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Peter Ballantyne
Les applications web 2.0 se multiplient et révolutionnent l’accès et le partage de l’information. Le cas d’Euforic montre comment s’en servir pour développer à peu de frais le contenu d’un site.
Internet commençait à peine à se généraliser vers le milieu des années ’90 qu’on en percevait déjà tout le potentiel. Partout en Europe, des organisations de développement engagées dans le débat politique et présentes dans les pays ACP généraient une multitude d’informations qui restaient dispersées et difficilement accessibles. Quelques-unes d’entre elles – des ONG, des instituts d’enseignement, des réseaux et des organismes publics – ont donc décidé de constituer une coopérative, Euforic (Europe’s Forum on International Cooperation), dont les membres regrouperaient et indexeraient leurs informations en un point d’accès unique : le site web Euforic.
Avec l’essor rapide de l’Internet, les gestionnaires de l’information et de la communication se sont rapidement heurtés à plusieurs défis majeurs. L’explosion de l’information, tout d’abord : jamais on n’avait connu une telle profusion d’informations autour d’autant de thèmes de développement. L’anarchie de l’Internet, ensuite : publier étant à la portée de tous, les sources d’information se sont multipliées et les informations éparpillées sur des milliers de sites « institutionnels », rendant leur indexation cauchemardesque. Nonobstant la sophistication des outils de recherche, trouver des informations pertinentes par rapport à une question ou à un thème de développement revenait à ratisser large ou à manquer sa cible.
Ces dix dernières années, Euforic s’est attaché à relever ces défis et bien d’autres. Les applications web 2.0 participatives offrent désormais de nouvelles possibilités dont Euforic profite pour améliorer ses services et rationnaliser son organisation.
Euforic 1.0
Les premières années, l’équipe d’Euforic a rassemblé et indexé du contenu, et aidé les organisations membres à s’implanter sur la toile. Les rédacteurs se sont mis en quête de sources web pertinentes dont ils ont consigné les adresses dans la base de données « bibliothèque » d’Euforic, aux côtés de versions numérisées des documents susceptibles d’être mis en ligne.
La bibliothèque en ligne s’est rapidement doublée d’une base de données des contacts, appelée OneSite, dont les pages web étaient générées pour créer un répertoire en ligne des organisations. Des éléments de contenu (également appelés fils) de ces deux bases de données ont souvent été utilisés par d’autres projets, comme le guide institutionnel du site Internet de Coopération au développement de l’Europe à l’horizon 2010, par exemple.
Jusque 2005, les services web d’Euforic se composaient de quelques pages web créées et éditées manuellement et de nombreuses pages générées automatiquement (listes de ressources issues de la base de données bibliothèque et listes d’organisations extraites de la base de données des contacts). Ces bases de données devaient servir de ressources collectives à des membres d’Euforic censés en générer le contenu. L’expérience nous a toutefois appris que les gens actualisaient leurs propres sites web et bases de données, mais « oubliaient » d’indexer le contenu des bases de données partagées, alors que cela ne posait aucun problème technique ; c’est donc l’équipe d’Euforic qui a dû s’en charger.
Fin 2005, nous avons changé de modèle. Après les avoir testés, nous avons décidé d’adopter un ensemble d’outils web 2.0 et de revoir les modalités de gestion et de mise en œuvre du site et de nos services.
Euforic 2.0
Avec les outils web 2.0, notamment les blogues, les fils RSS, les wikis et les « marque-pages sociaux », nous avons de plus en plus de contenu généré et personnalisé par les utilisateurs. Particuliers comme organisations peuvent désormais créer leur « mashup » (application composite) personnelle en rassemblant, remixant et personnalisant différents flux de contenu texte, vidéo ou audio.
Euforic a constitué une boîte à outils web 2.0 pour gérer le contenu, consulter les membres et les partenaires et communiquer avec les membres de l’équipe. Nous utilisons diverses applications pour refaire et étendre ce qui nous faisions déjà, mais à une échelle inimaginable auparavant.
En termes de gestion du contenu, notre objectif est d’attirer l’attention des utilisateurs sur les nouveaux contenus et ressources intéressants et de les renvoyer à des sources d’informations complémentaires fiables. Nous ne cherchons pas à « capter » le visiteur, mais au contraire à attirer son attention sur les ressources pertinentes de nos membres et d’autres acteurs pour qu’il s’y rende rapidement.
