Resserrer les liens

Andrew Shepherd

« Les TIC ne valent que par les informations qu’elles délivrent, » Andrew Shepherd, consultant pour le programme de développement des filières du CTA

La notion de filière présume qu’à chaque étape, de la ferme à la table, paysans, négociants, transformateurs et distributeurs apportent une valeur ajoutée au produit. Les activités afférentes à la filière se distinguent de celles de la commercialisation traditionnelle par la coordination et le haut niveau de collaboration qui les sous-tendent de bout en bout.

Le paysan qui vend ses légumes au bord de la route ne fait pas partie d’une filière. Celui qui cultive des légumes grâce aux semences fournies par l’acheteur et qui récolte sa production au moment et dans les quantités voulus par celui-ci fait, au contraire, bel et bien partie de la filière. De même, le négociant qui achète au bord de la route et revend sur le marché de gros ne relève d’aucune chaîne coordonnée. Au contraire de celui qui se coordonne avec le paysan pour répondre aux besoins des supermarchés, des transformateurs ou des importateurs étrangers. C’est la coordination qui différencie la filière des modes de commercialisation traditionnels.

Dans les pays ACP, ce sont souvent les PME qui sont à l’origine des améliorations apportées à la filière, souvent en concertation avec ses autres protagonistes. Ces améliorations visent à resserrer les liens entre paysans, à travailler avec les acheteurs étrangers pour mieux répondre à leurs impératifs, à promouvoir l’innovation dans les produits, à améliorer la logistique ou à trouver de nouveaux débouchés.

L’analyse des filières doit tenir compte de tous les facteurs qui rendent l’accès au marché profitable ou non pour le paysan ou le pêcheur. Autrefois, le donateur intervenait sur un maillon, l’après-récolte par exemple, parce qu’il y diagnostiquait des pertes élevées, alors que le problème venait d’une absence de débouchés. De nombreuses « usines à gaz » ont ainsi vu le jour faute d’avoir envisagé la capacité ou la volonté des paysans de produire les quantités requises ou le potentiel commercial des produits transformés.

Attentes
Améliorer les filières est uniquement une question de coordination. Et qui dit coordination dit communication. Lorsque je travaillais pour la FAO il y a 25 ans, j’ai participé à la publication d’un manuel de commercialisation des fleurs. L’auteur, Grahame Dixie, tenait absolument à ce que la photo de couverture montre un paysan debout sur sa parcelle, parlant au téléphone. De nombreux collègues de la FAO trouvaient l’idée bizarre pour une couverture. Grahame et le paysan étaient en avance sur leur temps. Aujourd’hui, le téléphone est un outil indispensable pour le paysan d’une filière. Pour être en contact avec les acheteurs, vérifier les prix, savoir où les intrants seront livrés, recevoir des conseils de vulgarisation et même vérifier que le paiement a été effectué sur son compte en banque.

Les TIC évoluent si rapidement que bien malin qui peut dire comment les filières les utiliseront demain. Ce qui paraissait absurde il y a 25 ans fait aujourd’hui partie du quotidien. Ce qui peut paraître absurde aujourd’hui pourrait faire partie du quotidien en 2020. À ce moment-là, les filières seront-elles coordonnées via Twitter ou Facebook ? Un carton de fleurs conditionné au Kenya sera-t-il suivi par GPS jusqu’à réception par son acheteur ici, à Wageningen, au siège du CTA ?

Évitons toutefois de nous laisser séduire par les sirènes de la technologie. Les TIC ne valent que par les informations qu’elles délivrent. Le paysan peut recevoir rapidement les prix du marché sur son portable, mais à quoi bon si cette information est inexacte ? On peut améliorer l’accès à Internet en zone rurale, mais il faut en même temps s’assurer que les informations mises sur la toile sont exactes, utiles et pertinentes localement. Tout l’enjeu est là.

Andrew Shepherd (shepherd@cta.int) est consultant pour le programme de développement des filières du CTA ( www.cta.int)

14 février 2012

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