Issue 27: Septembre 2005

Numéro 27: SIG participatifs

Questions-Réponses : SIG traditionnels et participatifs

Août 2005

Peter A. Kwaku Kyem

Peter Kyem montre que si les SIG traditionnels ou participatifs peuvent jouer un rôle essentiel dans la planification et la gestion des ressources naturelles, les approches participatives offrent d’indéniables avantages.

Vous êtes un spécialiste reconnu en matière de technologies et de systèmes d’information géographique. En quoi ces technologies sont-elles importantes pour les pays en développement ?

Les planificateurs et les responsables politiques s’appuient de plus en plus sur des technologies d’information géographique pour prendre des décisions touchant à l’utilisation des ressources naturelles de leur pays. Ils ont besoin d’une vaste gamme d’informations géoréférencées de haute qualité, qui ne peuvent être rassemblées, traitées et analysées qu’à l’aide d’outils de type technologies et systèmes d’information géographique.
Les mêmes outils peuvent également servir à émanciper des groupes marginalisés et des communautés défavorisées. Grâce à de telles applications basées au niveau de la communauté ou à des systèmes d’information géographique (SIG) participatifs, les populations locales peuvent apporter leur propre contribution et fournir des informations contextuelles.

Les pays en développement qui souhaitent adopter des SIG ne risquent-ils pas de se heurter à certains problèmes ?

Pour utiliser des technologies et systèmes d’information géographique, il faut du matériel relativement sophistiqué et assez cher, des logiciels, des données géoréférencées, des générateurs d’électricité et du papier. Les pays qui souhaitent utiliser ces technologies s’appuient généralement sur des programmes d’aide internationaux. Malheureusement, ce sont souvent les propres intérêts des donateurs et même les accords internationaux sur l’utilisation des données géoréférencées et des imagessatellite qui dictent la manière dont ces technologies sont mises en place et l’usage qui en est fait. De plus, cette assistance est souvent liée à du matériel et à logiciels SIG fonctionnant sous leurs propres standards.
On constate aussi de nombreux développements positifs. Les prix du matériel informatique et des logiciels ont chuté, tandis que la qualité faisait d’incroyables bonds en avant. Certains matériels, tels que les ordinateurs et les GPS, sont désormais beaucoup plus petits et faciles à transporter, et peuvent donc être utilisés même dans des zones isolées. Ces évolutions ont fait des technologies et systèmes d’information géographique, et en particulier des SIG participatifs, des instruments particulièrement intéressants pour les ONG qui souhaitent impliquer les communautés locales dans la mise en carte, la planification et la gestion de leurs ressources naturelles.

Quelles sont les différences entre les SIG participatifs et les approches traditionnelles ?

La principale différence est que les études SIG traditionnelles sont généralement conçues par des experts et des responsables gouvernementaux et se concentrent sur la collecte et l’analyse de données géoréférencées afin d’aider à la prise de décision. Dans le cas de SIG participatifs, les projets sont au contraire définis par les communautés et les militants, et mettent plus souvent l’accent sur les processus participatifs et l’autonomisation des communautés. Ils utilisent par conséquent de nombreuses techniques qualitatives, tels que croquis de cartes, photos ou traditions orales, pour permettre aux communautés de formuler leurs connaissances au sujet de leurs terres, de leurs forêts et autres ressources. Ces approches diffèrent également au niveau des contextes sociaux dans lesquels ces technologies sont mises en place (par des organismes publics ou au contraire par des organisations basées au niveau de la communauté), de la nature des questions traitées (décision officielle ou autonomisation locale) et des bénéficiaires visés (responsables gouvernementaux ou communautés marginalisées).

Pourquoi les SIG participatifs présentent-ils un tel potentiel pour les pays en développement ?

Comme le montre clairement le nombre croissant de projets SIG participatifs dans les pays en développement, les populations locales peuvent, après une formation de base rudimentaire, utiliser le matériel et les logiciels SIG pour rassembler des données géoréférencées sur leurs ressources naturelles. Ces gens se débrouillent aussi très bien avec leurs cartes et les utilisent efficacement pour exprimer leurs vues dans les débats sur l’utilisation durable des ressources naturelles. Ces évolutions montrent que des technologies sophistiquées peuvent permettre à des groupes marginalisés de s’émanciper car elles leur donnent plus de poids dans leurs négociations avec ceux qui souhaitent exploiter les ressources naturelles de leur région.

Peter A. Kwaku Kyemest professeur associé de géographie à la Central Connecticut State University, à New Britain, Connecticut, États- Unis.



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