Issue 52: Décembre 2009

Numéro 52: Biodiversité

L’affectation des sols en images

L’affectation pastorale du sol éthiopien en cartes et images satellite


Massimiliano Rossi
Italo Rizzi

Des chercheurs conjuguent cartes, images satellite et cartographie participative pour brosser un tableau précis de l’affectation du sol dans le sud de l’Éthiopie.

Les zones de culture se sont tellement étendues au cours des dernières décennies que les aires de pâturages se sont réduites un peu partout. Les pasteurs font paître leurs troupeaux sur des aires réduites, d’où un surpâturage et une pression supplémentaire sur la terre, empêchant certains végétaux et animaux d’y survivre. Avec la disparition de ces espèces, c’est aussi une précieuse connaissance de la faune et de la flore locales qui se perd.

Pour mieux comprendre l’évolution du schéma d’affectation des sols et préserver les savoirs autochtones, des chercheurs ont eu recours à des techniques de cartographie participative. Des outils de visualisation spatiale, comme la modélisation en 3D, des cartes communautaires d’évaluation rurale, des cartes imprimées, voire même des exercices participatifs d’aménagement du territoire informatisés sur écran ont permis de brosser un tableau des ressources naturelles disponibles et de leur répartition entre les divers usagers du sol.

Ces techniques sont communément utilisées pour améliorer l’aménagement du territoire, promouvoir la communication, favoriser les débats et la recherche et élaborer des stratégies de gestion de l’environnement. Elles ont parfois aplani des litiges frontaliers entre groupes ethniques.

Bien que ces cartes communautaires n’aient souvent été que des lignes tracées dans le sable, ou des croquis sur papier, elles ont joué un rôle essentiel en donnant aux communautés l’occasion d’exprimer leurs besoins et de percevoir les équilibres délicats sur lesquels reposent leurs moyens d’existence.

Ces simples croquis des ressources d’une communauté autochtone sont devenus des interfaces cruciales entre les systèmes de savoirs locaux et le monde scientifique. Le phénomène est d’autant plus important que les relations traditionnelles avec l’environnement ont été très mal comprises et négligées ces derniers temps. Ces croquis ont par exemple permis aux chercheurs de mieux appréhender le statut et la qualité accordés par les pasteurs aux pâturages, prairies, points d’eau, types de bétail, mouvements de population et pressions sur les écosystèmes locaux.

Vu la subjectivité et l’incohérence de la représentation spatiale, surtout s’agissant de vastes étendues de terrain, ces cartes n’ont été que peu exploitées en dehors de leur village d’origine ou par des non-pasteurs. Il fallait donc trouver un moyen de traduire les symboles figurant sur un bout de papier en signes compréhensibles par tous : les communautés ont donc été associées à l’interprétation d’images satellite en haute résolution.

Reconnaissance

L’Association internationale des volontaires laïcs (LVIA) a inauguré cette méthode dans les woredas (districts) de Moyale et Miyo, dans le sud de l’Éthiopie, au début du mois d’avril 2009. Elle s’est inspirée de l’idée des cartes communautaires, mais a remplacé les bouts de papier par des cartes géo-référencées et des images télé-détectées.

La LVIA a identifié quatre woredas, réparties sur plus de 2300 km², et s’est servie de cartes à l’échelle 1:25000ème pour mener une série d’activités participatives auprès d’une quinzaine de groupes pastoraux. Les membres de ces communautés ont été priés d’identifier divers éléments sur des cartes combinées à des images satellite en haute résolution.

L’équipe s’est aperçu que quelques minutes d’explication suffisaient aux pasteurs pour interpréter de manière précise et cohérente les éléments figurant sur les cartes et images satellite. Les femmes ont affiché un grand sens de la localisation des parcelles cultivées et des enclos privés. Les hommes étaient plus fiables pour définir les découpages administratifs, et les jeunes pisteurs pour reconnaître rapidement les parcours suivis.

En recoupant les apports des différents groupes, l’équipe a recueilli des informations complètes et précises sur l’infrastructure, l’emplacement des zones sèches et humides de pâturage, les parcours, les points d’eau, les découpages administratifs ainsi que des informations détaillées sur le partage des ressources naturelles dans de multiples unités territoriales.

Toutes les données recueillies ont été saisies manuellement dans un SIG (système d’information géographique). L’équipe a ensuite réalisé diverses cartes et affiches qu’elle a présentées aux communautés afin de vérifier l’exactitude des informations.

La zone étudiée conserve une faune et une flore très diversifiée, raison pour laquelle le gouvernement lui a accordé le statut de zone protégée, qui pourrait prochainement se muer en réserve. Bien que l’objet principal de cette recherche ait été de préserver le savoir autochtone et le mode de vie des pasteurs, ses résultats permettront de mieux appréhender les besoins de tous les usagers de la terre et de préserver une importante biodiversité.

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Massimiliano Rossi et Italo Rizzi sont respectivement directeur et coordinateur du projet à l’Association internationale des volontaires laïcs (www.lvia.it)

Amélioration des moyens d’existence dans le triangle de Mandera
Le programme ELMT aide les populations des zones arides et semi-arides du sud de l’Éthiopie à ne plus dépendre de l’aide d’urgence mais à assurer leur développement économique sur le long terme.
www.elmt-relpa.org



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