Chaque page du site Euforic est constituée de plusieurs fils RSS. Lorsque ces fils existent déjà – chez nos membres ou ailleurs – nous les publions en indiquant dûment la source. Lorsqu’ils ne sont pas disponibles ou pertinents, nous créons nos propres fils (et incitons les créateurs de contenu à en faire de même). Notre principal outil de traçage et d’indexation du contenu est del.icio.us – un outil de mutualisation des favoris permettant à de nombreuses personnes d’indexer collectivement les ressources de la toile via des marque-pages sociaux et des entrées d’index. Nous publions systématiquement les fils de nos comptes del.icio.us dans tous les sites que nous soutenons. Non content d’être gratuit et facile à utiliser, del.icio.us permet également de combiner plusieurs fils et de partager les contenus avec d’autres utilisateurs de del.icio.us.
Parmi les autres fonctionnalités, citons un calendrier des événements, que nous concoctons et partageons à l’aide des calendriers Google et de recherches Google personnalisées dans le site Euforic et les sites de nos membres.
Nous faisons également appel à des blogues hébergés par Blogger pour produire du contenu original relatant nos activités et celles de nos membres. Ces blogues ne sont ni des agendas personnels ni des sites web, mais des « dépêches ». En muant chaque information en entrée d’un blogue, nous pouvons publier régulièrement du contenu. L’avantage des blogues, c’est qu’ils acceptent les fils RSS – et nous pensons que les éléments mis en ligne sont parfaitement indexés par des moteurs de recherche comme Google.
Euforic se sert également des blogues et d’autres outils en complément des réunions traditionnelles dans le cadre de divers projets spéciaux. Des blogues ont ainsi été créés pour diverses circonstances : pour la réunion annuelle 2007 d’Euforic, pour une série de briefings sur le développement à Bruxelles, ou encore pour accompagner les consultations relatives à la stratégie conjointe UE-Afrique. À chaque fois, nous avons mis en ligne des photos (Flickr), des exposés (SlideShare) et des interviews vidéo (Blip.tv) de ces rencontres. Tout ce contenu est repris sur les blogues, aux côtés d’autres fils d’actualité.
Arrière-guichet
Nous utilisons aussi des applications web 2.0 pour gérer « l’arrière-guichet » d’Euforic. Nous nous servons du calendrier Google pour partager et suivre l’évolution des tâches, visualiser les rendez-vous et les déplacements prévus, de Gmail pour accéder à nos courriels, et d’iGoogle et de Bloglines pour pister les contenus et les fils d’actualité entrants. Notre page intranet est un wiki (site communautaire). Pour chaque projet et chaque formation, nous créons en principe un wiki qui nous permet de rédiger et d’éditer collectivement des textes et d’accéder aux exercices de formation. Nous utilisons Google Analytics pour profiler l’usage de nos sites et de Feedburner pour gérer et profiler l’usage des fils RSS que nous créons et pour proposer des alertes courriel.
Tous ces outils nous ont permis de réduire la taille réelle de nos locaux tout en augmentant les capacités virtuelles de notre petite équipe. Nous avons réduit nos frais postaux, rationnalisé certaines de nos activités et amélioré l’efficacité de nos actions. Mais surtout, chose essentielle pour une petite organisation comme la nôtre, nous y sommes parvenus à peu de frais et sans devoir faire appel à des techniciens ou à des spécialistes.
À l’image de ce que nous faisions voici 10 ans, lorsque nous aidions nos membres à s’implanter sur la toile, nous organisons des événements de sensibilisation et de formation pour expliquer et montrer comment fonctionnent les outils web 2.0. Nous nous impliquons aussi dans les projets de membres qui souhaitent introduire ces outils dans des initiatives d’apprentissage et de mutualisation des connaissances. Les applications web 2.0 font de plus en plus partie du paysage des gens avec qui nous travaillons.
Euforic : au pays du bonheur ?
Le point de départ de notre web 2.0 aura été de rassembler divers outils afin de mieux nous acquitter de certaines tâches. La rationalisation de la gestion du contenu, par exemple, pour faciliter le pistage, la publication et l’accès à l’information en provenance de diverses sources. Une circulation plus fluide et interdisciplinaire des flux d’information développementale entre organisations ensuite. Nous n’avons pas tout de suite essayé d’améliorer la dimension participative de notre action, mais de nous servir du caractère participatif des outils web 2.0 pour mieux nous acquitter d’autres tâches.
