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Adaptation au changement climatique grâce à la technologie au Malawi

e-adaptation to climate change in Malawi

Une campagne de radio participative assistée par les TIC au Malawi montre que les TIC peuvent aisément s’intégrer à la vie et au travail des exploitants familiaux.

Les chiffres sont alarmants : selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la population mondiale devrait atteindre neuf milliards d’ici 2050. Cela signifie que d’ici là, les agriculteurs devront accroître la production alimentaire d’au moins 70%, sinon plus. Répondre à cette demande et préserver les ressources naturelles tout en prévenant la dégradation de l’environnement constituera un défi de taille. S’il doit nourrir une population mondiale qui ne cesse d’augmenter et établir les bases de la croissance économique et de la réduction de la pauvreté, le secteur agricole doit alors faire l’objet de changements radicaux.

Toutefois, le changement climatique pourrait encore compliquer cette tâche. Les exploitants familiaux, qui produisent plus de 70 % des produits agricoles en Afrique sub-saharienne, sont particulièrement vulnérables au changement climatique car ils dépendent de l’agriculture pluviale et n’ont qu’un accès limité à l’information, aux intrants et aux marchés. Farm Radio Trust au Malawi aident les agriculteurs à s’adapter au changement climatique par le biais d’une campagne novatrice de radio participative assistée par les TIC.

Au cours de sa collaboration avec les exploitants familiaux et les vulgarisateurs agricoles locaux du district de Nkhotakota, Farm radio Trust a mené une rapide évaluation rurale afin de comprendre les objectifs et les enjeux agricoles des petits agriculteurs au sein des communautés et d’identifier les innovations intelligentes en matière de climat qui répondraient à leurs besoins et leurs priorités.

L’objectif de l’évaluation était d’intégrer les exploitants familiaux dans un processus visant à élaborer des pratiques agricoles intelligentes face au climat sur lesquelles ils souhaiteraient en savoir plus, par le biais de la radio.

Une autre évaluation visait à déterminer les connaissances des membres de communautés en matière de compost de fumier et leur mode d’utilisation de ce dernier. À la suite de cela, un atelier a été organisé pour former le personnel de station de radio à concevoir et à produire des programmes portant sur l’agriculture intelligente face au climat et le compost de fumier. L’atelier a réuni du personnel de la Nkhotakota Community Radio, des exploitants familiaux, des agents de vulgarisation et des ONG locales entre autres. Ils ont conçu une série d’émissions radiophoniques d’une durée de quatre mois sur le compost de fumier. Au début, les messages radiophoniques visaient à aider les agriculteurs à comprendre un certain nombre de questions tels que la signification du changement climatique et son impact, l’importance du compost dans l’édification d’une résistance au changement climatique, le processus de fabrication du fumier à partir des ressources disponibles localement, l’intégration de politiques d’égalité des sexes dans le processus de fabrication du compost de fumier et utiliser le compost de manière efficace dans les champs. Ces messages radiophoniques étaient diffusés dans la langue locale afin que le public cible puisse facilement les comprendre.

