ICT Update, un bulletin d'alerte pour l'agriculture ACP

Dernier Numéro: Faire face aux changements climatiques

CTA m Version mobile
  • Numéro 35
  • décembre 2006

Q&A : Des stations de surveillance africaines dans la grisaille

Dr Mannava V. K. Sivakumar

Quelles sont les failles du système de surveillance météorologique en Afrique ?

Nous ne disposons pas de réseaux de stations météo suffisamment grands – en nombre et en couverture spatiale – pour surveiller les changements structurels dans les précipitations et donc les changements climatiques. La plupart de ces stations se situent en outre à proximité d’aéroports, l’aviation ayant historiquement été le premier secteur à collecter des informations météo. On ne peut toutefois appliquer les informations météo des aéroports à des contrées plus lointaines vu la forte variabilité de la pluviosité.

En quoi est-ce particulièrement problématique par rapport à l’étude des changements climatiques ?

Pour prédire les changements climatiques et leurs effets sur les communautés rurales, nous avons besoin de données météorologiques sur plus de 30 ans. Cette base historique est indispensable pour savoir si ce que nous observons aujourd’hui correspond effectivement à un changement climatique ou seulement à de la variabilité climatique. La variabilité, ce sont des péripéties normales dans le schéma climatique d’une région, alors que le changement implique une différence de température ou de pluviosité marquée entre deux périodes.

Direz-vous que le changement climatique est un phénomène qui touche particulièrement l’Afrique ?

Absolument. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ce sont les régions semi- arides d’Afrique qui en souffriront le plus. Dans ces régions, les précipitations se concentrent sur trois ou quatre mois par an et suffisent à peine pour une agriculture non irriguée. Les changements climatiques prévus devraient accroître la fréquence des sécheresses mais aussi des fortes tempêtes qui provoquent l’érosion, les inondations, la perte de sols et la dévastation des terres.

Le manque d’information est un gros problème pour les communautés rurales. Elles ne peuvent faire face aux conséquences des changements climatiques qu’en ayant des informations qui leur permettent de prendre les mesures nécessaires à temps. Si je suis certain que la prochaine saison des pluies sera marquée par la sécheresse, je peux m’y préparer : changer de culture, décider de ne pas ensemencer autant que d’habitude, voire même essayer de trouver un complément d’eau pour mes champs ou laisser certains d’entre eux en jachère. Les agriculteurs ont le choix de la stratégie, mais seulement à condition d’avoir accès à une information de qualité !

Que faut-il faire pour résoudre ce problème de détérioration des stations météorologiques africaines ?

L’OMM plaide pour une amélioration des réseaux météorologiques en Afrique. D’abord, il faudrait plus de stations dans les zones vitales pour la sécurité alimentaire du pays. Grâce aux SIG, nous pouvons analyser rapidement de nombreuses couches d’information sur les cultures, les sols, les infrastructures physiques etc. et repérer les communautés les plus vulnerable. Ensuite, nous devrions étendre le nombre de stations de manière à avoir une couverture spatiale suffisante. Enfin, nous devons mettre en place un système qui garantissent que les données recueillies soient analysées et communiquées sans retard aux communautés agricoles.

En novembre dernier, juste avant la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Nairobi, Michel Jarraud, Secrétaire général de l’OMM, a déclaré que l’Afrique aurait besoin de 200 unités automatiques de surveillance météorologique. À combien se monterait la facture ?

Les unités automatiques de surveillance météorologique sont équipées de petits enregistreurs qui peuvent consigner les données par tranche d’une minute, de 15 minutes ou d’une heure, selon les besoins. Une unité de base, simplement munie de capteurs de température, de pluviométrie, d’hygrométrie et de radiation revient à 3000 €. Le coût de base d’un réseau de 30 unités avoisine les 90-100 000 €. On ne peut cependant pas installer ces unités et les abandonner à leur sort. Elles doivent toutes être vérifiées sur place tous les trois mois afin de s’assurer du bon fonctionnement des capteurs. Il faut donc prévoir 15 pour cent de plus pour le coût annuel de cette maintenance.

Je reconnais que ce changement n’est pas anodin pour un PVD. Avec ces unités, on peut néanmoins fournir des prévisions météos fiables plus rapidement aux communautés rurales. Nous pouvons recueillir les données des unités de surveillance par satellite ou par téléphone, les analyser et les transmettre aux chaînes de radio ou de télévision, qui les communiqueront aux agriculteurs sous forme de bulletins. Comme les données sont recueillies sous format numérique, on peut en outre les intégrer dans des modèles informatiques pour élaborer des scénarios de changement climatique.

Il faut placer les réseaux météo à le niveau de priorité équivalent à celui du système de santé d’un pays, avec son réseau d’hôpitaux. Les changements climatiques ne sont pas différents, ils sont aussi importants pour notre survie. Nous devons investir dans des réseaux qui recueillent les données météo et nous fournissent les informations quand nous en avons besoin.

Pour plus d’informations : Organisation météorologique mondiale.

Dr Mannava V. K. Sivakumar dirige la division de la météorologie agricole de l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

15 février 2007

Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) (ACP-UE Accord de Cotonou) Droit d'auteur CTA © 2013