Conseil accessible

Les paysans malgaches informés en langue locale par un site web multimédia

Andrianjafy Rasoanindrainy

Un site web en malgache reprend du contenu de plusieurs sources et le propose sous divers formats aux paysans et aux agents de vulgarisation.

Nombre d’organisations locales, dont Farming & Technology for Africa (FTA), s’emploient depuis des années à développer des méthodes qui renforcent les services de vulgarisation et améliorent la filière agricole malgache grâce aux TIC. En avril 2011, FTA a créé un site web baptisé AKAMA (Advisory Change in Agriculture in Madagascar) afin d’informer les paysans dans leur langue, le malgache.

Le site a commencé par recouper des informations sur des projets, des organisations, des institutions et des associations paysannes qui dispensent ou signalent des formations agricoles, de même que les types de cours proposés. Le site aborde des thèmes agricoles généraux et spécifiques, de la gestion des ressources naturelles à la commercialisation des produits en passant par leur transformation et leur préservation après la récolte.

Pour faciliter l'accès à ses usagers, le site propose ses informations sous forme de textes, de graphiques et d’enregistrements audio et vidéo en malgache. Les petits paysans peuvent ainsi obtenir des informations sur n’importe quel sujet agricole dans le format qui leur convient le mieux, et même de les télécharger pour les faciliter l'accès à ses usagers, ultérieurement.

D’après les estimations, 2 % seulement de la population malgache a accès à Internet. La toile ne couvre pas l’ensemble du pays et reste chère. Le faible niveau d’alphabétisation ne permet pas aux paysans d’exploiter pleinement le contenu textuel d’Internet, même en malgache. C’est la raison pour laquelle AKAMA a sollicité l’aide d’associations paysannes, de consœurs, de médias et de projets existants ayant les moyens financiers et logistiques de fournir des informations aux paysans.

Pour l’heure, la plupart des informations susceptibles d’intéresser les paysans sont éparpillées sur la toile et donc difficiles à trouver. De qualité très variable, elles sont souvent présentées sous une forme inappropriée. En créant son réseau d’organisations, AKAMA entend prouver qu’il y a des informations, mais aussi qu’il en manque, ou que leur qualité laisse à désirer ou que l’accès pose problème.

Le site ne se destine donc pas uniquement aux paysans, mais à tous les acteurs de la filière, y compris les décideurs, pour les aider à mieux percevoir les forces et les faiblesses du système agricole malgache.

Une production améliorée

AKAMA n’est pas qu’un site web. Le principal objectif est de fournir du contenu multimédia ; le web n’est qu’un moyen d’y parvenir. L’équipe voit dans l’Internet et le multimédia une alternative très efficace aux pratiques de vulgarisation traditionnelles. Il arrive souvent que des agents de vulgarisation doivent parcourir de longues distances (des dizaines de kilomètres, souvent à pied), perdent un temps précieux à trouver les chefs du village et à réunir la communauté et dépensent beaucoup d’argent à trouver des solutions qui, au final, ne conviennent pas parce qu’elles requièrent un niveau de connaissance trop élevé. La technologie, au contraire, réduit les distances, les temps d’attente et les coûts tout en apportant au paysan une information efficace.

Le site a été développé par deux collaborateurs de FTA, un concepteur de sites et un chargé de projet ayant une bonne connaissance de l’agriculture. Leur défi consistait à créer à peu de frais un portail attrayant, stable et facile d’accès. Ils ont jeté leur dévolu sur Wordpress, un système de gestion de contenu libre de droits, conçu à l’origine pour les blogues. Relativement simples et flexibles, ses fonctionnalités suffisaient aux besoins du projet. Plusieurs institutions et organisations partenaires ont participé à la conception et à la sélection du contenu du site.

Inauguré en avril 2011, le site a bénéficié d’une campagne publicitaire d’un mois dans la presse locale et sur les ondes locales et nationales. Ses principaux utilisateurs sont des agents de vulgarisation, des grands exploitants et des professionnels du développement agricole. Beaucoup d’entre eux envoient des questions et leurs suggestions, auxquelles l’équipe tente de répondre via des mises à jour régulières. Le feed-back des paysans se fait via les organisations partenaires.

AKAMA a eu des échos positifs de groupes aussi divers que des tours opérateurs et des retraités. Bien que le site n’attire pas encore la grande foule, il tient son rang parmi les sites en malgache. Étonnamment, des visiteurs du monde entier le visitent, ne serait-ce que quelques minutes.

Le site étant récent, il est trop tôt pour dire s’il a durablement influencé le comportement des paysans. Dans le cadre d’une étude pilote, une vidéo sur la culture des patates douces a néanmoins été montrée à des paysans. Ceux-ci ont déjà amélioré leurs rendements, ce qui conforte l’équipe sur les bénéfices à long terme de son site.

Dans les mois à venir, le site d’AKAMA va s’enrichir de nouvelles ressources audio et vidéo qui conviennent mieux aux paysans peu alphabétisés. Idéalement, les paysans et les agents de vulgarisation devraient pouvoir accéder aux informations en ligne et hors connexion à partir de centres éparpillés sur tout le territoire. L’équipe espère étoffer son réseau de partenaires et de contributeurs pour faire évoluer son portail et en faire la principale source d’information agricole malgache.

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Andrianjafy Rasoanindrainy est directeur d’ Advisory for Change in Agriculture in Madagascar

12 octobre 2011

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