Leading image

20 ans d'ICT Update : un bilan pour mieux envisager l'avenir des TIC au service de l'agriculture

© Adobe Stock

En 2004, dans le numéro 18 d’ICT Update, Rutger Engelhard, alors rédacteur en chef de la revue, imaginait la journée-type d'un agent de vulgarisation au Kenya en 2020. Le tableau était porteur d'espoir : les agents, grâce aux technologies de pointe, devenaient capables de connecter des appareils mobiles aux satellites afin de recueillir des informations à jour, récolter des données de précision sur le terrain et mener des analyses en temps réel. Cette technologie existe aujourd'hui et, bien que tout le monde ne puisse pas encore en profiter, l'essor des technologies de l'information et de la communication (TIC) a permis de changer énormément de choses ces dernières années pour les agents de vulgarisation, les petits exploitants et le secteur agroalimentaire dans les pays ACP.

Ce nouveau numéro d’ICT Update fait office de bilan après 20 années d'existence et près de 100 numéros. L'objectif de la publication a toujours été de suivre le développement des TIC dans l'agriculture, d'analyser les tendances, de décrypter les dernières innovations et de mettre en lumière des expériences de terrain. Rétrospectivement, nous pouvons constater à quel point le paysage des TIC pour l’agriculture s’est modifié, et en tirer des enseignements pour aller de l’avant et relever les défis actuels liés à l’inclusion, l’adoption des technologies et l’innovation. Dans ce numéro d’ICT Update, nous mettons en lumière trois thèmes abordés de manière récurrente dans la revue : l'apprentissage ; les obstacles à l'inclusion et à l'adoption des TIC ; et l'innovation et l’esprit d’entreprise.

Apprentissage

Dans le premier numéro de ICT Update consacré à la vulgarisation (n°14, Vulgarisation agricole, 2003), la question de la transformation du secteur par les TIC était déjà d'actualité, avec le constat qu'elles contribuaient à élargir la gamme et à améliorer la qualité des services de vulgarisation, malgré un accès limité à Internet et aux outils numériques à cette époque. Quant aux prédictions pour le futur, elles étaient claires : la vulgarisation traditionnelle, basée sur le concept « formations et visites sur le terrain », ne survivrait pas à la révolution numérique. Elle serait peu à peu remplacée par une approche reposant sur les TIC.

A partir de 2009, les radios locales ont commencé à dévoiler tout le potentiel de l'apprentissage multicanal interactif (n°49, Moyens de subsistance). Tirant profit de l'utilisation croissante du téléphone mobile dans les zones rurales, Farm Radio International (FRI) a mené des expériences pour faire de la radio un support plus interactif grâce à des SMS, des enregistreurs MP3 ou des messages vocaux radiodiffusés. Dix ans plus tard, l’organisation revient sur son initiative de recherche sur les radios rurales en Afrique, et sur les atouts que conserve ce média qui se réinvente sans cesse dans un environnement de plus en plus digitalisé. Les augures prédisant que les TIC allaient changer en profondeur le paysage de la vulgarisation ont manifestement vu juste.

De même, les contacts entre agents de vulgarisation et agriculteurs gagnent en interactivité, tandis que l’information numérique devient plus rapide, plus précise et plus personnalisée. Dans ce numéro, Ekwe Agwu, du département de Vulgarisation agricole de l'Université du Nigeria, examine le paysage actuel de la vulgarisation dans son pays, et explore les opportunités et défis liés aux TIC.

Les TIC sont la porte ouverte sur un monde de possibilités au niveau des interactions, des échanges de connaissances et de l'apprentissage. En 2016, ICT Update (n° 81, Le pouvoir des communautés en ligne) s’était intéressé au potentiel des communautés d'apprentissage en ligne – ou communautés de pratique (CdP) –, comme DGroups ou Web2forDev du CTA. Dans ce numéro, Giacomo Rambaldi, coordonnateur de programme Sr au CTA, revient sur les différentes CdP soutenues par le CTA au fil des ans et explique comment Africa Goes Digital, qui réunit plus de 30 start-up africaines actives dans le secteur des services de drones, a utilisé avec succès WhatsApp comme plateforme d'échange.

