici un témoignage qui illustre la capacité des agriculteurs à s’approprier des solutions innovantes pour assurer eux-mêmes leur développement économique et social. Le village de Keur Abdou Ndoye est un centre de commercialisation et de groupage des produits maraîchers. Les agriculteurs de la zone et les « banas-banas » (commerçants itinérants) s’y retrouvent pour réaliser leurs transactions. « Avant d’utiliser Xam Marsé, les banas-banas m’imposaient leurs prix puisque je ne disposais d’aucune information pouvant m’éclairer sur la valeur réelle de mes produits », nous explique-t-il. « La première saison où j’ai utilisé Xam Marsé, mon revenu net a quadruplé et est passé de 1,5 million à 6 millions de francs CFA » (1 000 FCFA = 1, 5 EUR).

Comment a-t-il pu faire faire un tel bond en avant à ses revenus ? « Je consulte le cours des produits sur mon portable et je fixe mes prix aux banas-banas en fonction des cours réels du marché que je connais maintenant mieux ou aussi bien que mes interlocuteurs. »

Quelques jours suffisent aux agriculteurs pour maîtriser cette technologie, même s’ils sont peu alphabétisés et n’ont jamais utilisé un téléphone portable. En échange d’une faible redevance, les abonnés à Xam Marsé ont accès à des informations de marché à jour, qui se révèlent d’une grande utilité dans les négociations avec les banas-banas. Autrefois, ils n’avaient guère le choix et devaient souvent croire sur parole les banas-banas qui évidemment leur proposaient des prix inférieurs à ceux du marché. Seydou Ndoye a rapidement été convaincu : « Le premier jour où j’ai utilisé Xam Marsé, j’avais 200 sacs de 40 kg de choux à vendre. Les banas-banas me proposaient 8 500 FCFA le sac, mais cette fois-là, j’ai pu négocier et j’ai tout vendu à 11 000 FCFA le sac. Ce jour là, j’ai augmenté mon revenu de 500 000 francs ! Dès que cela s’est su, d’autres producteurs de choux sont venus vers moi pour bénéficier de l’information que m’offrait Xam Marsé. »

Les informations fournies par Xam Marsé - qui n’est malheureusement pas encore disponible partout - sont désormais acceptées comme point de référence auquel toutes les parties peuvent se fier. Les relations entre producteurs et banas-banas sont ainsi beaucoup moins conflictuelles, et leurs échanges plus productifs.

Nouvelles perspectives, nouveaux marchés

Depuis, Seydou Ndoye a développé de nouvelles stratégies pour améliorer ses activités et accroître ses revenus. « Après quelques mois d’utilisation, j’ai su comment orienter ma production pour mieux profiter des opportunités du marché. J’ai alors diversifié mes cultures en faisant de la pomme de terre, de l’arachide fraîche et du haricot vert. J’ai sollicité et obtenu un prêt de 3 000 000 FCFA de notre coopérative locale, que j’ai remboursé la même année grâce à une excellente production de 40 tonnes de pommes de terre vendues à 200 FCFA le kg. La deuxième année, mes revenus ont atteint la somme de 17 500 000 FCFA. J’ai réinvesti rapidement une partie de ces revenus en passant à l’irrigation automatique grâce à l’acquisition de 5 motopompes valant chacune 700 000 FCFA. Cela m’a permis d’exploiter une nouvelle parcelle de 6 ha et de me lancer dans l’embouche bovine, et j’ai aujourd’hui 15 têtes de bétail. »

Si Seydou Ndoye est fier aujourd’hui de la réussite économique que lui a apporté Xam Marsé, il l’est tout autant des retombées sociales pour lui et sa famille. Il accueille avec plaisir les visiteurs et leur montre ses nouveaux équipements, tels que le réfrigérateur fonctionnant à l’électricité solaire et le téléviseur raccordé à une chaîne câblée. Monsieur Ndoye qui ne lit pas le français, mais connaît bien les chiffres, est surtout très fier d’annoncer que depuis deux ans tous ses enfants vont à l’école et que son fils aîné est étudiant à l’université de Dakar.

Les systèmes d’informations de marché tels que Xam Marsé sont souvent examinés uniquement sous l’angle technique et opérationnel. L’exemple de Seydou Ndoye (et de nombreux autres) est une excellente illustration des nombreux avantages économiques et sociaux des NTIC pour les agriculteurs, et de la manière dont ils peuvent contribuer - et contribuent déjà - au développement de l’agriculture en Afrique.

Daniel Annerose (daniel.annerose@manobi.net) est directeur général de Manobi. Emile Sène (emile.sene@manobi.sn ) est manager Système d’informations de marché chez Manobi au Sénégal. Pour de plus amples informations, consultez : www.manobi.sn ou www.manobi.net .



Social Bookmarking
Add to: Digg Add to: Del.icio.us Add to: StumbleUpon Add to: Slashdot Add to: Furl Add to: Yahoo Add to: Google