C’est une ressource naturelle essentielle à l’approvisionnement en vivres, carburant, fibres, médicaments, etc. Elle régule en outre la variabilité environnementale, remplit des fonctions écologiques importantes, comme la formation du sol et le cycle de l’eau, et participe de l’identité et de la diversité culturelles.
Toute amélioration de l’élevage et de l’agriculture, que ce soit par la biotechnologie ou la sélection scientifique ou traditionnelle, repose sur la biodiversité agricole.
Il n’est pas évident de classer les « menaces sur la biodiversité agricole » car tout dépend de la conjoncture locale. À certains endroits, c’est la destruction et la conversion de l’habitat qui menacent les cultures et les espèces sauvages apparentées ; le drainage ou l’irrigation peuvent anéantir une biodiversité importante. Ailleurs, c’est l’expansion de nouvelles variétés, souvent obtenues par sélection, qui détrônent les variétés traditionnelles et naturellement plus fiables utilisées par les paysans. Le temps qu’on s’aperçoive que les anciennes variétés étaient plus fiables ou plus résistantes, elles ont disparu, sauf si elles ont été conservées par ailleurs. Le développement et l’urbanisation galopante peuvent aussi menacer gravement la biodiversité.
Certaines cultures sont tout bonnement inconnues ailleurs. Le fonio (Digitaria exilis) est typique des parties plus sèches du Sahel. Dans les Caraïbes, on trouve des piments (variétés Capsicum) adaptés aux conditions locales. On trouve souvent dans un seul jardin ACP plus de variétés que dans tout un pays non-ACP. Ces régions jouissent d’une biodiversité agricole particulièrement riche.
Prenons le cas le plus simple. Un paysan cultive deux variétés de sorgho : l’une sur les terres basses où il trouve suffisamment d’eau, l’autre sur les hauteurs où l’eau est plus rare. Parfois il pleut trop, et la variété d’en bas est emportée par les flots. Celle d’en haut tient bon. Ou il y a une sécheresse, et celle d’en haut n’y résiste pas. Remplacez ces deux variétés par une seule censée croître partout, et vous avez des champs exposés au risque d’inondation et de sécheresse. Avoir plus de variétés et plusieurs cultures, c’est souscrire une « police d’assurance ».
Les petits paysans sont essentiels à la conservation de la biodiversité. On sait déjà qu’ils l’ont mieux préservée qu’on ne l’imaginait. Il suffit de leur donner une bonne raison de le faire, un contre-argument aux promesses faites par les grosses sociétés de semences et les « experts » gouvernementaux.
Ces efforts des paysans doivent être soutenus et complétés par des programmes nationaux de recherche agricole et des banques de gènes, autant que par des organisations comme Bioversity International.
Les protecteurs de l’environnement, qui assimilent souvent l’agriculteur à un ennemi, préconisent le « tout clôturé ». En réalité, les paysans, pasteurs et autres habitants de la forêt gèrent une bonne partie de la surface de la Terre. Il serait nettement plus constructif de conjuguer les efforts pour que les paysans puissent conserver la biodiversité. Ce faisant, ils contribueraient à préserver d’autres formes de vie et écosystèmes. Certains disent que l’agriculture intensive à coup d’engrais et autres solutions de haute technologie laisserait davantage d’étendues sauvages pour la conservation des espèces. Mais quel sera l’effet de l’agriculture intensive sur les étendues sauvages et l’environnement en général ?
Je ne crois pas que les OGM puissent, en soi, résoudre les futurs problèmes de productivité et de changement climatique. Les modalités d’adaptation aux effets du changement climatique et à d’autres défis mondiaux passent par nos ressources génétiques. Nous devons par conséquent veiller à ce que ces ressources soient correctement utilisées aujourd’hui, mais aussi préservées pour demain. D’où viendront les matières premières nécessaires à la modification des variétés si on ne préserve pas la biodiversité agricole maintenant ? Si une petite partie de l’argent et du soutien actuellement accordés aux OGM étaient réaffectés à la recherche pour une meilleure utilisation de la biodiversité agricole, je pense que nous serions plus proches d’une véritable sécurité alimentaire durable.
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Dr Kwesi Atta–Krahest directeur général adjoint chez Bioversity International (www.bioversityinternational.org)