Une agriculture écolo et efficace

Des SIG au service de la protection des espèces sauvages apparentées

Andy Jarvis

Notre chaîne alimentaire reposant sur les traits contenus dans les espèces sauvages apparentées, des chercheurs utilisent des SIG pour protéger ce précieux patrimoine génétique.

À l’instar de l’homme qui descend des chimpanzés, toutes les plantes domestiques qui se cultivent actuellement dans les fermes du monde entier ont évolué à partir d’espèces sauvages. Or peu de monde s’intéresse à ces espèces sauvages apparentées, alors que la sécurité alimentaire mondiale en dépend.

L’arachide, par exemple, a été domestiquée voici près de 3 000 ans par des groupes indigènes qui vivaient dans une zone à cheval sur le Paraguay, l’Argentine et la Bolivie. Cette nouvelle variété est née du croisement fortuit entre trois espèces sauvages qui ont chacune apporté des traits propices à la culture et à la consommation humaine. Toutes les variétés cultivées de par le monde sont apparues de la même manière.

Base de notre système agricole, les espèces sauvages apparentées gardent toute leur importance. Elles poussent sur les terrains et dans les écosystèmes naturels qui nous entourent, souvent incognito, du moins jusqu’il y a peu : pour diverses raisons, elles connaissent un regain d’intérêt, une sorte de « renaissance ».

Les obtenteurs de variétés emploient les semences de spécimens récoltés dans la nature pour les croiser avec d’autres variétés domestiques afin de bénéficier de nouvelles caractéristiques telles qu’une meilleure résistance aux nuisibles, aux maladies ou aux conditions climatiques extrêmes. Il faut, hélas, reconnaître que de nombreuses espèces n’ont pas encore été inventoriées, ou sont en voie d’extinction suite à la disparition de leur habitat naturel. Un effort concerté s’impose donc pour éviter de perdre ces traits vitaux pour l’amélioration qualitative et quantitative de nos récoltes.

Efficacité

Au Centre international d’agriculture tropicale (CIAT), nous utilisons des systèmes d’information géographique (SIG) pour prédire l’emplacement d’espèces importantes. Munis de ces données, les collecteurs peuvent ensuite utiliser des systèmes mondiaux de localisation (GPS) pour localiser les espèces vulnérables et prélever leurs semences . Ces analyses nous ont permis de faire mieux connaître les espèces sauvages apparentées et de susciter un plus grand intérêt pour leur conservation.

L’arachide domestique, par exemple, est apparentée à 69 espèces sauvages, dont 17 sont pratiquement menacées d’extinction suite à l’expansion de l’agriculture au Brésil, au Paraguay, en Argentine et en Bolivie. Il ressort de nos analyses qu’une quinzaine d’autres espèces pourraient s’éteindre suite au changement climatique.

Ces chiffres alarmants ont provoqué une prise de conscience qui a donné naissance à plusieurs initiatives nationales et internationales. L’impérieuse nécessité de conserver les espèces a conduit au lancement de divers projets visant à recueillir les semences d’espèces menacées et à inclure ces espèces dans les plans de sauvegarde de l’environnement des parcs nationaux et d’autres zones protégées. Global Crop Diversity Trust, par exemple, vient tout juste d’annoncer la création d’un prix qui incitera financièrement des groupes de visiteurs à se rendre dans les zones où des espèces sauvages apparentées sont particulièrement menacées pour prélever des semences qui seront stockées dans des banques de gènes.

Les espèces sauvages apparentées montrent combien il importe de sauvegarder la biodiversité, car elle contient les traits uniques à la base de toute notre chaîne alimentaire. Nos analyses montrent que d’autres espèces animales ou végétales sont tout aussi menacées. Les écosystèmes naturels disparaissent rapidement et, avec eux, d’importantes espèces sauvages.

Parmi ces espèces figurent les pollinisateurs qui participent à l’agriculture en fécondant les végétaux et en augmentant nos récoltes, les ennemis naturels des nuisibles et autres maladies agricoles qui diminuent les rendements, sans oublier les fruits et les baies sauvages qui nourrissent les populations en temps de disette. Or, nous sommes en train de perdre un grand nombre d’espèces importantes à un rythme soutenu.

Le CIAT s’est servi de SIG pour voir en quoi le changement climatique pourrait accélérer l’extinction de ces espèces. Les résultats sont inquiétants : ils prédisent qu’au cours des 40 prochaines années, il pourrait à lui seul nous faire perdre 20% de l’ensemble des espèces, 1 sur 5. Songez à cinq animaux qui vous sont familiers et imaginez qu’un deux disparaisse totalement de la surface de la planète. Autrement dit, que ni vos enfants ni vos petits-enfants n’en verront jamais de vivant.

Que faire pour empêcher cela ? Le CIAT s’emploie à développer une agriculture écologique et efficace, c.-à-d. une agriculture productive, garante de l’alimentation et de la sécurité nutritionnelle de tous y compris des populations les plus pauvres de la planète, mais qui utilise les intrants de manière efficace (moins d’engrais, de pesticides) et préserve durablement l’environnement.

Nous avons besoin d’un système agricole productif pour garantir une alimentation et une nutrition suffisantes et nous devons conserver les espèces sauvages dont dépend le maintien de la productivité.. Ce n’est pas évident, mais nous devons apprendre à valoriser la biodiversité. Ce faisant, nos cultures domestiques pourront disposer des ressources nécessaires pour s’adapter et survivre, quelques que soient les évolutions environnementales futures.

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Andy Jarvis est directeur du programme, Analyse politique et décision au Centre international d’agriculture tropicale ( www.ciat.cgiar.org)

Ressources corrélées

Analyse d’écart de la biodiversité agricole
Le projet Gap Analysis cherche à développer un système qui permettrait de collecter des informations sur la diversité des espèces afin de déterminer les zones du monde, traits et taxons encore sous-représentés dans les collections visées par la banque de gènes du CGIAR.
http://gisweb.ciat.cgiar.org/gapanalysis/

26 novembre 2009

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