Vu du ciel
VHRI gives West African farmers data on soil fertility and land size
Pierre Sibiry Traoré
Les images satellite en très haute résolution du projet Seeing is Believing révèlent aux paysans d’Afrique de l’Ouest la fertilité du sol et la surface exacte de leurs parcelles.
Les petits paysans d’Afrique de l’Ouest et de nombreuses autres régions tropicales se sont, depuis des générations, spécialisés dans l’agriculture de précision. Le fait de travailler sur de petites parcelles, dans des environnements variables et imprévisibles, les a toujours obligés à compter sur un large éventail d’outils, de connaissances et d’informations pour maintenir leur qualité de vie. Ils n’ont toutefois qu’une vision limitée de leur horizon, et se réjouissent de tout moyen qui leur est offert d’envisager leur activité sous un autre angle.
En juin 2009, le projet SIBWA (Seeing is Believing-West Africa) a amorcé une collaboration avec six communautés paysannes de la région – trois au Mali et trois au Ghana, au Burkina Faso et au Niger. Sous la houlette des scientifiques de l’ICRISAT (International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics), l’équipe du SIBWA a fourni aux paysans des images en très haute résolution (ITHR) de leurs parcelles. Les ITHR sont prises par des capteurs montés sur satellite, avec un grand niveau de détail. Google Earth, par exemple, utilise des ITHR.
Dès qu’il reçoit une ITHR, l’ICRISAT la traite par ordinateur pour l’améliorer, y ajouter des couches d’information et analyser les données intéressantes pour les agriculteurs – estimations des variations de la fertilité du sol, de la surface et de la forme des parcelles. En collaboration avec les ONG locales et les agents de vulgarisation, l’équipe du SIBWA rencontre ensuite les paysans afin de valider ces informations.
L’ICRISAT affine son analyse des images à partir de ce feed-back et constitue une base de données à partir de laquelle il dresse une carte précise de chaque exploitation. Les partenaires du SIBWA traduisent ces informations en langue local et rapportent les cartes détaillées aux paysans qui peuvent s’en servir pour planifier et gérer les cultures de la saison suivante.
Indicateurs
Bien qu’un satellite ne puisse directement mesurer la qualité d’un sol, il peut voir comment celui-ci réfléchit la lumière ; sa couleur, en d’autres termes. Pour se faire une idée plus précise de la fertilité du sol, les scientifiques doivent analyser les images lorsque les cultures sont au faîte de leur croissance. L’état des plants arrivés à maturité est un bon indicateur de la qualité du sol.
Contrairement aux techniques d’analyse et d’échantillonnage, une image ne permet donc pas de mesurer précisément la fertilité du sol ; mais à la différence de prélèvements épars, une ITHR donne une vision plus exacte de la fertilité relative d’un paysage. Bien qu’une ITHR coûte entre 1000 et 1500 dollars, ce moyen d’analyse revient souvent moins cher qu’une visite sur chaque parcelle pour prélever une série complète d’échantillons et les envoyer en laboratoire.
Grâce à cette vue d’ensemble de la qualité du sol, les paysans peuvent organiser la répartition des engrais et déterminer la nature des semis sur leurs parcelles. Beaucoup d’entre eux ignorent la taille exacte de leurs terres, mais l’équipe du SIBWA les a aidés à déterminer la surface de chaque parcelle pour ensuite calculer les volumes précis de semences, de pesticides et d’engrais à acheter.
Connaître la surface et la forme des parcelles permet aussi aux communautés rurales de planifier les aménagements et les investissements et de voir si la parcelle se prête à une agriculture mécanisée, par exemple. Les parcelles petites et fragmentées ou les champs de forme irrégulière sont difficiles à exploiter avec un tracteur, ou même avec des bêtes de trait. Il faut une taille minimum pour rentabiliser l’usage d’un tracteur ; il suffit donc de vérifier si c’est le cas, à partir de l’image satellite, avant même que la communauté n’acquière de nouveaux équipements.
Les ITHR ont également le mérite de montrer la direction des sillons sur les champs et les parcelles que les paysans cultivent en suivant les courbes de niveau. Les paysans utilisent cette méthode pour favoriser l’infiltration de l’eau et réduire l’érosion du sol. Grâce aux images satellite, ils ont pu voir s’ils suivaient précisément et effectivement les courbes de niveau. Le SIBWA a travaillé avec les ONG locales et les services de vulgarisation de chaque communauté pour aider les paysans à utiliser les données disponibles.
Six mois à peine après l’entame du projet, il serait prématuré de dresser le bilan, mais l’équipe s’attend à ce que les paysans tiennent compte des données pour les prochains semis. L’équipe du SIBWA attend avec impatience le jour où l’utilisation des informations livrées par les ITHR sera devenue banale. Ce sera peut-être dans cinq ou dix ans, mais les images, les données et les techniques d’analyse sont déjà bien développées et les effets sont manifestement appréciables pour les petits exploitants. Il n’y a aucun raison d’attendre aussi longtemps.
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Pierre Sibiry Traoré est expert en télédétection et responsable des SIG chez ICRISAT (International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics) www.icrisat.org

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