Données, son avis
Les communautés rurales ghanéennes sondées via des moyens électroniques
Martine Koopman
Mumuni Mohammed
SEND Foundation Ghana utilise un logiciel libre et des ordinateurs portables pour interroger les communautés rurales à propos de la mise en œuvre des politiques.
Depuis 2002, la Fondation SEND suit la stratégie ghanéenne de réduction de la pauvreté pour vérifier qu’elle améliore le sort des pauvres. Avec des communautés paysannes du nord du pays, SEND s’emploie surtout à améliorer la sécurité alimentaire par un meilleur accès aux prix du marché, aux facilités de crédit, à l’entreposage et aux intrants agricoles. Elle soutient aussi des organisations communautaires pour accroître l’influence des ruraux sur la politique agricole ou d’autres sujets de préoccupation.
La santé est l’un de ces sujets. SEND Ghana et ses organisations partenaires, les « ONG témoins », ont évalué le régime d’assurance-maladie nationale (NHIS) pour déterminer son niveau de pénétration dans les communautés rurales.
Le gouvernement ghanéen a introduit le NHIS en 2003 pour que « dans les cinq ans », tout citoyen ait accès à des soins de santé de qualité, quels que soient ses revenus. Avec les ONG témoins, SEND Ghana a élaboré des questionnaires pour déterminer le nombre de personnes qui avaient accès à des services médicaux au titre du NHIS et pour évaluer la qualité des soins prodigués. SEND a transmis les données recueillies aux ministères et milité pour l’apport de changements au NHIS afin d’élargir sa base dans les communautés rurales.
Des citoyens regroupés en comités de suivi ont recueilli les données, tout d’abord sur papier. La saisie des données dans une base de données centrale s’avérait toutefois chronophage et propice aux erreurs, toutes les écritures n’étant pas simples à déchiffrer. Il fallait donc trouver un système plus efficace et plus prompt à livrer les résultats. Avec une analyse plus rapide des données, SEND pourrait en effet fournir des informations plus fiables et actualisées aux ministères.
L’équipe du projet a fait le tour des méthodes de recueil de données, sans en trouver une qui réponde à ses exigences particulières. Elle a donc fait appel à un développeur de logiciels local pour créer son propre logiciel libre, répondant exactement à ses besoins, mais pouvant être facilement adapté pour recueillir des données sur n’importe quel sujet.
Ce nouveau logiciel, Open Source Monitoring and Evaluation Tool (OSMT) est installé sur de petits ordinateurs portables (netbooks) que les membres des comités peuvent facilement emmener avec eux lorsqu’ils visitent des communautés rurales. Les questionnaires sont téléchargés depuis le bureau local le plus proche ; ils peuvent être adaptés pour introduire des QCM, de longs commentaires dactylographiés ou pour répondre à des situations particulières. Les membres des comités saisissent les données à l’occasion d’interviews à domicile ou dans les dispensaires. Lorsqu’ils rentrent au bureau ou trouvent une ville raccordée au réseau téléphonique, ils renvoient les données grâce au modem GSM intégré à leur netbook.
Par le passé, la plupart des logiciels de recueil des données ne permettaient pas une saisie hors connexion et un téléchargement ultérieur. C’est au contraire une des fonctionnalités d’OSMT, d’autant plus essentielle que les réseaux de mobilophonie ne couvrent pas toutes les zones rurales des 21 districts initialement choisis par le projet pilote.
Une crédibilité accrue
Bien qu’il soit difficile de dire si leur travail a directement conduit à un changement de politique, Martine Koopman, directrice nationale pour le Ghana à l’IICD, qui a dispensé la formation en technologie pour le projet explique que SEND Ghana a acquis une excellente réputation auprès des ministères. Ce statut et celui des ONG témoins devraient encore s’améliorer grâce aux nouvelles techniques de recueil des données.
D’après Koopman, « la recherche a révélé que davantage de personnes bénéficient du NHIS, mais que le nombre de médecins n’augmente pas dans les zones rurales. Ceux-ci ont une charge de travail nettement plus élevée, ce qui affecte la qualité des soins. Ce problème ne peut être résolu du jour au lendemain ; il faudra du temps pour former davantage de médecins, mais au moins on a des éléments concrets pour aider les ministres à ajuster leurs politiques. »
Grâce à ces données, le gouvernement peut aussi présenter des résultats aux donateurs et aux investisseurs auxquels il demande un appui financier. Ce projet aura aussi un impact sur l’évolution des politiques locales. « Actuellement les données sont téléchargées vers la base de données centrale du siège de SEND Ghana », dit Koopman, « mais à terme, les bureaux de district pourront obtenir des informations liées à leur territoire. Les ONG témoins disposeront ainsi des informations nécessaires pour influencer les stratégies des collectivités locales. »
Les rapports de SEND Ghana sont publics, accessibles et téléchargeables en ligne. « Les ONG peuvent fournir des données précises, indépendantes et fiables, » ajoute Koopman. « Le recueil des informations à la source, auprès des usagers, puis leur diffusion favorisent les débats et permettent d’influencer les prises de décision. »
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Martine Koopman est directrice nationale pour le Ghana à l’ IICD (International Institute for Communication and Development), et Mumuni Mohammed est directeur de projet chez SEND Ghana.


