SIG mobile pour un suivi des stocks de carbone
Jeroen Verplanke
Jeroen Verplanke nous présente un SIG mobile pour l’enregistrement et le suivi des stocks de carbone dans les forêts naturelles.
Les communautés traditionnelles du monde entier savent comment gérer leurs forêts de manière durable. Avec un SIG mobile, elles peuvent maintenant se servir de leurs connaissances pour quantifier et surveiller le carbone qui est stocké dans les forêts communautaires, et prétendre ainsi à un financement de leur projet dans le cadre du « Mécanisme pour un développement propre » (MDP) du Protocole de Kyoto dont l’objectif est de réduire les émissions de gaz carbonique dans le monde.
Pour bénéficier de ce financement, les communautés locales devront à l’avenir présenter des mesures de référence fiables et vérifiables des stocks de carbone dans les forêts naturelles, ainsi que des moyens efficaces d’en surveiller les modifications. C’est dans cet esprit que l’Université de Twente (Pays-Bas) et l’ITC ont lancé un projet de recherche et de renforcement des capacités dont l’objectif est de combiner les connaissances locales et les SIG pour se mettre en conformité avec les exigences de cet accord international et promouvoir une gestion durable de la forêt.
Ce projet tente d’identifier le meilleur moyen de recueillir et de gérer des informations géographiques que les communautés des pays en développement utiliseront pour surveiller les stocks de carbone dans les forêts. Partant du constat qu’il est peu probable que les communautés puissent fournir elles-mêmes toutes les données demandées, ce projet veut démontrer que la participation des communautés permettrait de raccourcir ou de remplacer certaines des procédures nécessaires à la formulation de projets climatologiques, réduisant ainsi considérablement les coûts des projets. L’idée est de permettre aux communautés de tenir leur propre « comptabilité du carbone » à un coût le plus bas possible.
Unité SIG mobile
Jusqu’à une date récente, la complexité des technologies SIG et l’absence d’appareils de mesure portables limitaient fortement la participation des communautés locales dans les pays en développement. A l’heure actuelle, la diffusion des ordinateurs portables et d’interfaces graphiques utilisateurs simples met les SIG à la portée des communautés, même dans les régions les plus isolées, quel que soit leur niveau d’alphabétisation et sans l’aide d’experts. Pour tester les aspects techniques de cette intégration, l’équipe de ce projet a effectué des études participatives en Inde, au Sénégal et en Tanzanie. Les membres de l’équipe ont tout d’abord procédé à une évaluation de l’« usabilité » de l’interface SIG standard, en recensant notamment les aspects de l’interface devant être modifiés, et dans quelle mesure, puis ils ont inventorié les besoins en formation des utilisateurs potentiels n’ayant jamais utilisé un ordinateur auparavant.
La première étape consistait à assembler une unité SIG mobile afin d’enregistrer les données sur le terrain. Le matériel utilisé était un ordinateur de poche de type HP iPAQ et un PDA (assistant numérique personnel) portable fonctionnant sous Windows et équipé du logiciel SIG ArcPAD 6.0.2. Pour l’enregistrement des données, ArcPAD présente l’avantage de permettre de visualiser en arrière plan des cartes et des images sous forme de couches géoréférencées, et de pouvoir être adapté pour y adjoindre une interface conviviale pour la saisie des données et les opérations de base. Le matériel doit aussi comprendre un GPS pour que les utilisateurs puissent enregistrer directement la localisation exacte de toutes les données entrées dans le système.
Dans une seconde étape, des ateliers ont été organisés dans chacun des trois pays, dans lesquels des personnes sans expérience préalable de cette technologie étaient invitées à évaluer l’unité SIG mobile et à noter ses points forts et ses points faibles. Au cours de ces ateliers, les villageois, dont la plupart ont été peu scolarisés, ont appris à se servir de l’unité SIG mobile pour recueillir des données. Certains n’avaient même jamais vu d’ordinateur auparavant, et pourtant ils ont réussi en quelques heures à maîtriser les fonctions de base de l’iPAQ, à se localiser à l’aide du GPS de l’iPAQ et à retrouver des points de référence préenregistrés. Ils ont également réussi à délimiter une zone, en voyant le polygone se matérialiser sur l’écran, et (avec un peu d’aide) à saisir les données décrivant la zone en question sur un formulaire conçu à cet effet.
Les villageois ont très vite maîtrisé les techniques de mesure de la forêt et les fonctions de base de l’iPAQ. Ils ont également fait part de leurs commentaires et suggestions sur les problèmes liés à l’ordinateur et sur ce qui selon eux devrait être mesuré dans la forêt. Le plus important était pour eux de disposer d’un manuel illustré pour accompagner le système, le reste viendrait avec la pratique. L’équipe est parvenue à déterminer ce qui pouvait être réalisé dans la pratique à l’aide d’un SIG participatif dont l’utilisation s’apprend sur le tas. Les villageois apprennent sans trop de mal à se servir du SIG mobile pour recenser les ressources forestières. Dans un proche avenir, lorsque les ordinateurs portables conviviaux seront meilleur marché et plus facilement disponibles, les communautés du monde entier pourront utiliser cette technologie pour recenser et quantifier leurs ressources naturelles.
Jeroen Verplanke ( verplanke@itc.nl ) est chercheur à l’International Institute for Geo-information Science and Earth Observation (ITC) à Enschede aux Pays-Bas.
Pour de plus amples informations, consultez : www.communitycarbonforestry.org

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