Notes de cours numériques
Des profs utilisent les TIC pour créer du matériel didactique « made in Zambia »
Priscilla Jere
Theresa Stanton
Le réseau zambien Educational Support aide les professeurs à utiliser les TIC pour retranscrire leurs cours en format numérique, au profit des autres écoles du pays.
Partout en Afrique, les manuels culturellement pertinents sont rares. La Zambie, par exemple, doit importer ses manuels scolaires faute d’éditeur local spécialisé. Ce coût dépasse le budget limité de la plupart des établissements subventionnés. Et le petit nombre d’écoles privées qui peuvent se permettre la dépense sont confrontées à un autre problème : le manque d’exemples pertinents et de références qui parlent aux étudiants zambiens et qui éveillent leur intérêt. Le problème est moindre dans des matières relativement génériques comme les mathématiques, la biologie et la chimie. Mais l’histoire, la géographie et les études politiques devraient être plus proches du contexte local, national ou régional pour être accessibles aux étudiants.
Pour remédier à ce problème d’inadéquation ou d’absence de matériel pédagogique, nombre de professeurs choisissent de rédiger leurs propres notes de cours. Des notes souvent manuscrites, la plupart de ces enseignants n’ayant pas les moyens de se payer un ordinateur privé. Même dans les écolées équipées d’un laboratoire TIC, beaucoup de professeurs plus âgés, qui ont été formés avant que les IUFM n’aient accès à ces nouvelles technologies, ne savent pas – ou ne veulent pas – utiliser un ordinateur.
Les professeurs bâtissent donc leur cours autour de leurs propres notes, mais comme celles-ci sont manuscrites et personnelles, elles ne servent généralement qu’une fois. « Les notes et les manuels ne sont pas actualisés », explique Namakonde, professeur à la Roma Girls School, dans la province de Lusaka, « et cela rejaillit sur la performance des élèves. » Ces notes sont pourtant riches d’informations utiles, notamment de références culturelles et de références à la situation locale.
Adaptation
Consciente de l’inexploitation de cette richesse pédagogique nationale, une organisation à but non lucratif, One World Africa-Zambia, a créé le réseau Educational Support Network (ESNet) afin de développer du matériel pédagogique « made in Zambia ». La phase pilote du projet a démarré en 2006 dans huit écoles secondaires de quatre provinces du pays (Copperbelt, Lusaka et les provinces centrale et méridionale).
Tous les établissements choisis se situaient en dehors de la capitale, Lusaka, avaient un fournisseur d’accès dans la région et disposaient des infrastructures et de l’espace nécessaires pour entreprendre cette activité supplémentaire. Dans certains cas, ESNet a en effet dû installer les ordinateurs dans la salle des profs plutôt que dans les classes de laboratoire pour qu’ils puissent travailler tranquillement.
Au départ, ESNet a formé 45 professeurs des huit écoles à la saisie et à la transcription de leurs notes manuscrites sur ordinateur. « Nous avons sélectionné quatre matières : l’histoire, la géographie, l’instruction civique et la littérature anglaise, » explique Priscilla Jere, directrice de One World Africa-Zambia, « pour qu’ils puissent utiliser les notes qu’ils avaient déjà. »
Les documents typographiés ont ensuite été envoyés par courriel à un centre de révision où quatre enseignants volontaires (spécialisés dans les quatre matières retenues) ont standardisé les textes. ESNet leur avait dispensé une formation poussée aux TIC afin qu’ils sachent formater le texte en fonction d’un modèle et y ajouter des graphiques, des images et des informations supplémentaires tirées d’Internet. L’amélioration d’un jeu de notes demande entre six et huit heures de travail.