Un des principaux changements de mentalité induits par le web 2.0 est que la solution ne passe plus forcément par une seule application. Le concept repose sur les possibilités collectivement offertes par un arsenal d’outils non corrélés, quoique interopérables. À l’élaboration d’un seul système de gestion de contenu doté de 10 fonctions, le web 2.0 préfère une démarche de « mélange à la carte » qui regroupe les 10 meilleures applications en un système qui gère le contenu et bien plus encore. En d’autres termes, les items, informations ou applications disposent tous de plusieurs points d’accès et parcours de diffusion. Pierre les visualisera par courriel, Paul via un fil RSS ou sur le web et Jacques sous forme imprimée ou dans un message texte. Cela pose évidemment des problèmes de maintenance, en termes de diversité d’outils, de détails de connexion et d’interfaces. Finie la porte d’accès unique ; finie la connexion au système d’un seul clic. Cette démarche nous oblige à repenser constamment « l’architecture » du service, y compris le câblage, la tuyauterie et les évacuations ! C’est compliqué, parfois frustrant, mais cela ouvre la voie à toutes sortes d’expérimentations et d’explorations, voire d’innovations.
Boîte à outils 2.0 d’Euforic
- Marque-pages sociaux, del.icio.us
- Créer son propre blogue, Blogger
- Partager des photos, Flickr
- Partager des diaporamas, SlideShare
- Partager des vidéos, Blip.tv
- S’abonner et gérer des fils d’actualité, des weblogs et de l’audio, Bloglines
- Personnaliser sa page d’accueil Google
- Gérer les fils RSS, FeedBurner
- Créer un wiki, PBwiki
- Gmail
- Organiser son calendrier d’événements, Google Calendar
- Localiser les visiteurs de son site, ClustrMaps
- Créer un blog, WordPress
- Suivre les visiteurs de son site web , StatCounter
- Personnaliser son moteur de recherche, Google Custom Search
- Profiler les visiteurs et l’usage qu’ils font de votre site, Google Analytics
Le web 2.0 pose un autre problème : la plupart des recours aux services d’Euforic se font en dehors de notre site web et peuvent donc être invisibles. Les statistiques web montrent que le nombre de « hits » vers notre site principal diminue alors que le nombre de visites croît rapidement. Nous pensons que c’est lié au fait que les visiteurs cliquent sur des fils d’actualité qui les entraînent en dehors de notre site. Les statistiques d’utilisation de nos fils montrent qu’en gros, 10% de nos visiteurs débarquent chez nous via des fils d’actualité, essentiellement grâce aux courriels d’alerte, et qu’ils en ressortent via d’autres fils. Peut-être qu’à long terme, le web 2.0 nous obligera à rechercher d’autres paramètres pour nos services. Sans doutes devrons-nous revoir le « look and feel » et la capacité « d’accroche » de nos pages dans la mesure où les utilisateurs, via les fils, accèdent directement à du contenu de niveau inférieur sans passer par la page d’accueil.
Les praticiens du développement et les spécialistes de l’information ne maîtrisent pas encore les rouages de l’utilisation et de l’exploitation des services web 2.0. Certains aimeraient que les gens continent de visiter leurs sites web et assimilent l’usage de leur contenu par d’autres services à une menace. Certains ne voient dans les blogues que les épanchements vaniteux de plumitifs. Plus d’un blogue ne brille en effet pas par sa qualité, mais l’outil ouvre bien des horizons. D’autres, inquiets du surcroît d’information provoqué par le web 2.0, craignent de se retrouver noyés sous les informations, eux qui oublient déjà de se servir des outils de base pour la gestion et l’organisation de leurs courriels, par exemple.
Tout bien considéré, nous estimons que le recours aux outils web 2.0 pour un service de développement comme Euforic offre plus d’avantages que d’inconvénients. Ces outils, qui ne sont finalement que des applications techniques, nous obligent cependant à nous mettre dans un état d’esprit qui valorise le contenu et les efforts d’autrui, favorise la collaboration et ouvre l’accès au savoir. Trois principes au cœur même d’une véritable coopération au développement. Qui sait, peut-être le web 2.0 sera-t-il le parfait complément du « développement 2.0 »!
Peter Ballantyne est directeur d’Euforic.
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Liens connexes:
Coopération au développement de l’Europe à l’horizon 2010
Réunion annuelle 2007 d’Euforic
Briefings sur le développement à Bruxelles
Blogue des relations UE–Afrique
Resources
Ballantyne, P.G. (1997) Europe’s Forum on International Cooperation (EUFORIC): A cooperative approach to web-based information resources. New Review of Information Networking (3) 203-212.

