Besoin de savoir
Les paysans doivent être informés des changements climatiques, or ce sujet est à peine abordé par les médias du Tiers-Monde, nous dit un journaliste kenyan.
Ochieng’ Ogodo
Dans les années ‘90, les médias du Tiers-Monde étaient les premiers à faire état des dégâts provoqués par « El Nino » et à soulever précisément la question du changement climatique mondial et de son incidence sur l’économie locale. Cette large couverture de presse apportait aux paysans et aux communautés rurales l’explication scientifique des bouleversements météorologiques auxquels ils assistaient depuis quelques années.
Dans les années ‘90, les médias du Tiers-Monde étaient les premiers à faire état des dégâts provoqués par « El Nino » et à soulever précisément la question du changement climatique mondial et de son incidence sur l’économie locale. Cette large couverture de presse apportait aux paysans et aux communautés rurales l’explication scientifique des bouleversements météorologiques auxquels ils assistaient depuis quelques années.
Bien que ces événements d’envergure aient captivé les imaginations et suscité d’intenses débats autour des effets de la dégradation de l’environnement sur le quotidien des gens, la dynamique s’est essoufflée. Les médias ont continué de traiter des « gros » sujets comme les morts dues à la sécheresse ou les dégâts provoqués par les inondations, mais en parlant peu des moyens de contrer les effets des changements climatiques.
Le changement climatique est un concept relativement récent pour les médias africains. Peu de journalistes – voire même de rédacteurs, eux qui font et défont le contenu de l’actualité – appréhendent le phénomène sous son angle scientifique. Les articles de nature scientifique ou consacrés aux forêts, à l’agriculture et au climat sont généralement écartés. Les rédacteurs leur préfèrent des histoires de crime, de violence et de scandale politique parce c’est cela qui fait vendre.
Or l’accès à l’information est sans doute l’outil par lequel les paysans et les communautés rurales sauront atténuer les effets du changement climatique ou s’y adapter.
Il faut que le paysan sache si l’évolution des conditions dans lesquelles il cultive ou il élève relèvent d’un caprice ou d’un changement permanent de la météo. Les communautés des ACP ont également besoin de vecteurs pour s’informer des stratégies qui donnent de bons résultats et qu’elles pourraient adapter à leur situation. Au-delà de la mutualisation des expériences, les organisations de la société civile du Sud doivent discuter de la meilleure forme d’exploitation des appuis internationaux disponibles (comme le Mécanisme pour le développement propre du Protocole de Kyoto) tout en continuant de voir entre elles si ces façons d’aborder les réductions d’émissions sont celles qui leur profitent le plus.
Les ONG du Sud critiquent de plus en plus le MDP, qui permet aux pays du Nord de continuer à polluer parce qu’ils financent des projets de séquestration du carbone dans les PVD. Carbon Trade Watch et South Africa’s Centre for Civil Society, pour ne citer qu’eux, affirment que les projets du MDP tiennent rarement compte des besoins locaux, enclavent définitivement les terrains de stockage du carbone et reversent les dividendes à des groupes d’investissement du Nord plutôt qu’aux communautés locales. Nous devons déterminer notre reaction face à ces solutions élaborées par le Nord, tout en définissant les moyens qui nous permettront de réduire nos propres émissions.
Les médias – radio, télévision, presse écrite, Internet – ont évidemment un rôle essentiel à jouer dans ces débats. Or il y a pénurie d’articles sur ces dossiers dans le monde en développement. D’après une récente enquête menée par l’ONG londonienne Panos auprès de 47 journalistes de la Jamaïque, de Zambie, du Honduras et du Sri Lanka, les professionnels des médias seraient écoeurés du grave manque d’intérêt affiché par les rédacteurs. Les propriétaires des médias ne se soucient généralement que des bénéfices à court terme et sont peu enclins à critiquer les industries ou à contrarier les annonceurs. Comme de nombreuses entreprises médiatiques fonctionnent avec un budget minimum, elles n’ont souvent pas les moyens de financer un véritable travail d’enquête sur les problèmes liés au climat.
L’alphabétisation est un autre obstacle probable à la prise de conscience, même si la création de banques d’images, de photos et de diagrammes en ligne peut contribuer à une meilleure compréhension du changement climatique.
Il s’agit aussi de jeter des passerelles entre scientifiques et journalistes. Les scientifiques ne veulent généralement pas vulgariser leurs découvertes pour des béotiens, ce qui oblige les journalistes à affûter leurs connaissances pour décoder le jargon scientifique et restituer un contenu plus accessible et plus pertinent.
N’oublions pas non plus de balayer devant notre porte. Les journalistes peuvent se créer des réseaux d’échange d’informations. Le CERN (Caribbean Environmental Reporters Network), le forum sri-lankais des journalistes de l’environnement et le réseau des journalistes du climat de la SADC en sont de bons exemples. Nous aussi devons jeter des passerelles entre journalistes scientifiques et environnementaux du Nord et du Sud afin d’échanger nos idées et nos informations.
En fin de compte, tous ceux qui sont concernés par ce problème – journalistes, rédacteurs, éditeurs, ONG, décideurs politiques, bailleurs et, bien entendu, population des PVD – doivent unir leurs forces pour combler ce terrible manque d’information.
Ochieng’ Ogodo est journaliste à l’East African Standard ; il est actuellement président de la Kenya Science Writers Association.

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