L’espace au service de l’agriculture au Soudan de l'est
Jon Howcroft
Jon Howcroft nous parle de l’utilisation de technologies agricoles basées sur le GPS et les SIG dans la ferme soudanaise d’Agadi.
Le premier tracteur du continent à autoguidage a été livré par Golder Associates Africa à la ferme d’Agadi, une exploitation non irriguée de 80 000 ha située dans la province du Nil bleu, à l’Est du Soudan. Ce tracteur est équipé d’un système de guidage par satellite GPS qui contrôle la course du tracteur et lui fait suivre un parcours prédéfini avec une précision de 10 cm. Cette saison, le système d’autoguidage a déjà permis de réduire le temps de plantation de 60% par rapport aux deux saisons précédentes.
Ces quatre dernières saisons, Golder a travaillé en étroite collaboration avec l’ASBNACO, la société soudanaise qui gère la ferme, ainsi qu’avec l’Arab Authority for Agricultural Investment and Development qui a financé les tests du système d’autoguidage et qui continue d’apporter une aide technique.
Portée et applications
Le projet d’Agadi est coordonné par la PFU (Precision Farming Unit) ; son objectif est la mise en place - grâce aux technologies agricoles faisant appel au GPS et au SIG - de modes d’exploitation propres à chaque site dans le secteur de l’agriculture commerciale mécanisée soudanaise.
La PFU a créé un département de localisation des fermes par GPS qui établit des fonds de plan précis pouvant ensuite être utilisés par les SIG. Elle s’est également lancée dans un contrôle spatial des rendements grâce aux systèmes de contrôle GPS installés à bord des moissonneusesbatt euses. Ces systèmes enregistrent les variations de rendement d’un champ et établissent des cartes pour chaque parcelle moissonnée. Ces cartes sont réalisées chaque année pour recenser les zones à faible ou à forte productivité. Elles peuvent également être traitées et exploitées pour déterminer l’application des engrais, des semences et des produits agro-chimiques. La PFU est également parvenue à introduire l’ATF (agriculture à trafic contrôlé) en se servant de tracteurs autoguidés par GPS. L’ATF limite le trafic à certains « axes » délibérément choisis de sorte que les opérations s’effectuent de manière séquentielle en reprenant les mêmes tracés de pneus, ce qui réduit le compactage et l’érosion du sol et améliore l’efficacité en éliminant les chevauchements de rangées pendant l’ensemencement ou la pulvérisation.
La PFU développe actuellement un système de gestion et d’information agricoles s’appuyant sur un SIG. Elle voudrait aussi introduire la photographie infrarouge et l’application à taux variable, deux technologies intéressantes pour le rendement et l’environnement. La photographie infrarouge servirait à repérer les zones envahies par les mauvaises herbes, par les ravageurs de culture ou en déficit hydrique afin de cibler les applications chimiques et ainsi réduire les pertes encourues lors des pulvérisations généralisées. Grâce aux applications à taux variables, les engrais, les produits chimiques et les semences seront dosés en fonction des taux de rendement des saisons précédentes et des analyses chimiques du sol.
Accroître la productivité
D’autres technologies comme la conservation et la culture sans préparation du sol ont également été introduites pour accroître la productivité. Le semis direct, c.-àd. l’ensemencement sans labourage, hersage ni utilisation d’herbicides, s’avère idéal pour le sol d’Agadi et ses problèmes de mauvaises herbes. Les sols de l’exploitation sont très argileux. Glissants et pratiquement impossibles à travailler lorsqu’ils sont mouillés, durs et craquelés une fois séchés, ils requièrent des compétences particulières pour être rentabilisés. En recourant au système de culture sans préparation du sol pour l’ensemencement et l’épandage des engrais, la perturbation des sols est minimisée, la puissance et la consommation de carburant du tracteur ont pu être considérablement réduites, de même que la densité de mauvaises herbes. Ces trois raisons font que la culture sans préparation du sol s’est traduite par des rendements nettement plus élevés que ceux de la culture traditionnelle. Golder vient de lancer un projet d’appui agricole en vue d’introduire ces nouvelles technologies dans d’autres exploitations de la région.
Défis
Le recours aux technologies innovantes de l’agriculture de précision sur l’exploitation d’Agadi aura permis d’accroître l’efficacité des techniques agricoles. La durée de plantation a été réduite de 60%, la couverture végétale s’est améliorée de 3,5% et les frais de pulvérisation des herbicides ont été considérablement abaissés. L’agriculture de précision à Agadi n’en reste pas moins confrontée à de nombreux défis. Il faut apporter un soin particulier à l’entretien et à l’utilisation fiable d’équipements hautement spécialisés alors que les conditions sont rudes dans cette région reculée. Il faut aussi former les techniciens locaux à la manipulation des équipements GPS et au fonctionnement du logiciel SIG et voir de quelle manière les techniques d’agriculture de précision peuvent s’intégrer, voire se substituer, aux techniques agricoles traditionnelles.
Une vaste extension de ce projet est prévue. Mais il faudra que l’agriculture de précision entre davantage dans les moeurs avant d’étudier tout son potentiel dans d’autres projets régionaux de grande envergure. Pour l’heure, il est évident que l’agriculture de précision continuera de jouer un rôle essentiel dans la mise en place d’un système intégré de gestion à la ferme d’Agadi, d’autant qu’elle est soutenue par une génération qui a eu accès aux subventions.
Jon Howcroft ( jhowcroft@golder.co.za ) dirige à Durban l’unité développement rural et agroindustriel de Golder Associates Africa (Pty) Ltd. Pour plus d’information à propos du projet Agadi, voyez http://www.golder.com ou http://www.aaaid.org.

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