Clubs d’auditeurs radio

Un système de suivi par le biais des téléphones mobiles a été installé pour compléter et améliorer les diffusions radio. L’idée était de développer un système en ligne qui serait convivial, facile à gérer, capable de traiter et d’analyser ses propres données et accessible à tous les utilisateurs en temps réel. Ce système permettait aux radiodiffuseurs de faire participer leur audience par le biais de SMS et d’appels en absence. Les diffuseurs avaient également la possibilité de fournir des services d’informations et de conseils sur l’agriculture intelligente face au climat et de rappeler au public les sujets et les horaires des émissions par SMS. Afin d’accroître l’écoute et l’apprentissage au sein des exploitations familiales, la station de radio a mobilisé 20 groupes d’écoute et leur a fourni des postes de radio. Ces postes possédaient des enregistreurs MP3 et des cartes mémoire de 4 Go leur permettant d’enregistrer des émissions de radio et de les réécouter. Au moment de l’installation du système de suivi, seul 40 % de la population possédait un téléphone mobile. Toutefois, l’équipe de recherche a découvert que, grâce aux clubs d’auditeurs radio, la présence d’un seul téléphone mobile dans la communauté pouvait faire toute la différence. Les membres des clubs d’auditeurs radio ont reçu une formation pour apprendre à utiliser les postes de radio et pour prendre conscience de l’importance que la participation et les retours d’information revêtaient pour le développement de la communication. Ils ont également appris comment enregistrer leurs points de vue et discussions après l’écoute d’un programme afin de pouvoir à leur tour être diffusés sur les programmes radio ultérieurs. Et pour finir, les membres ont appris à vérifier leur boîte de réception de SMS, à saisir du texte et à envoyer des messages. À la fin de la série d’émissions, 789 contacts avaient été enregistrés dans la base de données du système - un résultat impressionnant si l’on considère que le nombre de personnes possédant un téléphone mobile est extrêmement faible. Il s’agissait d’agriculteurs appartenant à des clubs d’auditeurs radio mais aussi d’exploitants qui écoutaient des émissions radio par eux-mêmes. Les agents de vulgarisation ont également été inclus dans la base de données pour pouvoir recevoir des rappels par SMS leur permettant de garder une trace des émissions radio et de fournir un soutien en visitant les clubs et en organisant des démonstrations sur les méthodes de fabrication du fumier composté. Chaque agriculteur recevait des alertes par SMS deux fois par mois : un rappel de diffusion et un conseil agricole sur le compostage du fumier. D’autres agriculteurs-auditeurs étaient ajoutés à la base de données quand ils faisaient sonner une fois, envoyaient un SMS ou passaient un appel à destination des téléphones mobiles enregistrés dans le système. Des débats, des enquêtes d’opinion et des questionnaires ont été inclus dans le programme pour maintenir la communication avec les auditeurs. Les radiodiffuseurs veillaient à annoncer les numéros mobiles au cours de chaque émission.

L’impact de la campagne

Diverses études au Malawi ont montré que le fumier composté est fabriqué et utilisé sous la supervision de programmes de vulgarisation axés sur les initiatives de gestion durable des terres. Pourtant, son taux d’adoption par les petits exploitants agricoles reste faible. Ce taux s’explique principalement par le fait que les agriculteurs ne sont pas encore pleinement conscients des avantages que présente ce fumier composté et manquent souvent de ressources pour pouvoir s’en servir. Cependant, la campagne radio sur le fumier composté menée dans le district du Nkhotakota a réussi à remporter un remarquable succès dans un court laps de temps grâce à son approche participative. À la fin de la campagne, près de 1 000 agriculteurs ont pu faire approximativement 3 200 tas de fumier, prêts à l’emploi. Après chaque émission, la participation croissait et le nombre d’échanges par le biais de SMS connaissait une augmentation hebdomadaire. Les statistiques (voir le tableau « commentaires ») révèlent que la campagne de radio participative a permis aux agriculteurs d’en savoir davantage sur le changement climatique et le compost de fumier, de manière rationnelle et efficace. Au début de l’émission de radio, les radiodiffuseurs encourageait les agriculteurs à faire sonner le numéro de téléphone mobile pour indiquer que le programme commençait sa diffusion et que le public était à l’écoute. Au cours de la campagne, d’autres clubs d’agriculteurs créés antérieurement et des producteurs familiaux ont demandé de l’aide pour fabriquer du fumier composté.. Le personnel de la station radio a alors fait en sorte que des agents de vulgarisation agricole se rendent dans la région et apportent leur soutien aux agriculteurs. Un groupe spécifique d’agriculteurs qui ne faisait pas partie des 20 clubs d’auditeurs radio s’est inscrit au projet. Ils ont formé une équipe et ont fait près de 20 tas de fumier composté avec l’assistance technique de vulgarisateurs.

Enseignements tirés

Un certain nombre de leçons importantes ont été tirées pendant la réalisation de ce projet. En effet, elles offrent à toute personne impliquée dans les initiatives de développement agricole de précieux conseils sur l’utilisation des TIC.

