Questions-Réponses : Participer au dialogue sur les politiques de télécommunications
Mike Jensen
Depuis plus de 15 ans, Mike Jensen fait sans relâche la promotion des NTIC pour le développement et il connaît sans doute ce domaine à fond. Au début des années 90, il a sillonné l’Afrique pour aider les ONG à installer leurs premiers systèmes de courrier électronique à envoi différé, avec le soutien d’APC/GreenNet. De nos jours, il est l’un des conseillers les plus demandés par les gouvernements africains et les organisations internationales en matière de politiques de NTIC pour le développement.
CTA : Selon vous, quelles sont les applications NTIC les plus prometteuses pour fournir un accès Internet abordable, aux zones rurales des pays ACP ?
Les infrastructures de télécommunications terrestres (par fibre optique) sont le moyen le moins cher de se connecter à Internet. Il faudra cependant encore 10 ans avant que des infrastructures de ce type n’existent dans les zones rurales en Afrique. Dans l’intervalle, je pense qu’une application sans fil fournissant un accès à Internet à double sens et à large bande passante par satellite est l’option la plus intéressante pour répondre aux besoins les plus urgents. Cette technologie existe déjà, elle s’appelle « Ku-band VSAT » et m’a été présentée pour la première fois il y a trois ans, lors de l’une des réunions annuelles de l’Observatoire des NTIC du CTA.
CTA : Qu’est-ce que c’est ?
VSAT (Very Small Aperture Terminal) est un sigle facile à retenir utilisé pour désigner différents types de produits satellite, allant de petits composants à des systèmes complets. Un VSAT est un système de communication à double sens par satellite, composé de petites antennes paraboliques d’environ 1 mètre de diamètre utilisant une fréquence spécifique (bande Ku). A l’heure actuelle, le coût total de ce type de matériel est inférieur à 2 000 dollars et les frais de fonctionnement ne dépassent pas 100 dollars par mois. Un système de ce genre permet à une petite entreprise telle qu’un cybercafé par exemple, à une antenne gouvernementale ou à une ONG n’importe où en Afrique de se connecter à Internet, quelle que soit la distance qui les sépare de la plus proche connexion à une infrastructure de télécommunications terrestres. Combiné à la technologie Wi-Fi, un VSAT de ce type peut être utilisé par de nombreuses personnes dans le même village, ce qui leur permet de partager les coûts. Dans les cinq années à venir, si les législations nationales réglementant l’utilisation privée des VSAT et de l’Internet sans fil sont assouplies, cette technologie pourrait permettre de répondre à la demande croissante d’accès à Internet.
CTA : Pour l’instant, les responsables et les professionnels des politiques de développement ont plutôt tendance à se concentrer sur les applications NTIC basées sur la technologie Internet. L’an dernier, ICT Update a commencé à rendre compte de nombreuses initiatives novatrices utilisant d’autres NTIC et leurs applications. Que peuvent faire les responsables politiques des pays ACP pour promouvoir cette deuxième génération de NTIC pour le développement ?
Tout d’abord, ils pourraient favoriser le développement d’un meilleur accès à Internet, en particulier moins cher, à la fois dans les zones urbaines et dans les zones rurales, car sans accès correct à Internet la plupart des applications décrites dans ICT Update ne peuvent tout simplement pas être utilisées. Cela ne sert en effet pas à grand-chose d’encourager l’utilisation d’outils tels que les PDA (ou ordinateurs de poche) par exemple, si les communications sont d’un coût prohibitif. Deuxièmement, les responsables politiques devraient stimuler les efforts visant à renforcer les capacités locales d’utilisation des NTIC. Troisièmement, ils pourraient aider à sensibiliser les populations sur les avantages de ces nouveaux outils et le rôle qu’ils peuvent jouer pour renforcer l’audience et la qualité de nombreux services de développement rural. En particulier, ils pourraient montrer la manière dont ces outils peuvent servir d’aides à la prise de décision et d’autres applications pratiques telles que prévisions météorologiques et formation. Pour finir, je voudrais encourager les responsables politiques à prendre l’initiative et à commencer à investir dans des services d’e-gouvernement, dans des sites Internet fournissant une vaste gamme de services municipaux d’information.
CTA : Le CTA dispose désormais d’un important réseau parmi les responsables des politiques de développement dans les pays ACP. Comment peut-il aider à faire prendre plus amplement conscience du rôle catalyseur des NTIC dans le développe-ment économique et agricole ?
Le CTA pourrait collaborer avec d’autres agences actives dans ce domaine, telles que le Farm Radio Network, la FAO, l’UNESCO et le DFID, pour développer une stratégie commune visant à inciter les responsables politiques à adopter des stratégies soutenant les NTIC et à investir dans ces stratégies. Les responsables gouvernementaux et les dirigeants des ONG devraient s’impliquer de manière beaucoup plus proactive dans le débat sur les politiques nationales de télécommunications afin de faire valoir les intérêts des populations rurales qu’ils représentent.
Le CTA pourrait les aider en élaborant un « Manuel de défense de causes en matière de télécommunications » sur la meilleure manière de participer aux dialogues sur les politiques de télécommunications. Le CTA pourrait également leur apporter un soutien en développant leurs capacités à faire efficacement campagne en faveur de changements auprès des responsables des politiques de télécommunications. Il est intéressant de noter que l’un des rares effets positifs du processus du SMSI (Sommet mondial sur la société de l’information) a été de développer ce type de dialogues multi-acteurs sur les politiques de télécommunications. Les populations rurales des pays ACP ont beaucoup à gagner à des réformes menant à des politiques autorisant l’usage privé des technologies VSAT et sans fil. Nous devrions battre le fer tant qu’il est chaud.
Installé en Afrique du Sud, Mike Jensen est un conseiller de renom en matière de politiques de NTIC pour le développement.

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