Obstacles à l'inclusion et à l'adoption

Si les TIC offrent de multiples opportunités, des barrières demeurent. Elles empêchent pour le moment une adoption à grande échelle et freinent la diffusion des initiatives en faveur des populations rurales. Déjà identifiés en 2003, ces obstacles sont pour beaucoup toujours d’actualité : faiblesse de l’infrastructure TIC et des systèmes d’approvisionnement en électricité, manque d'acculturation numérique et coûts élevés des services. Tim Unwin, titulaire de la chaire UNESCO sur les TIC pour le développement, précise d'ailleurs que l’accès à Internet et aux technologies numériques sont déterminants pour favoriser l'inclusion des populations rurales pauvres dans les pays en développement. En 2013, ICT Update (n° 71, Economies insulaires et e-résilience) a enquêté sur les défis rencontrés par les petits Etats insulaires, notamment ceux du Pacifique, pour l'accès à Internet. Ces îles se reposent essentiellement sur le secteur public pour développer les réseaux, la maturité des écosystèmes numériques varie grandement d'un pays à un autre. Pourtant, les TIC sont essentielles afin de surmonter les obstacles géographiques qui ont entravé le développement de ces régions par le passé. Dans leur contribution, Sheikh Izzal Azid et Varunesh Rao, de l'Université du Pacifique Sud, mettent justement en lumière les enjeux de la connectivité dans cette zone.

Au-delà de l'aspect inclusif, Tim Unwin précise dans son entretien que les solutions TIC doivent être conçues par les populations locales, et non pour elles. C'est une clé pour qu'elles en bénéficient réellement et se les approprient. Par ailleurs, l'inclusion des femmes – qui représentent 40 à 50 % des petits exploitants – au processus est non négociable. ICT Update a toujours considéré le sujet des femmes et des TIC pour l'agriculture avec attention. Au fil des ans, la revue a publié des articles traitant de l'autonomisation des femmes par le biais des TIC, de la question du genre ou des initiatives portées par des femmes dans ce domaine. En 2004, par exemple, ICT Update a consacré une publication aux lauréats de GenARDIS 2003, un fonds de petites subventions créé pour soutenir des activités locales et communautaires axées sur l’égalité hommes-femmes dans le domaine des TIC pour l’agriculture. Entre 2002 et 2010, GenARDIS a sélectionné 34 bénéficiaires, originaires de 21 pays – sur plus de 900 candidats. Dans ce numéro, Helen Hambly Odame et Dorothy Okello, membres du jury de la première heure, reviennent sur le projet et la nécessité de continuer à mettre en place des politiques et des pratiques inclusives en faveur des femmes.

Innovation et esprit d'entreprise

L'innovation numérique dans l'agriculture peut favoriser l'inclusion sociale, non seulement des femmes, mais aussi des jeunes, à travers la création d'emploi et l'entrepreneuriat. Ben Addom, en se référant aux conclusions du Rapport sur la numérisation de l'agriculture africaine, 2018-2019, insiste sur la nécessité de s'attaquer aux obstacles structurels à la diffusion du digital et des TIC en mobilisant des investissements au-delà de la seule sphère des donateurs. Le secteur public est essentiel à la création d'un environnement favorable, alors que le secteur privé a également un rôle à jouer dans l'innovation et l'ouverture d'opportunités commerciales solides. Dès lors, ces trois acteurs (public, privé et donateurs) doivent travailler ensemble pour stimuler la transformation numérique et l'entrepreneuriat dans l'agriculture. Le modèle « push-pull » est d'ailleurs au cœur du cadre pour l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes dans les systèmes agroalimentaires, mis au point par le CTA et l’Université de Wageningen. Enfin, ce numéro met à l'honneur Hello Tractor. Cette initiative illustre comment une solution technologique innovante, qui bénéficie d’un soutien approprié et dont la viabilité commerciale a été démontrée, peut soutenir les petits exploitants agricoles, créer des emplois et générer des revenus pour les phases ultérieures de la mise à l’échelle et du développement.