  • La réalité et l’importance centrale de l’agriculture familiale : Le compostage du fumier est une tâche à laquelle toute la famille participe. Tandis que les femmes et les enfants s’occupent en principe de collecter les résidus de récolte et les déchets d’animaux et de puiser de l’eau, les hommes sont généralement chargés de faire des tas et de creuser des fosses pour le fumier composté. La fabrication du compost de fumier peut être effectuée par tous les membres de la famille, et plus particulièrement par les femmes et les enfants. Il est ainsi extrêmement important que la vulgarisation agricole cible les familles. 
  • Une vulgarisation dictée par la demande : Le contenu des services de vulgarisation doit prévenir les besoins des petits exploitants agricoles. Le fait que ce soit les besoins des agriculteurs qui déterminent les objectifs des initiatives de développement augmente leur sentiment d’adhésion et les rend en même temps plus réceptifs à ce type de projet. 
  • Le potentiel des TIC : Les TIC constituent un puissant outil pour la vulgarisation agricole. La radio et les téléphones mobiles ont été la seule plate-forme à favoriser l’interaction entre les agriculteurs et les experts du changement climatique. Même un seul téléphone mobile disponible dans une communauté pouvait faire la différence car il permettait d’enregistrer et de repasser les émissions radiophoniques.
  • Comprendre les agriculteurs, leur réalité et leurs besoins : Trop souvent, le charrue est mise devant les boeufs lorsqu’il s’agit de trouver des solutions adaptées aux exploitations familiales. L’on procède d’abord à la sélection des TIC et autres méthodes de vulgarisation avant que le travail essentiel qui consiste à identifier les défis existants, les besoins en information et les canaux de communication viables ne soit d’abord fait. Il faut donc procéder à une analyse approfondie des besoins et des contextes avant de fournir des solutions aux agriculteurs. 
  • Résolution de problèmes et prise de décision conjointes : Trop souvent, les experts en développement tombent dans le piège du « tourisme rural », lorsqu’ils recueillent des données de base pour un projet et en font la synthèse indépendamment des bénéficiaires du projet. L’utilisation de méthodes participatives qui impliquent les agriculteurs de A à Z semble produire les résultats les plus probants. 
  • Partenariat et collaboration : Parallèlement aux récentes évolutions de la vulgarisation agricole, il est crucial de placer le développement agricole dans une perspective innovante. Farm Radio Trust a connu des résultats remarquables dans ce projet en impliquant toutes les parties prenantes dans le processus d’apprentissage. 
  • Faire preuve d’innovation dans les systèmes de vulgarisation traditionnels : Un enseignement majeur tiré au cours du projet était que les TIC ne peuvent pas remplacer la radio, ni la radio l’agent de vulgarisation. Ils peuvent toutefois se compléter mutuellement et de façon systématique. Les TIC offrent aux exploitants familiaux la possibilité d’atteindre un large public, mais cela n’arrivera que si les TIC sont associées de manière innovante aux modèles de vulgarisation traditionnels comme cela a été le cas dans ce projet. Il doit être clair qu’utiliser les TIC en agriculture est un moyen et non une fin en soi.
  • Intégration de la dimension de genre : La situation des femmes a été analysée au cours de la campagne de radio participative. Cela a contribué à rendre la série d’émissions radio attrayante pour les femmes. Les horaires de diffusion des émissions ont également été calculés afin de prendre en compte les obligations familiales des femmes. Des émissions liées aux questions de genre ont aussi été incluses pendant la conception des messages radio. Garantir des pourcentages plus élevés de femmes dans les clubs d’auditeurs radio a également contribué à accroître l’accès des femmes aux téléphones mobiles, accès relativement faible par rapport aux hommes. La campagne de radio participative assistée par les TIC au Malawi a montré que les TIC peuvent aisément s’intégrer à la vie des petits exploitants familiaux. Cela permet en effet de démentir le mythe selon lequel la technologie mobile est le domaine exclusif des classes sociales supérieures ou des habitants des zones urbaines. Farm Radio Trust a contribué à réduire la fracture numérique qui entrave la transmission des connaissances et de la technologie aux communautés rurales par le biais de téléphones mobiles ou autres TIC.

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