Shaun Ferris nous explique comment Foodnet fournit des informations de marché fiables aux agriculteurs en Ouganda, en mêlant médias traditionnels, Internet et téléphones portables. FOODNET est un réseau de l’ASARECA spécialisé dans le marketing et l’agro-entreprise pour l’Afrique orientale et centrale. En Ouganda, les services d’informations de marché de FOODNET atteignent actuellement plus de 7 millions de personnes chaque semaine.
Il y a tout juste quatre ans, les agriculteurs ougandais qui voulaient vendre leurs récoltes étaient à la merci du bon vouloir des négociants. Ceux-ci pouvaient en effet faire baisser les prix comme ils le voulaient car les agriculteurs n’avaient pratiquement aucune idée des mouvements de prix et encore moins des tendances du marché. Les intermédiaires empochaient ainsi d’incroyables commissions en profitant des différences inutilement grandes entre des marchés voisins. Cette asymétrie dans l’accès aux informations de marché se traduisait par de faibles prix pour les producteurs et des prix élevés pour les consommateurs.
De nos jours, les choses ont changé. FOODNET 1, un réseau régional de développement agricole, a mis en place trois services de faible coût qui permettent aux agriculteurs, aux négociants et aux consommateurs d’obtenir des informations de marché à jour, au moment où ils en ont besoin. En Ouganda, les services d’informations de marché de FOODNET atteignent actuellement plus de 7 millions de personnes chaque semaine.
Le service national d’informations de marché est géré par FOODNET en collaboration avec le ministère du Commerce, du Tourisme et de l’Industrie. Chaque jour, des agents recueillent des informations sur les prix de 32 produits de base sur quatre marchés de Kampala, la capitale, et chaque semaine des données sur 28 produits de base sur 19 marchés répartis dans tout le pays. Ces informations sont rapidement traitées et transmises à un vaste réseau de clients comprenant des agriculteurs, des négociants, des professionnels de l’agroalimentaire, des agences de développement et des responsables politiques, par radio FM, téléphones portables, courrier électronique et Internet.
Les principaux clients de ce service sont les millions de petits agriculteurs et de petits négociants, répartis aux quatre coins du pays. Le meilleur moyen d’atteindre ces communautés rurales, dans lesquelles nombreux sont ceux qui ne savent pas lire, est par l’intermédiaire de la radio. Chaque semaine, une émission de radio de 15 minutes est diffusée dans tout le pays sur douze stations FM et en huit langues locales.
Dans six districts d’Ouganda, le National Agricultural Advisory Service (NAADS) s’est associé à FOODNET pour créer un service d’aide à la commerciali-sation locale. Ce service, issu d’un projet-pilote financé par le CTA, produit des émissions de radio et des formations par radio liées de manière spécifique aux possibilités offertes par les marchés locaux. FOODNET et la BBC soutiennent ce processus en développant des émissions éducatives qui incitent les agriculteurs à adopter des formes de « commercialisation collective », car l’action collective permet aux agriculteurs d’utiliser encore plus efficacement les informations de marché dont ils disposent.
Pour les négociants à plus grande échelle, les responsables politiques et les organisations de développement, les informations de marché sont placées sur Internet et peuvent être envoyées par
e-mail aux abonnés tous les jours ou une fois par semaine (www.foodnet.cgiar.org et http://radioworks.africacentral.net). Internet est utilisé également pour mettre en place un réseau régional d’informations commerciales agricoles, baptisé RATIN (Regional Agricultural Trade Intelligence Network ; www.ratin.net), pour les négociants de maïs et de haricots en Afrique orientale. Dans un contexte marqué par la mondialisation croissante des échanges, les négociants ne peuvent être compétitifs que s’ils ont accès en temps voulu à des informations précises sur les marchés régionaux.
Plusieurs nouvelles technologies sont actuellement testées pour soutenir l’expansion des services d’informations de marché au Kenya, au Rwanda et en Tanzanie. Par exemple, pour faciliter la transmission de données vocales ou textuelles, FOODNET s’est associé à RadioWorks afin de créer un réseau de stations radio FM reliées par satellite WorldSpace. Grâce à la technologie WorldSpace, FOODNET espère atteindre une audience de 25 millions d’agriculteurs fin 2004.
Pour de nombreux agriculteurs, les services d’informations de marché de FOODNET signifient que pour la première fois ils ont accès à des données fiables sur les prix. Plusieurs études ont montré que les agriculteurs considèrent que les informations de marché sont leur deuxième grande priorité après l’existence de bonnes routes. Elles leur apportent en effet une aide considérable dans leurs négociations avec les acheteurs. Pour les associations d’agriculteurs, ces informations leur permettent de regrouper leurs produits et de calibrer plus facilement leurs récoltes. Les agriculteurs estiment que l’accès aux informations de marché s’est traduit par une augmentation de 5 à 15 % des prix à la ferme. L’analyse de marché conduite par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) a fait apparaître qu’au cours des quatre dernières années, le nombre de marchés dominés par les associations d’agriculteurs est passé de 4 à 8. C’est une évolution extrêmement positive.
Shaun Ferris est coordinateur de Foodnet en Ouganda.
1 FOODNET est un réseau de l’ASARECA spécialisé dans le marketing et l’agro-entreprise pour l’Afrique orientale et centrale, et financé par USAID.
2 MTN est le réseau de téléphonie mobile d’Afrique du Sud.