Questions-Réponses : Les espèces étrangères invasives

Geoffrey Howard

Pourquoi la question des espèces étrangères invasives revêt-elle une telle importance pour l’agriculture des pays ACP ?

Par espèces étrangères invasives, on entend toutes les espèces venant de l’extérieur d’un écosystème, d’une zone ou d’un pays donné, et pouvant porter atteinte à la biodiversité, à la production alimentaire, au développement en général et même à la santé humaine. Dans l’agriculture, la plupart des ravageurs les plus fréquents sont des espèces invasives qui se sont installées dans de nouvelles zones. Dans un milieu d’où leurs prédateurs naturels sont absents, elles peuvent se multiplier et se propager en toute liberté, ravageant ainsi les cultures, le bétail et les réserves alimentaires – jusqu’à ce qu’on parvienne à trouver et à mettre en œuvre des moyens de les contrôler.
La plupart des pays ACP n’ont pas les moyens ni l’expérience nécessaires pour prendre en charge efficacement les trois phases de la lutte contre les espèces étrangères invasives : prévention (principalement stopper l’introduction d’espèces étrangères), l’éradication (des espèces nouvellement établies) et la gestion des crises (c’est-à-dire des invasions déjà en cours).
Même si l’on prend lentement de plus en plus conscience de la notion même d’ « invasion » et des dangers potentiels des espèces étrangères invasives, les pays en développement ne peuvent généralement pas faire grand-chose pour endiguer un problème avant qu’il n’atteigne un seuil critique et n’ait des répercussions sur la production alimentaire de base et le développement humain.

La situation est-elle grave ?
Le « problème » des espèces étrangères invasives en général est beaucoup plus important que la plupart des gens ne l’imaginent. Une récente analyse des espèces menacées menée par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) montre que les espèces étrangères invasives sont, après la disparition de l’habitat naturel et la surexploitation, la troisième cause d’extinction des mammifères, des oiseaux et des amphibiens.1 Sous l’effet de la mondialisation et du développement du commerce international, des transports aériens, des voyages et du tourisme, les espèces étrangères invasives sont plus fréquentes partout dans le monde et par là-même plus destructives.

En quoi les espèces étrangères invasives diffèrent-elles des autres ravageurs et parasites ?
Il serait plus juste de considérer les ravageurs et les parasites comme étant des espèces étrangères invasives, surtout lorsqu’ils causent des problèmes graves ou croissants en prenant la place des espèces locales, en entravant le développement et en affectant la santé humaine. De nombreuses espèces invasives peuvent modifier les écosystèmes de manière extrêmement rapide et avoir de nombreuses répercussions néfastes. D’autres espèces mettent au contraire plusieurs années, plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, à passer du stade de l’introduction à celui de l’établissement, de la propagation et finalement de l’invasion.
Il faut par exemple plusieurs dizaines d’années avant que certaines plantes envahissantes, telles que les grands arbres, ne commencent à se répandre et à devenir un problème. Certaines espèces sont présentes depuis si longtemps que les gens ne les considèrent plus comme exotiques ou étrangères et s’y sont habitués, pour leur plus grand tort d’ailleurs.

Que fait-on au niveau international pour lutter contre les espèces étrangères invasives ?
Le Programme mondial sur les espèces envahissantes ( GISP) est une organisation internationale dont la mission est de mieux faire prendre conscience du problème des espèces invasives, de diffuser des informations et de renforcer les capacités de prévention et de lutte dans les pays en développement et ailleurs. C’est en fait un réseau d’organisations locales et internationales s’intéressant aux espèces étrangères invasives ou disposant d’une expertise particulière dans ce domaine. Plusieurs autres organisations ont rassemblé de précieuses informations sur les espèces étrangères invasives. Je pense en particulier à la base de données mondiale sur les espèces invasives de l’UICN et à CAB International, qui a consacré un chapitre entier de l’édition 2004 de son Crop Protection Compendium à la gestion des espèces étrangères invasives.

 

Geoffrey Howard est coordinateur régional pour l’Afrique orientale à l’UICN et représente l’UICN au sein du Programme mondial sur les espèces envahissantes (GISP).

 

1 J.E.M. Baillie, C. Hilton-Taylor et S.N. Stuart (rédacteurs) Liste rouge 2004 UICN des espèces menacées : une analyse mondiale, UICN, Gland, Suisse.

28 février 2005

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