Les notes éditées sont ensuite révisées par des pairs, c.-à-d. d’autres membres du centre de révision, puis soumises pour approbation finale à une équipe de contrôle qualité spécialement créée à cet effet et composée de fonctionnaires du Centre national d’élaboration des cours, d’un vérificateur des normes du Centre national de développement éducatif, de directeurs d’école et de collaborateurs d’une maison d’édition. Une fois approuvées, les notes sont copiées sur cédérom et renvoyées aux écoles participantes, mais aussi publiées sur le site web d’ESNet.
Motivation
Pour ESNet, le principal enjeu était d’assurer un flux constant de notes numériques entre les enseignants et le centre de révision. Au départ, One World Africa-Zambia avait espéré traiter 117 notes par trimestre, mais s’est vite rendu compte qu’elle avait mis la barre trop haut. Les enseignants zambiens ont des contraintes horaires et une importante charge de travail, surtout en période d’examens. Ils n’ont tout simplement pas le temps de retranscrire leurs notes pendant les heures de cours. L’équipe du projet a donc ramené son objectif à 48 notes par trimestre. Suite à diverses rencontres avec les professeurs des écoles participantes, elle a aussi mis en place de nouvelles procédures pour améliorer l’efficacité du processus.
Les professeurs doivent souvent retranscrire leurs notes après le travail parce que les ordinateurs sont constamment occupés durant les heures de cours. Il a donc fallu persuader les directeurs d’établissement de réserver un ordinateur pour ces professeurs et de leur laisser du temps durant les heures scolaires pour retranscrire leurs notes.
Le maintien de la connexion Internet a également posé problème. Plusieurs écoles ont perdu leur connexion parce qu’elles ne parvenaient plus à payer la facture. Certaines ont essayé de dégager des recettes supplémentaires en créant un cybercafé dans leurs locaux. Cette solution n’a toutefois pas tenu parce que ni les professeurs ni les étudiants n’avaient les connaissances nécessaires pour assurer l’entretien. D’autres écoles ont négocié une hausse des frais scolaires avec l’association des parents dans l’espoir qu’une augmentation de 2 dollars par élève et par mois suffise à couvrir les frais de connexion et de maintenance.
Coopération
ESNet a élaboré un processus par lequel les enseignants sont formés pour numériser, améliorer, regrouper et partager des notes de cours jusqu’alors informelles. « Notre école a nettement amélioré son niveau de performance, » explique Namakonde. « Nos élèves ont désormais accès à des informations actualisées. »
Il ressort d’une évaluation du projet que 89% des professeurs estiment avoir acquis de nouvelles compétences grâce à cette initiative. « Je crée mes propres notes de cours et je les fais réviser » dit l’un deux. « Je dispose aujourd’hui de notes détaillées que je peux utiliser et partager avec des collègues qui ne participent pas au projet. »
La prochaine étape consistera à créer un réseau électronique autonome d’enseignants. Ceux qui participent déjà au projet confrontent leurs idées via la plate-forme Dgroups. Le problème permanent de connexion rencontré par les huit établissements continue toutefois d’empêcher tout dialogue pérenne via Internet. En ce qui concerne la distribution des documents, ce problème a été résolu en copiant le contenu sur des cédéroms qui sont envoyés aux écoles.
L’accroissement du parc d’ordinateurs dans les écoles participantes figure aussi parmi les priorités. Avec le soutien d’ESNet, trois d’entre elles ont déjà réussi à acheter du matériel remis à neuf. L’équipe du projet cherche à présent à renforcer le parc informatique des cinq autres établissements. À long terme, cette initiative permettra de constituer une réserve de matériel didactique de grande qualité, culturellement pertinent et aisément accessible, que les autres professeurs du secondaire pourront facilement utiliser dans leur classe.
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Priscilla Jere, est directrice de One World Africa-Zambia, et Theresa Stanton est chargée de mission nationale pour l’ International Institute for Communication and Development.
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Related Links
Notes des enseignants ESNet
http://esnet.oneworld.net/esnet/sections
One World Africa-Zambia
http://africa.oneworld.net
Dgroups
www.dgroups.org
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