eLocust : surveillance des criquets pèlerins

Keith Cressman

Cette année, les invasions de criquets pèlerins menacent de ravager les productions agricoles dans tout l’Afrique de l’Ouest et du Nord-Ouest. Keith Cressman explique comment le système eLocust (Electronic Locust Information System ou système d’information électronique sur les criquets) de la FAO permet de réduire les conséquences pour les agriculteurs de la région.

Map locust plague situation on August 26, 2004 (FAO) Le 20 juillet 2004, l’agence de presse Reuters annonçait que des nuées de criquets pèlerins avaient envahi une grande partie de la Mauritanie et se dirigeaient vers le Sénégal et le Mali. Selon un responsable local, les criquets menaçaient de détruire les cultures et de déclencher une crise alimentaire sans précédent ces quinze dernières années en Afrique de l’Ouest.*

Ce communiqué survenait cinq mois après l’appel de la FAO avertissant que cette année la prolifération inhabituelle des criquets pèlerins prenait des proportions particulièrement graves annonçant un fléau pouvant ravager les productions agricoles dans toute l’Afrique de l’Ouest et du Nord-Ouest. La FAO basait cette alerte précoce sur les données météorologiques locales et les relevés sur le terrain qu’elle reçoit quotidiennement dans le cadre de son programme eLocust (Electronic Locust Information System ou système d’information électronique sur les criquets).

Le criquet pèlerin, un insecte qui ressemble aux sauterelles des climats tempérés, se reproduit dans les déserts d’Afrique du Nord. La plupart des années, les criquets pèlerins restent dans leur zone de reproduction. Ce sont habituellement des insectes solitaires, très dispersés, mais lorsque les conditions climatiques s’y prêtent, par exemple après une période de pluies abondantes et de températures douces, leur nombre augmente rapidement. A la fin de la saison des pluies, les criquets ont tendance à se regrouper dans les zones où la végétation est encore verte. Ils changent ensuite de comportement et d’apparence, et forment d’énormes nuées qui ravagent des champs entiers en tout juste quelques minutes et peuvent se déplacer sur plus de 120 km par jour.

Depuis la dernière grande invasion de criquets pèlerins en 1987-1989, la FAO travaille activement à renforcer les capacités d’alerte précoce et de réaction dans les pays affectés. La plupart de ces pays ont entre-temps mis en place des unités nationales de lutte contre les criquets pèlerins, composées d’équipes de spécialistes qui procèdent régulièrement à des relevés sur le terrain à l’aide de leurs véhicules 4x4 équipés du matériel de surveillance des criquets et de transmission des données d’eLocust.

Le système eLocust est composé d’un ordinateur de poche (Psion 5mx), d’un GPS de poche et d’une radio HF (un émetteur-récepteur et un modem), tous alimentés par la batterie du véhicule. L’ordinateur de poche est doté d’une base de données sur mesure et de logiciels contributifs (PsiDat, RealMaps). Chaque jour, entre le lever et le coucher du soleil, chaque équipe effectue une douzaine d’arrêts pour enregistrer les conditions environnementales, telles que la végétation, la température, les précipitations et le degré d’humidité du sol. Les techniciens eLocust sont également à l’affût des criquets, ils interrogent les nomades, les voyageurs, les villageois et les agriculteurs qu’ils recontrent en chemin.

A chaque lieu d’étude et de contrôle, le responsable de l’équipe ouvre un nouveau fichier et entre les données correspondantes. Il effleure l’écran tactile à l’aide d’un stylet pour sélectionner les fonctions appropriées affichées par un menu déroulant et utilise le clavier pour entrer les noms des lieux d’étude ainsi que des observations générales. Le GPS y ajoute automatiquement les coordonnées géographiques précises, la date et l’heure, et ce fichier est stocké dans la base de données de l’ordinateur. Le logiciel Realmaps permet à l’équipe de terrain de visualiser différentes combinaisons de données ainsi que l’itinéraire de leur mission de surveillance. Presque tous les types de cartes peuvent être téléchargés sur l’ordinateur de poche Psion. A intervalles réguliers durant la journée, le responsable connecte son Psion à la radio HF et au modem installés à bord du véhicule et transmet ainsi en moins d’une minute au centre national de lutte contre les criquets, les données rassemblées ce jour-là.

Grâce au système eLocust, la transmission des données est beaucoup plus rapide et plus fiable que par le passé, lorsque les équipes sur le terrain notaient leurs observations sur des formulaires papier qu’elles envoyaient ensuite au centre national. De plus, ces données sont désormais intégrées automatiquement à un système d’information géographique (SIG), tout comme des données issues du service national de météorologie, telles que la température, le taux d’humidité, la direction des vents et la pression atmosphérique, et transmises pour analyse au Service d’information sur les criquets (DLIS) au siège central de la FAO à Rome.

A l’heure actuelle, près de 20 pays affectés par les criquets pèlerins utilisent le système eLocust. Les données des zones les plus isolées d’Afrique arrivent désormais directement au siège de la FAO en quelques minutes. Cette évolution a permis d’améliorer de manière significative l’analyse et la prévision.

En période de crise, comme c’est le cas actuellement, le système est utilisé pour suivre les déplacements des nuées de criquets pèlerins et pour identifier les endroits où la pulvérisation ciblée de pesticides au sol ou par voie aérienne peut réduire les conséquences dramatiques pour les agriculteurs de certains des pays les plus pauvres au monde.

Keith Cressman est responsable de la prévention au Service d’information sur les criquets (DLIS) de la FAO. Pour de plus amples informations, consultez : www.fao.org/.../.

13 août 2004

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