Une nouvelle phase

L'idée d’ICT Update est née après une série de réunions qui avaient pour but de décrypter les usages des nouvelles TIC dans l'agriculture et le développement rural au sein des pays ACP. Afin d'informer les personnes intéressées, une newsletter était lancée dans les années 1990. Ont suivi un magazine imprimé, un site internet, un CD-ROM, des événements en direct, un compte Twitter et une page Facebook. Depuis ses débuts, ICT Update a ainsi pu toucher des dizaines de milliers de lecteurs qui ont utilisé nos articles à différentes fins : supports d'enseignement au Kenya, aide à l’élaboration de documents stratégiques par le Panel Malabo Montpellier, ou instrument d'éducation pour les clubs de lecture comme celui de WOUGNET en Ouganda.

Les sujets couverts ont évolué au fil des ans, de même que les problématiques en fonction des régions. Ainsi, les télécentres ont commencé à se développer à une certaine échelle en Afrique de l'Est dès le début des années 2000, alors que les petits Etats insulaires bénéficient d'une connexion Internet stable depuis seulement deux ans. Les publications sur l'Afrique de l'Ouest se sont davantage focalisées sur l'inclusion pendant que celles sur l'Afrique de l'Est traitaient plus des données et des politiques. Nous examinerons ces tendances et les nouvelles méthodes de soutien au développement des TIC par le biais de la communication lors d’un prochain atelier, à l'issue de la phase actuelle qui se terminera avec la publication du dernier numéro de ICT Update fin 2019. Dans l'optique de cette ultime publication, nous vous invitons à nous expliquer comment vous avez utilisé ICT Update, dans quelle mesure vous avez jugé ce magazine utile et quels sont pour vous les points à travailler pour renforcer notre communication autour des TIC dans l'agriculture.

Vous pouvez envoyer vos commentaires à Didier Muyiramye au CTA: muyiramye@cta.int.

Lire la suite

par et

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) désignent l'ensemble des technologies utilisées pour traiter l'information et faciliter la communication. Elles permettent aux individus de collecter, créer et diffuser l'information par différents moyens : la voix, le texte ou l'image. Aujourd'hui, toutes les activités humaines sont touchées par la révolution des TIC. L'agriculture ne fait pas exception, notamment dans les pays ACP où la prise de conscience est grandissante quant à l'importance de l'accès à l'information.

par et

Le programme Genre, agriculture et développement rural dans la société de l'information (GenARDIS) a été lancé en 2002 dans le but de soutenir des projets utilisant les technologies de l'information et de la communication (TIC) pour renforcer les connaissances et la productivité des agriculteurs. Quel est le bilan du programme ? A-t-il permis de réduire les inégalités de genre, mais aussi entre ruralité et urbanité ? Est-il pertinent de redéployer cette initiative aujourd'hui ?

par et

La pression démographique s'intensifie et pose des défis d'envergure. Les rendements des cultures devront ainsi doubler d'ici quelques années afin de garantir la sécurité alimentaire mondiale. Pour atteindre cet objectif, l'Afrique subsaharienne est une région stratégique : 60 % des terres agricoles non cultivées de la planète se situent dans cette zone. Les rendements moyens de la région demeurent bien en deçà des standards internationaux.

par et

Charles Wandera est un agriculteur du district de Masindi, en Ouganda. Dernièrement, la région a été frappée par une invasion de chenilles légionnaires d'automne. Les producteurs se sont trouvés démunis face à ce ravageur arrivé récemment en Afrique. A la recherche d'une solution pour protéger ses cultures, M. Wandera s'est tourné vers la radio. Il a obtenu de précieux conseils en écoutant une émission diffusée sur Radio Kintara.

par

Le CTA se donne pour mission de faire avancer la sécurité alimentaire, la résilience et la croissance économique inclusive dans les pays ACP par le biais d’innovations dans l’agriculture durable. Tout au long de ces 10 dernières années, le CTA a joué un rôle dans l’identification des innovations technologiques de pointe, dans la promotion de la culture et des compétences numériques ainsi que dans la formation et le renforcement des capacités des acteurs du secteur agricole à innover et utiliser des solutions d’agriculture numérique.

Derniers numéros

ICT Update N° 91

L’agriculture ACP de nouvelle génération - Les innovations qui marchent

ICT Update N° 90

Les femmes et la digitalisation de l’agriculture

ICT Update N° 89

Data4Ag - De nouvelles opportunités pour les petits exploitants

ICT Update N° 88

Libérer le potentiel de la blockchain pour l’agriculture

ICT Update N° 87

Données météorologiques pour l'agriculture

Tous les magazines