Intégrer les systèmes d’information

Dr. Mucemi Gakuru

Les téléphones portables ont-ils remplacé les agents de vulgarisation comme principale source d’information des paysans ?

Il y a indubitablement moins d’agents d’extension que par le passé, tant dans le secteur public qu’ailleurs, mais les portables ne les ont pas remplacés : ils les aident dans leur travail. Ils permettent aux agents de vulgarisation qui ne sont pas à la pointe de l’actualité d’accéder à des services agricoles qui eux, le sont, pour ensuite transmettre cette information au cultivateur.
Le rôle des agents de vulgarisation demeure essentiel. Accéder directement à certains services d’information peut être coûteux pour un paysan. En revanche, cela ne lui coûte rien de s’adresser à un agent de vulgarisation pour voir s’il connaît déjà la réponse. Les paysans ont souvent besoin de précisions par rapport à ce que fournit le service et préfèrent interroger des personnes. L’interaction humaine reste très importante.

D’autres technologies sont-elles nécessaires pour fournir des informations aux paysans ?

Une étude menée par le service national kenyan d’information agricole (NAFIS) a révélé que l’information passe mieux lorsqu’elle combine plusieurs canaux ; radio, internet et portables, plus les agents de vulgarisation. Chacune de ces sources a ses limites : les textos sont limités à 160 caractères ; le web peut apporter une foule d’informations, mais n’est pas très « lisibles » sur un portable. Lorsque toutes ces technologies sont disponibles, elles se complètent et se consolident les unes les autres. Le paysan peut choisir le canal d’information qui lui convient le mieux.
Par exemple : on peut envoyer un texto pour annoncer l’heure exacte de début d’une émission de radio. Les informations données dans l’émission peuvent ensuite être reprises sur un réseau téléphonique commuté, et le son et le texte mis sur le web. Les paysans ont aussi besoin de publications imprimées qu’ils conservent et consultent le moment voulu. Les services vocaux sont utiles pour les illettrés ou ceux qui préfèrent recevoir les informations dans une autre langue.

Les paysans utilisent-ils toutes ces sources d’information ? Ou chacune de ces technologies s’adresse-t-elle à un public précis ?

Le paysan choisit le service en fonction de ses besoins. Le texto pour connaître la situation du marché ; il peut ainsi facilement voir le cours du haricot sur le marché voisin. 160 caractères suffisent pour ce genre d’information. Mais s’il veut des informations plus détaillées, il devra sans doute recourir à un ou plusieurs autres moyens de communication.

À quelles évolutions peut-on s’attendre ?

Je pense qu’il y aura de plus en plus de services vocaux car c’est le mode de communication le plus naturel. Si les portables sont en vogue, c’est parce qu’ils permettent à deux personnes de se parler. Le matériel et les moyens de programmation ne sont pas encore là, mais les grands fabricants et des chercheurs du monde entier cherchent à développer une technologie de services vocaux efficace et rentable. Des systèmes de stockage sont déjà capables de gérer les gros volumes de données exigés par ces services et les systèmes de transfert de données sont suffisamment rapides que pour fonctionner sur des téléphones portables. Le développement de ce genre de services ne devrait donc plus tarder.

Les paysans continueront-ils d’utiliser un portable pour accéder aux informations ?

Je pense que oui. Il est intéressant de constater que le portable est souvent l’unique autre appareil dont disposent les ménages ruraux en dehors de la radio. Or le portable prend une place de plus en plus importante pour la simple raison qu’il est plus facile à transporter, même qu’une radio. La plupart des portables sont d’ailleurs aussi des radios, ce qui permet aux gens d’avoir les deux fonctions sur le même appareil. Ils sont aussi de plus en plus utilisés pour les services bancaires, l’achat et la vente de produits, l’épargne et l’obtention de crédits.
Les paysans aiment utiliser leur portable pour obtenir des informations commerciales, météorologiques ou autres. Un téléphone est plus facile à utiliser qu’un ordinateur, moins cher et plus accessible. Internet est de plus en plus présent sur les portables, bien que cela reste cher pour l’instant, mais je pense que ce vecteur est appelé à se développer. Et comme les chercheurs développent de nouveaux services pour « vocaliser » les informations du web, je n’imagine pas qu’un paysan préfère emmener un ordinateur plutôt qu’un portable dans ses champs. Toutes ces technologies convergent naturellement vers le portable, qui conjugue la radio, le texte, internet, la photo et des fonctions audio et vocales. Je suis certain que les services seront essentiellement vocaux dans les années à venir.

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Dr. Mucemi Gakuru est professeur en ingénierie électrique et électronique à l’Université de Nairobi ( www.uonbi.ac.ke) et directeur général de Teknobyte ( www.teknobyte.co.ke)

Ressources corrélées

National Farmer Information Service
NAFIS fournit des informations sur l’agriculture et l’élevage aux paysans kenyans via le téléphone et le web.
www.nafis.go.ke

24 février 2010

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